Sorties pendant un examen: l’UQO réagit après un incident préoccupant

Un événement qui aurait pu avoir des conséquences graves a amené l'UQO à serrer la vis aux professeurs et chargés de cours concernant la libre circulation des étudiants lors d'un cours ou un examen.

Sortir pour aller aux toilettes y compris pendant un examen sans justification, quitter un instant pour aller manger, accéder à la classe peu importe la durée du retard: ces actions sont autorisées à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). L’institution a dû élaborer une directive claire à ce sujet, après un «malencontreux» incident dont les conséquences auraient pu être graves.


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De nouvelles consignes et un rappel des «principes à observer» sur la circulation des étudiants durant les cours sont énoncées dans une note interne – dont Le Droit a obtenu copie – acheminée par le vice-rectorat aux professeurs et chargés de cours. Ces directives, qui découlent directement de l’événement survenu cet été dans une salle de classe, font l’objet d’un désaccord avec un syndicat, qui a déposé un grief.

Ce jour-là, lors d’un examen, une étudiante diabétique qui ne se sentait pas bien s’est vue refuser de sortir du local. Elle s’est effondrée au sol, tombant dans un coma diabétique. Elle avait besoin d’une injection. Les services d’urgence ont été appelés sur les lieux. Heureusement, il n’y a pas eu de conséquences graves, a-t-on appris.

Pour la rectrice Murielle Laberge, ce cas a été l’élément déclencheur. À ses yeux, l’UQO a «l’obligation d’agir comme un employeur responsable», même si «on n’a pas le contrôle sur tout».

«J’étais extrêmement déçue et préoccupée quand j’ai appris cela. C’est vrai que la majorité des gens exercent leur bon jugement. Oui, c’est un cas exceptionnel, mais on est obligé de faire une nouvelle règle, car certains ne sont pas capables [d’exercer un bon jugement]. S’il fallait que cette personne ait trouvé la mort, ça aurait été très dramatique. Toutes les vies comptent.»

—  Murielle Laberge, rectrice de l'UQO

Confirmant que les nouvelles règles ont été formulées expressément à la suite de cet événement «malencontreux», cette dernière soutient que le personnel doit être «extrêmement flexible» dans de telles situations.



La missive acheminée au personnel indique qu’en tenant compte des enjeux de santé, de sécurité et de protection de la vie privée, les étudiants doivent pouvoir «accéder aux toilettes en tout temps pendant une séance de cours, y compris pendant un examen». Ils peuvent aussi «sortir temporairement de la classe pour manger, au besoin, puis y revenir». En aucun cas, sauf lors d’un protocole de sécurité comme un confinement, la porte d’un local de cours ne peut être verrouillée.

La rectrice de l'UQO, Murielle Laberge, croit que le bon jugement doit primer dans ce genre de situation. Or, comme il y a une «dérive», il fallait changer les règles, plaide-t-elle.

De plus, même en cas de retards ou d’absences répétés, «la personne enseignante doit permettre l’accès à son cours à toute personne étudiante, même si celle-ci arrive en retard, et ce, quelle que soit l’heure de son arrivée, que le cours se déroule en présentiel ou en non-présentiel», stipule dorénavant l’UQO.

Un syndicat en désaccord

Le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQO (SCCC-UQO) s’inquiète que la directive favorise la tricherie et menace l’intégrité académique. Il condamne l’incident survenu il y a quelques semaines, mais souhaite trouver un «juste milieu».

«À l’UQO, on a beaucoup d’étudiants qui sont des parents, des adultes. Alors lorsqu’on donne un cours, on est tout à fait d’accord avec ça. Mais pour les examens, nous ne sommes pas d’accord du tout. On veut que tout le monde le fasse sans qu’il y ait possibilité de tricherie, lance la présidente, Marie-Josée Bourget. La nouvelle directive fait en sorte qu’il y en aura beaucoup.»

Une rencontre avec le vice-recteur à l’enseignement et à la réussite, Vincent Beauséjour, a été réclamée afin de «clarifier la situation et pour qu’il y ait des balises plus claires sur quand les personnes peuvent sortir», ajoute-t-elle.

«Je les ai invités à s’asseoir ensemble pour voir comment on peut moduler ça», dit la rectrice Laberge.

Même s’il dit qu’il ne défendra pas l’indéfendable et qu’il condamne l’incident qui aurait pu avoir des conséquences très graves, voire mortelles, le syndicat s’explique mal ce changement important. Il évoque des articles la Politique relative à l’administration des examens écrits dans les cours de premier cycle, adoptée dans les années 1990.

«On avait des règles très claires sur la passation d’un examen, par exemple, qu’un étudiant ne peut sortir avant qu’une heure ne se soit écoulée et qu’une fois qu’une première personne quittait [pour la toilette, par exemple], personne d’autre ne pouvait sortir. Il ne faut pas y aller avec une règle aussi libertine, être obligé de tout changer, pour un seul cas qui aurait pu mal tourner.»

—  Marie-Josée Bourget, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQO

Espérant en arriver à un accord avec la direction, elle ajoute que dans l’événement auquel on fait allusion, il était évident que la personne aurait dû pouvoir sortir.

«Normalement, toutes les personnes qui enseignent ont le gros bon sens, mais on peut en trouver un ou deux pour qui ce n’est pas le cas. Ça aurait pu mal virer. Mais l’Université a des droits pour ses employés qui font des erreurs de jugement aussi», dit-elle, spécifiant que le syndicat a dit dès le départ à l’employeur qu’il ne s’opposerait pas à des mesures disciplinaires.

Marie-Josée Bourget, présidente du Syndicat de chargées et chargés de cours de l'UQO, croit qu'un juste milieu s'impose.

Le SCCC-UQO rappelle du même souffle que depuis l’an dernier, une nouvelle directive gouvernementale demande aux établissements d’enseignement supérieur de ne plus exiger d’attestation médicale pour des absences de courte durée (cinq jours ou moins).

Disant ne jamais avoir eu vent d’un événement aussi malheureux en quatre décennies d’enseignement dans trois universités (UQO, Université Laval et Université d’Ottawa), Mme Bourget soutient que si certains étudiants étaient capables de faire un examen «dans une cafétéria avec plein de bruit», d’autres ont «besoin du silence total», ajoutant qu’un déplacement des gens s’avère dérangeant.

Ouverte à un compromis, la rectrice affirme qu’on a rapidement jugé que le statu quo n’était pas une option et que face à des «dérives», même s’il n’a pas été nécessaire d’intervenir dans le passé, il fallait énoncer des principes de base.

«Je peux comprendre qu’on soit préoccupé par la tricherie, on l’est aussi. On ne veut pas mettre en place des mesures qui font en sorte que ça aide les gens à tricher. En même temps, quand on a eu ces discussions-là avec la Commission des études, on s’est dit qu’on n’attendrait pas le décès de quelqu’un [pour agir], explique Mme Laberge. Et dans ma tête, je m’attends toujours à ce que les gens exercent leur jugement. Quand j’étais moi-même prof, j’invitais les gens à faire ce qu’ils avaient à faire avant de commencer [un cours et/ou examen].»

«Ce devrait être marginal»

En réponse à l’aspect des 60 premières minutes d’un examen, elle plaide qu’une personne diabétique ou qui a un quelconque enjeu de santé l’a autant à la première minute qu’à la 59e et donc «qu’un malaise peut survenir à n’importe quel moment».

«À la Commission, des étudiantes nous ont aussi parlé du cycle menstruel, comme quoi c’est un peu humiliant et gênant d’en parler. [...] À un moment donné [quand on enseigne], on ne s’attend pas à ce que 30 étudiants sortent en même temps, ce devrait être marginal le nombre de gens qui te le demandent, mentionne-t-elle. Et j’ai aussi toujours prétendu que quand tu fais un examen basé sur des cas, où tu adaptes des concepts appris, où on met de l’avant la capacité d’analyse, l’esprit critique et la résolution de problème, comment peut-on tricher?»

L'UQO a envoyé une nouvelle directive sur la libre circulation des étudiants à son corps professoral.

De l’avis de la rectrice, «plus on va s’éloigne des trucs par cœur, plus on s’éloigne de la tricherie», rappelant que le corps professoral a accès à des ateliers qui les aident à élaborer des évaluations moins propices à ce phénomène.

L’UQO n’a pas précisé si des sanctions ont été imposées au chargé de cours concerné par cet incident, et si oui, de quelle nature.

«Soyez rassurés que toutes les mesures nécessaires ont été prises, l’ensemble de la communauté a été interpellé», répond la rectrice.

Daniel LeBlanc

Daniel LeBlanc, Le Droit

Natif de l'Outaouais, Daniel LeBlanc a débuté sa carrière en 2006 comme journaliste à l'hebdomadaire La Revue avant de se joindre à l'équipe du Droit en 2012. Il a remporté en 2014 un prix Judith-Jasmin de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec pour le controversé dossier du 79, chemin Fraser, à Gatineau.