Pour le grand public, la soirée sera l’occasion de partager un moment de « littérature vivante » en compagnie de Biz (de Loco Locass) et de quatre jeunes auteurs : Stéfanie Clermont, Chloé LaDuchesse, Jean-Philippe Baril Guérard et Antoine Côté Legault.

Les textures orales des mots

La 2e édition du Cabaret des variétés littéraire se déroule ce jeudi 13 septembre, à 20 h, au Théâtre de l’Île.

Pour le grand public, la soirée sera l’occasion de partager un moment de « littérature vivante » en compagnie de Biz (de Loco Locass) et de quatre jeunes auteurs : Stéfanie Clermont, Chloé LaDuchesse, Jean-Philippe Baril Guérard et Antoine Côté Legault.

Ceux-ci viendront lire des extraits de leurs œuvres récentes ou du matériel inédits. Puis ils se raconteront au micro de Julien Morissette. L’animateur de Transistor Media en profitera pour enregistrer — devant public, donc — une nouvelle baladodiffusion à saveur littéraire. Ce podcast s’inscrira dans la programmation du prochain Salon du livre de l’Outaouais (SLO). La première édition du Cabaret des variétés littéraires s’était en effet tenue au Troquet durant le dernier SLO ; cet « épisode » s’arrimera quant à lui au 40e SLO, qui se déroulera du 28 février au 3 mars 2019. 

La soirée sera l’occasion de rendre hommage à Gaby Deziel-Hupé, l’auteure de la pièce Les Outardes, maintes fois jouée au Théâtre de l’île. Cet hommage est conjointement organisé par Culture Outaouais, l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) et la directrice générale des lieux, Sylvie Dufour. 

L’équipe de Transistor en profitera pour lancer le premier chapitre d’une nouvelle ballado : L’histoire secrète de l’Outaouais.

Ce premier épisode porte sur Mme Déziel-Hupé, décédée en 2010. Une capsule réenregistrée par Transistor sera diffusée devant le public ; l’épisode sera alors complété sur place, avec l’enregistrement des voix d’une poignée de comédiens qui liront des textes de la dramaturge. Le podcast se terminera par d’éventuels témoignages de spectateurs.

La série L’histoire secrète de l’Outaouais sera composée de cinq épisodes. Ceux-ci seront hébergés sur le site Internet de La Fabrique Culturelle à raison d’un épisode par semaine, à partir de jeudi 20 septembre.

Chloé LaDuchesse

Lue à haute voix, scandée, slammée, jouée, clamée, dynamisée par l’oralité, la « littérature vivante » a le vent dans les voiles au SLO. 

Trois des cinq auteurs invités — Biz, Antoine Côté Legault et Jean-Philippe Baril Guérard — sont d’ailleurs aussi des comédiens chevronnés, rompus à l’art de faire vibrer les mots en les projetant dans un espace scénique. 

Ce qui n’est pas le cas de la poète officielle de Sudbury, Chloé LaDuchesse. « Je suis loin d’être une spécialiste de la littérature vivante. La poésie, pour moi, passe d’abord par une relation unidirectionnelle avec une feuille de papier. Mais je trouve très intéressante la multiplication des canaux par lesquels on transmet la littérature ces dernières années, et plus spécifiquement la poésie, que ce soit avec les micros ouverts, les spectacles mix and match, les relais de poésie, les batailles littéraires ou les mises en lecture de textes. » 

Ces initiatives, dont le Cabaret littéraire est « une variante », « permettent de rejoindre un public plus large que lorsqu’on se contente de transmettre de simples signes sur une feuille », estime-t-elle. À l’heure où « le livre se vend moins bien qu’avant », il lui semble important d’incarner les mots et d’offrir « un visage à la poésie ». 

Non pas qu’il lui en coûte : « C’est un plaisir pour moi de rencontrer le public. Mais ça me stresse toujours autant [car] je n’ai aucune formation en théâtre ». 

Elle sait qu’une fois sur scène, « c’est facile de nous lancer des tomates ou de nous faire des hugs ». C’est là l’intérêt même de l’exercice live. Reste que, pour l’auteure, « ça prend beaucoup de préparation avant, pour que ça soit intéressant ». Car, pour que l’exercice soit réussi, « une certaine confiance dans ce qu’on dégage » est fondamentale, croit-elle.

« Retour de balancier »

Son collègue Antoine Côté Legault — qui a récemment quitté Ottawa pour s’établir à Sudbury — n’est pas convaincu de l’« effervescence » de la littérature vivante : il y voit simplement un « retour de balancier » : La poésie, rappelle-t-il, n’a pas toujours vécu dans le silence. « Dans les années 70, elle se définissait par son oralité », « marquée » par un langage parlé, tant sur la feuille que sur scène », dit-il. Comme la session fera l’objet d’une captation, il voit même dans ce Cabaret « une forme de continuité » avec des initiatives comme les Cuisines de la poésie, ou du spectacle Cris et Blues, qui furent en leur temps enregistrées devant public.

La formule Cabaret lui plaît tout particulièrement parce que les textes peuvent respirent, chaque auteur bénéficiant d’un temps de scène d’une dizaine de minutes, alors qu’ils sont souvent limités à trois, dans des soirées de la poésie et autres événements littéraires où les invités sont nombreux, et serrés au cordeau.

Lui, comédien et « Bibitte Poétique » autoproclamée, se sent tout à fait à l’aise sur scène. Pour lui, « les mots s’incarnent différemment à travers la voix », dans ce rapport intime entre les lèvres et le canal auditif. 

L’oralité est même au cœur de sa démarche : « J’écris toujours la poésie avec l’oreille en tête. Ce n’est jamais seulement pour le papier ».