RICHARD THERRIEN

Dan Bigras atteint d'un cancer colorectal

BLOGUE / On sent toujours l'écorché vif en Dan Bigras. Mais on sent aussi le courage. Au terme d'une entrevue déjà fort touchante, Guy A. Lepage a révélé à «Tout le monde en parle» que le chanteur était atteint d'un cancer colorectal, et qu'il devait subir une opération le lendemain de l'enregistrement.

Bonne nouvelle: l'opération a été un succès, a annoncé Dan Bigras sur Twitter. Le cancer en est à un stade 2, c'est sérieux, mais il attaque sa maladie avec confiance. «J'ai pas eu des faces de carême qui sont venues m'annoncer que je serais mort dans trois semaines, faut dédramatiser un petit peu.» Son foie n'est pas encore atteint, ce qui est bon signe. S'il le faut, il y aura chimiothérapie de prévention.

Des accès de fièvre et du sang lui ont fait douter qu'il y avait quelque chose. «C'est un coup de luck d'avoir eu cette douleur-là, j'ai été chanceux, ils ont trouvé vite.» Il a dû annuler le lancement de son livre et de son disque, mais tient à son traditionnel Show du refuge, qui aura lieu tel que prévu. «Même si ça tourne mal, je vais quand même avoir un bon moral, parce que maintenant, c'est ça que j'ai depuis longtemps. Je suis heureux d'être au monde», a-t-il dit en toute franchise.

«Je vous ai rien caché, je vous ai tout dit», a ajouté le chanteur, qui venait de parler de sa biographie et d'une compilation, Le Temps des seigneurs. Il est revenu sur son enfance difficile, avec une mère souvent méchante, et un père qui le battait. Jusqu'à ce qu'il lui promette de ne plus lever la main sur lui. «Mon père a tenu promesse», dit-il.

Bigras a quand même quitté la maison à 16 ans, se retrouvant dans la rue en plein hiver. La musique l'a en quelque sorte sauvé. Jouant du piano dans un bar, quatre spectatrices se sont approchées de lui et le propriétaire a décidé de le garder. Il s'en veut encore pour la mort de son frère, qu'une relation trouble liait à leur père. «Je crois qu'il y a eu des attouchements sexuels», laisse-t-il tomber, précisant qu'il n'a aucune preuve de ce qu'il avance.

La carte du fou du roi: «Le vrai courage, la vraie légende, c'est pas le Dodge RAM, c'est notre grand Dan.»

Robert Charlebois souffre encore, une semaine après avoir été attaqué par une guenon, sur le plateau de Salut les Terriens en France. Sa côte fêlée l'empêche de chanter, et il craint de devoir annuler des spectacles. Si c'est le cas, la télé française devrait recevoir la facture.

Honoré bientôt par la SOCAN pour l'ensemble de sa carrière et pour la chanson Lindberg, il rêve encore d'écrire la chanson parfaite. Il trouve les chansons d'aujourd'hui «d'une pauvreté harmonique», «beaucoup à cause du rap, où y'a peu de mélodie», s'est-il risqué à dire, avant d'ajouter qu'il respectait ce style musical.

Honoré que Céline Dion reprenne Ordinaire à sa façon, il aurait aimé assister à l'enregistrement à Las Vegas, pour prodiguer de petits conseils de prononciation à la chanteuse. Réjean Ducharme lui a écrit de grandes chansons, et Charlebois a souhaité jusqu'à sa mort qu'il lui en écrive d'autres.

Il défend sa décision d'avoir vendu J't'aime comme un fou pour deux pubs qui ont beaucoup tourné cet été. «C'est la seule façon de rentabiliser des chansons aujourd'hui. Sinon, c'est la mort de la chanson française.» Sa pire chanson en carrière? «Ah j'en ai tellement des mauvaises. Une que j'avais fait sur Jean-Paul II. [Pape Music] (…) Ça, ça tourne jamais, même aux postes religieux.»

Après quatre ans d'absence, Carla Bruni effectue un retour à la musique avec French Touch, un album de reprises d'ABBA, des Rolling Stones, AC/DC, entre autres. Apolitique avant d'épouser Nicolas Sarkozy, Carla Bruni parle de ses années à l'Élysée comme d'«une période formidable», mais profite aujourd'hui de sa liberté de parole. «J'avais peur de dire une bêtise. Maintenant, je suis plus relax. [J'avais peur de] porter préjudice à mon mari et de faire honte à mon pays, vous imaginez?» Où en est-elle dans ses idées politiques? «Nulle part», a-t-elle répondu. «Pour moi, la politique c'est mon homme, et stop. Quand il fait pas de politique, c'est stop. Alors, bien sûr je vote. Mais ça, c'est personnel.»

On croyait que ça n'arrivait que dans les soaps américains, mais 2% des chercheurs scientifiques admettent avoir falsifié ou fabriqué des données. Selon l'enquête très fouillée de ma collègue de La Presse, Marie-Claude Malboeuf, près d'une centaine de scientifiques canadiens ont été sanctionnés depuis cinq ans, et 13 d'entre eux auraient fraudé, fabriqué ou truqué des résultats. Ça va du plus sérieux au plus farfelu: cochons volants, extraterrestres responsables d'épidémies, traitements bidons contre le cancer.

Les dommages peuvent être immenses, si d'autres chercheurs font confiance à ces études complètement fausses. Pour financer leurs projets, les scientifiques doivent souvent publier leurs études, et sont tentés d'embellir les choses. Spécialiste de la bioéthique, Bryn Williams-Jones, ne croit pas que de dévoiler au grand jour ces menteurs parviendraient à régler le problème. Il n'y a pas de police pour les universités, qui enquêtent sur elles-mêmes, malgré le conflit d'intérêt.

On ne peut pas vraiment donner de gagnant dans ce premier débat entre les deux principaux candidats à la mairie de Montréal, Denis Coderre et Valérie Plante, qui se sont tiré la pipe durant toute l'entrevue. M. Coderre n'a encore jamais voulu révéler le nombre de billets vendus à la Formule E, qui a fait rager les Montréalais cet été. On le saura «après les élections», a ironisé Valérie Plante. Celle-ci défend bec et ongle sa ligne rose et ses 29 nouvelles stations de métro, qui coûteraient 6 milliards. «Dix milliards», oppose Coderre.

Guy A. a voulu s'assurer que, si elle est élue, Valérie Plante n'appliquera pas la médecine du conseiller Luc Ferrandez au reste de Montréal, comme «le déneigement à chaque année bissextile» sur le Plateau Mont-Royal, a-t-il blagué. Mme Plante a rappelé que le quartier est la troisième destination visitée par les touristes. «C'est moi la chef de Projet Montréal, c'est pas Luc Ferrandez», a-t-elle souligné.

Dans son imposant livre, The Art and Soul of Blade Runner 2049, qui regorge de photos, Tanya Lapointe dévoile les coulisses et plusieurs secrets sur le film de son conjoint Denis Villeneuve, qu'elle a assisté à toutes les étapes. Le réalisateur a choisi jusqu'à chacun des figurants, scène par scène, alors qu'il y en avait jusqu'à 400 sur le plateau. L'ancienne chroniqueuse culturelle de Radio-Canada prévient qu'il vaut mieux avoir vu le film avant de lire le livre, qu'elle voit comme «une extension» de son ancien travail.

En plus de raconter une conversation à table avec Mick Jagger, elle est revenue sur l'affaire Harvey Weinstein, qui ébranle le monde du cinéma. Elle a appris qu'une amie a dû subir les mains baladeuses du personnage, dont les victimes se dévoilent les unes après les autres. «Il y aura un avant Harvey Weinstein, et un après. C'est mon souhait», affirme Tanya Lapointe, convaincue que «ça se passe aussi chez nous».

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Musique

Point Comfort, par Outside I'm a Giant ****

Outside I’m a Giant est un trio folk fondé par Jérémi Pierre Caron, un jeune songwriter aussi discret que génial qui cache sa carcasse de géant (6’3 pour 220 livres, lit-on) au fond de la Haute-Gatineau.

Mais si le nom du groupe met l’emphase sur le gabarit du chanteur, c’est pour mieux évoquer l’envers du décor: toute la poésie et la douceur dont est constitué ledit géant.

Caron a la voix caressante et le spleen qui dorlote. Nourri de guitares acoustiques rêveuses, de violon délicat, son folk est doux, intimiste, lumineux, planant. Parfait pour accueillir l’automne depuis une chaise berçante, dans la quiétude et le confort rustiques d’un vieux shack chambranlant. Un folk de forêts, plus que de plaines.

Point Comfort, premier long-jeu du trio – Caron est épaulé par Samuelle Desjardins (l’ex-archet de Charabia) et Pascal Desgagné – renvoie au nom d’un vieux chemin qui sinue aux abords de Gracefield, pied-à-terre du géant. L’album est coréalisé les trois musiciens, entourés de Trish Bolechowsky (Redleaf Music) et Philip Coleborne (Big Moose Studio, à Ottawa). À découvrir absolument.  On leur prédit une carrière de géant.

D’ailleurs, les trois comparses feront un passage éclair à La Nouvelle Scène d’Ottawa, ce samedi 14 octobre, dans le cadre du spectacle Ça va blender, qui réunit la crème des musiciens d’Ottawa-Gatineau (Laurence Nerbonne, Mehdi Cayenne, Fet.nat, Francis Faubert, RB et Barbeau, entre autres).

Spectacles et théâtre

Petits tours d’histoires

Gabriel Dumont a été un pilier pour Louis Riel dans sa lutte pour faire reconnaître les droits des Métis. Après la défaite de Batoche et la pendaison de son compagnon d’armes, Dumont s’est réfugié aux États-Unis, où il été recruté par Buffalo Bill pour son Wild West Show. Ce héros est aujourd’hui au cœur d’une production aussi éclatée dans le fond que dans la forme, qui revisite l’histoire du pays en réunissant des artistes canadiens francophones, autochtones et anglophones sur une même scène. Bienvenue dans l’univers du Wild West Show de Gabriel Dumont, dont la grande première donnera le coup d’envoi de la nouvelle saison du Théâtre français du Centre national des arts, le 18 octobre.

Un numéro clownesque par-ci. Un aparté plus classique par-là. Entre coups de fouet, esprit vaudevillesque, projections et anachronismes délibérés, dans un mélange de français, d’anglais, de cri et de mitchif (voire d’une touche de lakota), Le Wild West Show de Gabriel Dumont revisite l’histoire des Métis de l’Ouest pour l’enraciner ici et maintenant.

« Ce projet n’est ni une reconstitution patrimoniale, ni un exercice de révisionnisme, encore moins une manière de polir les aspérités de notre histoire. On est plutôt dans une grande aventure de reconnaissance mutuelle ! » prévient avec passion le « maître de piste » Jean Marc Dalpé.

Pour l’auteur et comédien franco-ontarien (qui cumule les deux chapeaux dans le cadre de ce projet), la production s’inscrit dans l’esprit du fameux Wild West Show de Buffalo Bill. Du coup, celui créé autour de la figure emblématique de Gabriel Dumont se déploie en numéros jouant justement des différentes interprétations de l’histoire, selon l’angle de vue privilégié (autochtone, francophone ou anglophone).

« On est donc une troupe d’acteurs qui jouent plusieurs rôles, masculins ou féminins, dans ces numéros ! » lance Jean Marc Dalpé, visiblement heureux du côté « ludique » de la proposition.

C’est d’ailleurs cet heureux — et fort intriguant, quand on n’a encore rien vu  du résultat — mélange des genres qui a séduit Émilie Monnet.  « On passe de la comédie musicale à des moments proches du cartoon, évoque-t-elle. Comme interprète, ça devient plus une question de trouver le bon rythme, le bon ton, en fonction du numéro qu’on a à livrer et du personnage qu’on incarne. »

Le Wild West Show comme espace de « résistance créative »

N’empêche que la native de la région voit dans le Wild West Show d’hier une symbolique importante et porteuse de sens.

« Le concept même du Wild West Show à l’époque de Buffalo Bill avait quelque chose de profondément paradoxal. D’une part, il entretenait plusieurs clichés et stéréotypes sur les Premiers Peuples qui ont nourri par la suite Hollywood. De l’autre, il a toutefois permis à nos ancêtres de perpétuer certains chants et danses qui étaient devenus interdits au Canada, sous John A. MacDonald », tient à rappeler l’artiste, dont la mère est une Algonquine anishnabeg de Kitigan Zibi.

Le Wild West Show est dès lors devenu un « espace de résistance créative pour contrer l’oppression ».

Cette mouture contemporaine compte plusieurs références à la culture populaire d’aujourd’hui, intervient-elle. 

« En fait, passé et présent se répondent constamment, dans le spectacle », renchérit Jean Marc Dalpé.

Gabriel Dumont, ce héros

Ce dernier s’emballe quand vient le temps de parler de Gabriel Dumont, l’âme du spectacle. L’homme de théâtre se souvenait vaguement du personnage, de ce qu’il avait appris sur lui, dans ses cours d’histoire canadienne. 

Musique

Carla Bruni joue la carte sexy de la «French Touch»

« I like the ‘French Touch’ you have given it @carlabruni #MissYou ». Le commentaire vient de Mick Jagger, lui-même, posté sur son profil Twitter.

De toute façon, Carla Bruni avait intégré Miss You aux dix autres reprises de son nouvel album sans vraiment se soucier de l’accord de l’auteur. « Je n’ai eu besoin de demander aucune permission pour ces reprises », souligne-t-elle. Enfin, tout de même, l’appréciation du leader des Stones ne l’a pas laissée complètement indifférente. « C’est merveilleux, ça me fait trop plaisir ! » glisse-t-elle spontanément entre deux entrevues de sa tournée promotionnelle à Montréal. 

Il ne faudrait surtout pas y voir un message subliminal de leur ancienne idylle que la presse people leur attribue dans les années 1990. « Je n’ai pas de relation avec lui, précise l’épouse de Nicolas Sarkozy, à part une relation amicale, mais je lui parle très peu souvent. Je suis contente que les Stones aient tweeté et aimé la chanson. C’est important, c’est eux qui l’ont écrite. »

Voilà pour les potins. On l’aura compris, Carla Bruni sait bien s’entourer. Et si elle choisit de reprendre Depeche Mode (Enjoy the Silence), The Clash (Jimmy Jazz), Abba (The winner takes it all) ou Lou Reed (A perfect day), c’est sous la prestigieuse supervision de nul autre que de David Foster, vénérable arrangeur-producteur à succès (Frank Sinatra, Lionel Richie, Michael Bublé, Michael Jackson, Bee Gees...). Capitalisant sur le charisme de la chanteuse égérie de grands couturiers et ex-première dame de France, French Touch joue à fond la carte sexy : voix murmurée, arrangements jazzy, ce disque de 11 reprises sorti le 6 octobre distille un charme indéniable porté par la voix de plus en plus grave de la chanteuse.

« J’ai essayé de donner un peu de mon univers à ces chansons, comme si je les avais écrites en quelque sorte, explique-t-elle. David Foster a été l’initiateur du projet. Il dirige the Verve, mon label aux États-Unis et il était venu à mon concert à Los Angeles, il y a trois ans. Il m’a dit qu’il aimait mes chansons, ma voix, mais qu’il ne comprenait rien aux textes en français. Il voulait savoir si je pouvais écrire des chansons en anglais. Mais je n’ai jamais réussi à le faire et pourtant, j’ai essayé. Il m’a alors proposé de chanter des covers. »

Willie Nelson le maître

Parmi les 11 reprises glanées sur quatre décennies de grands succès anglophones, un seul invité se prête à un duo enregistré à distance : Willie Nelson, que l’on retrouve à l’interprétation de Crazy, titre popularisé par Patsy Cline. 

« Je considère Willie Nelson comme un maître, un maître de songwriting, un maître de la chanson country ; un chanteur, un guitariste et un parolier unique. C’est vraiment un honneur de l’avoir en featuring. »

Cela fait 20 ans que Carla Bruni défend une carrière musicale misant sur la simplicité voix/guitare, une carrière propulsée par son tout premier album Quelqu’un m’a dit, en 2002 puis réévaluée à l’aulne de son passage à l’Élysée, quand son conjoint, puis époux, y était président. « J’en garde de fantastiques souvenirs, conclut-elle, c’était une expérience extraordinaire et un grand honneur ! » Et si la French Touch suprême, c’était l’émerveillement doublé d’un optimisme à toute épreuve ?

Cinéma

Deux actrices canadiennes accusent Weinstein de harcèlement

TORONTO — Deux actrices canadiennes, dont une Montréalaise, ajoutent leur nom à la liste de plus en plus longue de femmes qui accusent le producteur hollywoodien Harvey Weinstein de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle.

Dans une entrevue à CBC, la Montréalaise Erika Rosenbaum a affirmé que le magnat déchu du cinéma lui avait fait des avances sexuelles agressives au cours de trois rencontres distinctes il y a près de 15 ans.

Harvey Weinstein, qui a été licencié de l’entreprise cinématographique qu’il a cofondée, a nié vendredi par le biais d’une porte-parole toute allégation de contact non consensuel. Il a précédemment fait paraître d’autres déclarations pour nier des allégations semblables.

Actualité artistique

Paulette Gagnon: le legs d’une bâtisseuse

La disparition de Paulette Gagnon, mercredi soir, laisse un vide immense dans le milieu du théâtre franco-ontarien, mais aussi parmi toute la communauté culturelle œuvrant en situation minoritaire, ont souligné jeudi, de nombreux créateurs de l’Ontario français, abasourdis par ce décès survenu à 62 ans.

De Hearst, sa ville natale, à Sudbury – où ses efforts pour mettre sur pied la Place des arts du Grand Sudbury étaient sur le point de porter fruit – et de Toronto à Ottawa – où elle a œuvré pendant 15 ans, dont cinq années charnières à la direction générale de La Nouvelle Scène (LNS), de 1997 à 2001 ; c’est donc sous son mandat que l’édifice a pu voir le jour, en 1999 – les hommages et témoignages d’affection ont abondé sur les réseaux sociaux, jeudi.

Paulette Gagnon, qui a occupé d’importantes fonctions administratives au sein de structures essentielles au secteur culturel, dont Direction Jeunesse, Théâtre Action, le Conseil des arts de l’Ontario, le Théâtre français du Centre national des Arts, la Fédération culturelle canadienne-française et l’Association des théâtres francophones du Canada, laisse derrière elle « un legs immense » estime le metteur en scène Joël Beddows.

Au Conseil des arts de l’Ontario, « elle a fait une mise à jour de tous les programmes (de subventions) franco-ontariens, dans une période d’austérité, ce qui n’était pas une tâche facile », rappelle-t-il. Idem lors du projet d’implantation de La Nouvelle Scène, que Mme Gagnon « a mené à une période où les programmes [fédéraux] voués aux infrastructures [...] n’existaient pas encore. C’était donc un gros travail de représentation politique », retrace l’actuel directeur artistique du Théâtre français de Toronto. 

« Ce travail, elle l’a fait avec énormément de doigté, poursuit-il. La crise de l’Hôpital Montfort battait son plein ; c’était perspicace de sa part, de dire haut et fort que la société franco-ontarienne n’avait pas à choisir entre un théâtre et un hôpital, que c’était normal qu’on ait les deux. », évoque celui qui en 1999 était à la barre du Théâtre la Catapulte, à Ottawa.

« C’était une fonceuse et une fondatrice » qui, après avoir rempli la mission qu’elle s’était donnée, « préférait disparaître », tout simplement parce que « la gestion l’intéressait moins que la création » d’infrastructures. « Elle avait peur de s’ennuyer », estime M. Beddows, c’est pourquoi elle préférait laisser à d’autres le soin de développer ce qu’elle avait mis sur pied. 

Au service des créateurs

« Elle croyait [fondamentalement] que tout était possible en Ontario français. Que la situation minoritaire n’était pas une raison pour ne pas viser un plein développement social. Et que l’art était un moyen privilégié pour arriver à cette fin », poursuit-il.

« Son travail, c’était de nous donner les moyens de faire notre travail, nous, les créateurs. « Elle a été là à toutes les étapes : elle nous a d’abord encouragés. Ensuite, elle a encadré et a aidé à mettre au monde. [...]  Elle outillait les artistes. Elle les aimait... et c’est pour ça qu’elle a passé son temps à leur faire des cadeaux. »  Dont «la pérennité» du milieu culturel franco-ontarien. «Le fait qu’il puisse exister en Ontario un espace culturel francophone autonome, distinct du Québec, c’est une réalité tangible aujourd’hui, mais  dans les années 70, quand elle a commencé, c’était une idée complètement farfelue...» rappelle-t-il.

L’ancien directeur de la Catapulte, compagnie vouée aux talents émergents, partage aussi une pensée émue pour celle qui a toujours fait preuve d’un «amour profond pour la relève». Car, pour elle, «bâtir le milieu culturel n’avait un sens que s’il était prêt à accueillir » la jeunesse, la création, la nouveauté, et «pas seulement le répertoire». Joël Beddows se voit donc comme l’un des héritiers privilégiés de Paulette Gagnon. C’est une triste journée, mais je refuse de rester [passif, à me morfondre]. La meilleure façon de lui rendre hommage, c’est de continuer à créer et à rêver, estime le metteur en scène.

Richard Therrien

L'Académie: trois filles, un pacte

CHRONIQUE / Les séries pour ados ou jeunes adultes, ça marche. Nommez-les : Riverdale, 13 raisons et, chez nous, Le chalet et Jérémie. Club illico y a vu un beau filon, et lance deux nouveautés québécoises dans la catégorie teen drama, seulement cette année. Avant La dérape, tournée à Québec et qui arrivera au début de 2018, les 10 épisodes de L’Académie sont déjà en ligne pour les abonnés de cette plateforme payante. Une œuvre légère de qualité, qui devrait intéresser un public surtout féminin.

Parce que l’Académie du titre est un pensionnat pour filles. Sarah-Maude Beauchesne, auteure de romans jeunesse, s’intéresse ici à un trio d’élèves, Agathe, Marie et Wendy, qui entreprennent leur dernière année du secondaire, en faisant le pacte de ne pas fréquenter de garçons : pas de contact physique ni même de flirt, encore moins de french, du moins pas avant le bal des finissants.

Or, la directrice de l’institution, Mme Léger (Pascale Bussières), a choisi cette journée pour annoncer un projet pilote, l’arrivée d’un groupe de 13 garçons de 5e secondaire, une décision qui divise les filles, le trio vedette étant contre l’idée. Théo et Clément (Rémi Goulet et Antoine Desrochers) sauront-ils se mêler à elles? Ce ne sera pas aussi simple.

L’Académie est peut-être une série pour ados qui mise sur l’importance de l’amitié, on y parle aussi crûment de relations sexuelles et de consommation d’alcool. La première scène montre Agathe (Léa Roy), portant une tenue un peu affriolante, qui se rend chez son amoureux avec l’intention d’avoir sa première relation sexuelle. La suite ne fera pas plaisir au garçon entreprenant (Antoine Pilon). Audacieux, mais fait avec goût, rassurez-vous. Ce public en a vu d’autres.

Très rare qu’on voit un personnage aussi jeune assumer pleinement d’être lesbienne. C’est le cas de Wendy, qui en bave pour une nouvelle élève, Scarlett (Marianne Fortier, vedette de Pour Sarah). Dans ce rôle, vous reconnaîtrez Sabrina Bégin Tejeda, qui joue la détenue Mariposa Selanes dans Unité 9. Juliette Gosselin, qu’on a vue au grand écran dans Familia et Embrasse-moi comme tu m’aimes, complète le trio dans le rôle de Marie. Les acteurs sont tous plus âgés que leurs personnages, mais on se laisse prendre. Tant qu’on ne les voit pas prendre 14 ans à compléter leur secondaire comme dans Watatatatow.

L’Académie reprend certains codes de la série pour ados. Agathe, Marie et Wendy ont en effet une rivale, Julie Couture (Laetitia Isambert-Denis), surnommée La bitch, qui ne recule devant rien pour leur mettre des bâtons dans les roues.

Contrairement à d’autres séries pour ados, on parle très rarement des adultes dans celle-ci, mis à part la directrice, le personnel enseignant, et le père d’Agathe, qu’on aperçoit au premier épisode. On a insisté pour la trame musicale de la série soit entièrement québécoise, à partir du thème, signé Alex Nevsky, jusqu’aux autres titres entendus dans la série, de Safia Nolin, Dead Obies et Milk & Bone, entre autres.

L’Académie a plusieurs parentés avec Le chalet : mêmes scénaristes, même réalisatrice, Marie-Claude Blouin; et même maison de production, Passez Go. On s’adresse aussi sensiblement au même public. Club illico avait tellement confiance en la série qu’il a organisé les projections de presse devant les élèves de deux écoles secondaires, dont le Collège François-de-Laval, à Québec.

Alors que d’autres séries du Club ont voyagé sur les différentes plateformes du Groupe TVA, comme Blue Moon, actuellement reprise à TVA, L’Académie vise un public plus jeune, un créneau qui n’apparaît sur aucune autre chaîne. Quoiqu’on croit que la série, classée pour huit ans et plus, intéressera aussi un public plus adulte, que des parents, nostalgiques de leur adolescence, pourraient y prendre goût. Comme on ne se cache pas de regarder Le chalet, je ne vois pas pourquoi on s’empêcherait de suivre L’Académie. Un rappel : l’abonnement mensuel au Club illico est de 9,99 $ par mois. Une deuxième saison est déjà en préparation.

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Luc Lavoie réintègre La joute

Le purgatoire de Luc Lavoie aura été de courte durée; l’analyste politique a déjà réintégré sa place au sein de l’équipe de La joute à LCN, à peine huit jours après avoir été suspendu par la direction de TVA. Il en avait été expulsé après une mauvaise blague sur la chasse aux séparatistes. Informé que son analyste était visé par une enquête de la Sûreté du Québec, a alors choisi de le suspendre. On a appris depuis qu’aucune accusation criminelle ne serait retenue contre Luc Lavoie. Pour son retour en ondes jeudi, qui n’avait pas été annoncé, il a réitéré qu’il était désolé s’il avait pu blesser des téléspectateurs. La semaine dernière, le diffuseur avait bien précisé qu’il suspendait M. Lavoie jusqu’à la fin de l’enquête.

Cinéma

Weinstein accusé d'un quatrième viol

NEW YORK — Le magnat d'Hollywood Harvey Weinstein est désormais visé par une enquête policière à New York ainsi qu’au Royaume-Uni et a été accusé jeudi d’un quatrième viol.

Les investigations de la police new-yorkaise se cantonnent pour l’instant à une agression sexuelle présumée remontant à 2004.

L’enquête de la police britannique concerne elle une agression sexuelle qui aurait été commise dans les années 1980 dans la région de Londres.

Mais les choses ne devraient pas s’arrêter là, le producteur étant suspecté d’avoir sévi durant plusieurs décennies, obtenant à chaque fois que c’était possible le silence de ses victimes grâce à des accords de confidentialité grassement payés.

Interrogée par l’AFP, la police de Los Angeles, où se trouve Hollywood, a indiqué qu’aucune enquête n’était ouverte sur Harvey Weinstein à ce stade. Depuis les premières révélations du New York Times le 5 octobre, le producteur a vu fondre ses soutiens et a même été licencié par sa propre maison de production, The Weinstein Company.

Faits prescrits, ou pas

La liste des femmes se disant victimes de ses abus, principalement des mannequins et actrices, parfois débutantes à l’époque, ne cesse de s’allonger : Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Judith Godrèche, Katherine Kendall, Emma de Caunes, Cara Delevingne, Ashley Judd, Léa Seydoux, Mira Sorvino, Florence Darel...

Jeudi, c’est la comédienne britannique Kate Beckinsale qui a raconté que Harvey Weinstein lui avait fait des avances dans une chambre d’hôtel, en peignoir, alors qu’elle n’avait que 17 ans.

De nombreux faits reprochés au fondateur de Miramax par ces vedettes sont prescrits, car le Code pénal local les considère comme des délits mineurs.

Mais trois femmes ont accusé Weinstein de viol : la star italienne Asia Argento, l’actrice Lucia Evans et une autre femme restée anonyme.

Musique

Eurovision: Garou à la chasse aux talents français

PARIS — Garou prévoit d’animer le concours télévisé de France 2 qui sélectionnera le candidat français pour l’Eurovision 2018 avec sa «neutralité de Québécois», a indiqué le chanteur jeudi.

«Je serai beaucoup plus près des artistes que du jury», a précisé à l’AFP le chanteur québécois, qui a déjà présenté deux Fêtes de la musique sur la chaîne France 2 après avoir été juré de The Voice (TF1)

France 2 retente sa chance dans l’univers des télé-crochets avec ce concours télévisé destiné à désigner l’artiste qui représentera la France au Portugal en mai 2018 et à faire mieux qu’Amir, sixième en 2015 ou Alma, douzième en 2016. La France n’a plus gagné l’Eurovision depuis 1977 avec Marie Myriam et la chanson L’oiseau et l’enfant.

Ce concours national, produit par le britannique Itv Studios, occupera plusieurs premières parties de soirée sur France 2.

La sélection devrait comporter une quinzaine de candidats entre nouveaux talents et artistes confirmés, et potentiellement certains chanteurs venus de l’étranger, a précisé France Télévisions. Deux conditions à respecter : la chanson doit être inédite, et comporter 70 % de paroles en langue française.

Les candidats devront affronter un jury français et un jury international avant de se soumettre au choix des téléspectateurs. La mécanique de cette sélection sera précisée ultérieurement, a indiqué France Télévisions. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’à fin novembre sur le site de France Télévisions.

C’était habituellement un comité artistique qui choisissait le représentant du pays à l’Eurovision.

«On cherche d’abord une chanson. Ce concours sera une vitrine exceptionnelle pour des chansons originales et inédites. On s’attend à des surprises, on s’attend à être touché», a souligné Garou.

Disques

Un Beck «libéré» et plus enjoué

NEW YORK — Si l’on devait définir le style musical de Beck en un seul mot, cela serait «éclectisme». Depuis plus de deux décennies, ce grand nom de la scène rock alternative n’a cessé de mélanger les influences et les styles de musique, comme le hip-hop ou la musique mexicaine.

Mais avec son nouvel opus, Colors, aux sonorités résolument enjouées, le chanteur de Los Angeles livre ce qui s’apparente le plus à un album de pop classique.

Colors est son premier disque depuis le sombre Morning Phase, avec lequel il avait remporté un Grammy en 2014. Mais à l’inverse de son précédent album, il apparaît comme une ode à la vitalité, et à 47 ans, Beck ne cesse d’expliquer qu’il se sent libéré.

«Je suis tellement libre!» s’exclame-t-il ainsi sur le morceau I’m So Free. À l’image de cette déclaration, le nouveau style de Beck penche plus vers l’euphorie et l’optimisme que l’ironie. Ses paroles sont peut-être plus simples, mais ce n’est pas le cas de ses compositions.