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Cinéma

Départ en trombe pour Sonic au box-office 

LOS ANGELES — Défiant les pronostics, une boule bleue ultra-rapide a secoué le box-office nord-américain : pour sa sortie, Sonic le hérisson est arrivé en tête de la course dans les cinémas ce week-end, selon les chiffres provisoires publiés dimanches par la société spécialisée Exhibitor Relations.

Le long-métrage dédié au hérisson du groupe japonais Sega, l'un des personnages de jeux vidéo les plus célèbres au monde, a engrangé 57 millions de dollars de recettes de vendredi à dimanche aux États-Unis et au Canada, pour sa première semaine. Un chiffre qui s'élève à 68 millions en comptant la journée de lundi, fériée aux États-Unis.

Cinéma

Harvey Weinstein considérait ses victimes «jetables», selon l'accusation

NEW YORK — Harvey Weinstein se croyait si puissant qu'il s'imaginait pouvoir s'en tirer en dénigrant de jeunes actrices plongées dans un monde où les magnats d'Hollywood les considéraient comme «entièrement jetables», a déclaré vendredi une procureure au jury dans sa plaidoirie.

L'ex-producteur de cinéma déchu subit un procès pour viol à New York.

«L'univers est dirigé par moi et elles n'ont pas l'option de se plaindre lorsqu'elles se font marcher dessus, cracher dessus, rabaisser et, oui, violer ou abuser par moi - le roi», a déclamé Joan Illuzzi-Orbon en imitant l'accusé.

À l'aide d'un écran de télévision installé près des jurés, les procureurs ont fait défiler des photos de l'actrice Annabella Sciorra et de cinq autres victimes alléguées ayant témoigné contre Harvey Weinstein. Joan Illuzzi-Orbon a affirmé au jury qu'à l'exception de Mme Sciorra, toutes les autres étaient «entièrement jetables». «Elles ne feraient jamais partie de son monde».

La procureure a également montré deux séquences. L'une du témoignage d'Annabella Sciorra, dans les années 1990, et l'autre de l'actuelle accusatrice dans ce procès.

Dans la première vidéo, Mme Sciorra relate la scène où elle a confronté celui qu'elle accuse de l'avoir violée. «Ses yeux sont devenus noirs et j'ai cru qu'il allait me frapper», décrit-elle.

Dans la deuxième séquence, l'accusatrice du procès en cours raconte la réaction de Harvey Weinstein, en 2013, lorsqu'elle lui a annoncé qu'elle avait un conjoint.

«Ses yeux ont changé et il n'était plus là. Ils étaient noirs et il m'a démolie», a-t-elle déclaré.

À certaines occasions, l'accusé s'est appuyé au fond de sa chaise en regardant l'écran devant lui qui reproduisait les mêmes images montrées au jury durant cette plaidoirie de trois heures.

La veille, la défense avait offert sa propre version épique d'une plaidoirie dans laquelle elle qualifiait le dossier de la poursuite de «conte sinistre» dénué de preuves prouvant la culpabilité de Weinstein.

L'avocate Donna Rotunno, qui défend Harvey Weinstein, avait reproché à la poursuite de créer «un univers parallèle» qui «prive les femmes adultes de tout bon sens, d'autonomie et de responsabilité». Elle avait ajouté que «le regret n'existe pas dans ce monde, les regrets ont été renommés "viols"».

Le jury a été libéré pour la fin de semaine et les délibérations doivent commencer mardi.

Harvey Weinstein, 67 ans, est accusé d'avoir violé une femme dans une chambre d'hôtel de Manhattan, en 2013, et d'avoir posé de force des actes de sexe oral sur une autre victime.

Cinéma

Le film de la semaine: Mafia inc. *** 1/2

CRITIQUE / Podz nous a habitués à sa prise de risques — et pas seulement dans l’audace et la maîtrise de sa réalisation originale —, de la violence trouble de La loi du talion ou 10 1/2 au plan-séquence de King Dave. Mais le cinéaste prodige aurait facilement pu se casser les dents sur Mafia inc., une ambitieuse fresque réussie qui dépeint l’ascension et la chute d’un jeune Québécois auprès de la famille régnante dans la province.

La très libre adaptation de l’enquête journalistique d’André Noël et d’André Cédilot sur la présence des Rizzuto au Québec se situe en pleine guerre des motards, en 1994. Vince Gamache (Marc-André Grondin), antihéros et électron libre, se trouve au Venezuela pour un coup fumant.

Cinéma

Céline Sciamma: Le désir amoureux au féminin

PARIS — Portrait de la jeune fille en feu a causé une forte impression lors de sa première mondiale au Festival de Cannes, où Céline Sciamma a d’ailleurs obtenu le Prix du scénario. Film au féminin, sensuel et lumineux, son récit met en scène une peintre (Noémie Merlant) et son modèle (Adèle Haenel) qui succombent à l’amour (interdit) au XVIIIe siècle. N’eût été des «Misérables», le long métrage aurait probablement représenté la France aux Oscars. La cinéaste n’en a cure. Avec 11 nominations aux Césars, dont meilleurs film, réalisation et scénario, la belle histoire se poursuit.

Q César 2017 de la meilleure adaptation pour Ma vie de courgette, Prix du scénario à Cannes pour Portrait de la jeune fille en feu, vous être une sacrée scénariste!

Cinéma

Noémie Merlant: Incarner toutes les femmes oubliées

PARIS — Petite, Noémie Merlant rêvait d’être chanteuse. Puis danseuse. Un article lu par son père sur le Cours Florent, une célèbre école de théâtre, va infléchir sa trajectoire. La Française de 31 ans, qui n’avait jamais songé à devenir actrice, va réussir à vaincre sa timidité : «une véritable révélation». Après une nomination aux Césars en 2017 comme meilleur espoir, elle brille dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Ce qui lui vaut, cette fois, de concourir comme meilleure actrice. Rencontre.

Des lourdes robes de son habit de peintre du XVIIIe siècle au look contemporain pour l’entrevue, le contraste saisit. Celle qui fut mannequin un temps arbore élégamment pantalons de cuir noirs, blouson noir et blanc sur chemise rouge à motifs.

Cinéma

Isabelle Nanty: Sauver le monde une action à la fois

PARIS — Isabelle Nanty a joué dans plus d’une soixantaine de longs métrages, dont plusieurs films emblématiques (Tatie Danielle, Les visiteurs, Amélie Poulain…). Mais la blonde actrice de 58 ans, malgré son talent évident, est souvent reléguée aux seconds rôles. Comme dans Fahim, bientôt sur nos écrans, où Gérard Depardieu lui fait de l’ombre. La battante n’en a cure. Le Soleil s’est entretenu avec cette femme attachante et articulée qui n’a pas peur de brasser la cage.

Q Pierre-François Martin-Laval a écrit ce rôle pour vous. Mais au-delà de ça, qu’est-ce qui vous a séduite dans cette histoire inspirée du destin fabuleux du jeune Fahim Mohammad qui, parti du Bangladesh, devient champion de France aux échecs en 2012?

Cinéma

Steve McQueen expose ses films d’art à la Tate Modern [VIDÉO]

LONDRES — Le réalisateur britannique Steve McQueen expose au musée londonien Tate Modern une série de films courts axés sur des expériences souvent liées à l’identité noire, invitant à une exploration sensorielle.

Installé entre Londres et Amsterdam, McQueen, qui a été le premier réalisateur noir à gagner l’Oscar du meilleur film avec Esclave pendant 12 ans, en 2014, milite pour la diversité, en particulier dans le monde du cinéma.

À la Tate Modern, Static accueille le visiteur, film de la statue de la Liberté à New York tourné au plus près, scrutant sous tous les angles cette statue familière et symbolique, sur fond sonore assourdissant du bruit de l’hélicoptère de prise de vue.

«Ce qui intéresse Steve, c’est notre vision du monde, comment les humains essaient de représenter la liberté», explique Fiontan Moran, commissaire adjoint de l’exposition.

7th Nov 2001 montre le plan fixe d’un corps pendant que le cousin de Steve, Marcus, raconte en voix hors champ comment il a accidentellement tué son frère, une expérience particulièrement traumatisante.

Dur également Western Deep, une installation immersive donnant à ressentir l’expérience de mineurs en Afrique du Sud, les suivant au fond de la mine avec une recherche sur la lumière et le bruit.

Ashes est un hommage à un jeune pêcheur de la Grenade, île d’origine de la famille de Steve McQueen, filmé sur son bateau, des images de beauté et de douceur tragiquement inversées sur l’autre face de l’écran de projection, qui montre la construction d’une tombe commandée par McQueen pour le jeune pêcheur, Ashes, tué par des trafiquants de drogue.

Poésie

Militant, End Credits est un hommage au chanteur afro-américain, acteur et défenseur des droits civiques Paul Robeson (1898-1976), mis sous surveillance par le FBI. Le film voit défiler pendant 5 heures des documents censurés du FBI sur cette surveillance, lu par une voix hors champ.

«Il teste les limites de la façon dont on peut recueillir des informations sur les gens en ces temps de surveillance de masse», souligne Fiontan Moran.

Toujours dans une veine militante, l’exposition figure une unique sculpture, Weight, une première fois exposée dans la prison d’Oscar Wilde à Londres. Elle représente une moustiquaire dorée drapée sur un sommier de prison en métal, abordant le thème de l’enfermement et le pouvoir de l’imagination permettant d’en sortir.

L’exposition se déroule en même temps que celle de la série de portraits géants de classes d’écoliers de Londres, Year 3, réalisée par McQueen, dont bon nombre ont été exposés dans les rues de Londres l’an dernier.

«Je me souviens de ma première visite à la Tate quand j’étais un tout jeune écolier de 8 ans, c’est vraiment le moment où j’ai commencé à comprendre que tout était possible», a souligné McQueen à l’occasion de l’exposition, ajoutant que la Tate Modern «est l’endroit où mon parcours d’artiste a commencé».

Il expliquait ainsi récemment au Financial Times la différence entre ses films d’art et ses longs métrages : «Les uns sont de la poésie, les autres un roman. La poésie est condensée, concise, fragmentée. Le roman est une longue histoire.»

L’exposition se poursuit jusqu’au 11 mai.

Cinéma

La direction de l’académie des Césars démissionne en bloc

PARIS — La direction de l’académie des Césars, les Oscars du cinéma français, a annoncé jeudi soir sa «démission collective», à 15 jours de la prochaine cérémonie annuelle, sur fond de crise entre dénonciation de l’opacité de la gestion de cette institution et polémique autour de Roman Polanski.

«Pour honorer celles et ceux qui ont fait le cinéma en 2019, pour retrouver la sérénité et faire que la fête du cinéma reste une fête, le conseil d’administration de l’Association pour la Promotion du Cinéma (Académie des Arts et Technique du Cinéma) a pris la décision à l’unanimité de démissionner», explique l’Académie présidée depuis 2003 par le producteur Alain Terzian.

«Cette démission collective permettra de procéder au renouvellement complet de la direction», poursuit le communiqué des Césars.

Une assemblée générale se déroulera après la 45e cérémonie prévue pour le 28 février et sera l’occasion d’élire «une nouvelle direction pour préparer ainsi, sous l’égide du CNC (Centre national du cinéma), les modifications des statuts fondateurs de l’Association pour la Promotion du Cinéma et mettre en œuvre les mesures de modernisation annoncées».

Cette annonce-choc survient après une tribune parue lundi soir dans le journal Le Monde, où quelque 400 personnalités du cinéma dont Omar Sy, Bertrand Tavernier, Michel Hazanavicius, Jacques Audiard, Marina Foïs et Agnès Jaoui ont réclamé une «réforme en profondeur» de l’Académie des Césars.

Parmi leurs griefs, des «dysfonctionnements», une «opacité des comptes» et des statuts qui «n’ont pas évolué depuis très longtemps» et reposent sur «la cooptation».

La liste des membres de l’Académie, constituée de 4700 professionnels du cinéma, est confidentielle. L’Académie est elle-même régie par l’APC, dont les membres sont les professionnels ayant reçu un Oscar, les anciens présidents et plusieurs autres personnalités, soit 47 membres. 

Parmi lesquelles, le réalisateur franco-polonais Roman Polanski, visé par des accusations de viol et en tête des nominations avec son film J’accuse, ce qui passe très mal auprès des féministes et de l’opinion publique.  

Cinéma

Rose McGowan fustige la «comédie» féministe de Natalie Portman aux Oscars

LOS ANGELES — L’actrice américaine Rose McGowan, l’une des premières à avoir dénoncé les atteintes sexuelles présumées d’Harvey Weinstein, a vivement critiqué sur Facebook la «comédie» féministe jouée selon elle par Natalie Portman lors de la cérémonie des Oscars dimanche soir.

Sur le tapis rouge, Natalie Portman était revêtue d’une cape noire sur laquelle elle avait fait inscrire les noms de plusieurs réalisatrices qui avaient selon elle été injustement écartées de la sélection 2020, où aucune femme ne figurait. Brodés en lettres dorées, se trouvaient les noms de Lorene Scafaria (Queens), Lulu Wang (L’Adieu), Greta Gerwig (Les Quatre Filles du Docteur March), Mati Diop (Atlantique), Melina Matsoukas (Queen & Slim) et Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu).

«Je voulais souligner de manière subtile les femmes qui n’ont pas été reconnues pour leur travail incroyable cette année», avait justifié Mme Portman.

Rose McGowan n’a de son côté pas choisi la subtilité dans le message publié sur sa page Facebook pour fustiger «ce genre de protestation célébrée par les grands médias pour son courage».

«Courageux? Non, loin s’en faut. Plutôt une actrice qui joue la comédie et se fait passer pour quelqu’un d’engagé. Comme tant d’autres», poursuit Rose McGowan, qui juge «insultant pour tous ceux d’entre nous qui agissons vraiment le genre de militantisme de Portman».

Et elle interpelle directement sa collègue : «Natalie, tu as travaillé avec deux réalisatrices au cours de ta très longue carrière — l’une d’entre elles, c’était toi. Tu as une société de production qui a employé précisément une réalisatrice, toi.»

Rose McGowan exhorte ensuite Natalie Portman et les autres actrices de «l’élite» à «changer le monde» au lieu de «faire semblant» d’être du côté des autres femmes.

Natalie Portman, lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice en 2011 pour son rôle dans Le cygne noir, a répondu plus sobrement, reconnaissant dans un communiqué qu’elle ne méritait pas d’être qualifiée de «courageuse», un terme qu’elle préfère réserver aux victimes qui ont récemment témoigné à New York au procès d’Harvey Weinstein.

Elle reconnaît également ne pas avoir travaillé avec autant de réalisatrices qu’elle aurait voulu. «J’ai eu quelques expériences où j’ai aidé des réalisatrices à être engagées sur des projets qu’elles ont ensuite été forcées d’abandonner en raison des conditions de travail qu’elles subissaient», affirme l’actrice.

«Je veux dire que j’ai essayé et que je continuerai», ajoute-t-elle.

Cinéma

Les avocats de Weinstein demandent son acquittement

NEW YORK — Les avocats d’Harvey Weinstein ont appelé jeudi les jurés à acquitter l’ex-magnat d’Hollywood accusé d’agressions sexuelles, même si c’est «impopulaire», après trois semaines de procès durant lesquelles se sont posé les questions de la contrainte et du consentement de ses deux accusatrices.

Dans sa plaidoirie finale, Donna Rotunno, principale avocate du producteur, a accusé les procureurs d’avoir créé «un univers alternatif» dans lequel le producteur aux plus de 80 Oscars s’attaquait à de jeunes actrices, sans fournir les preuves de la culpabilité de celui qui est à l’origine de l’émergence du mouvement #MeToo.

«Il était innocent quand il a franchi cette porte. Il était innocent quand les témoins ont commencé à déposer. Et il est innocent, assis devant vous maintenant», a-t-elle lancé aux 12 jurés du tribunal de Manhattan.

«Les médias ont fait du zèle, l’accusation a fait du zèle [...] Vous êtes appelés à prendre une décision impopulaire» et à «ignorer l’agitation» médiatique autour de ce dossier, a souligné l’avocate, qui a jusqu’ici obtenu l’acquittement de la quasi-totalité des hommes accusés d’agression sexuelle qu’elle a défendus.

«Ne laissez jamais vos émotions brouiller votre réflexion. Utilisez votre bon sens new-yorkais, il vous mènera à la bonne réponse», a-t-elle ajouté.

Le producteur de 67 ans, qui fut le premier à découvrir le talent de Quentin Tarantino et produisit des succès comme Shakespeare et Juliette ou L'Artist, risque la perpétuité en cas de condamnation.

Six femmes ont, depuis le 22 janvier, témoigné pour l’accusation, affirmant que l’ex-magnat d’Hollywood, devenu un paria pour l’opinion publique, les avait sexuellement agressées.

Si M. Weinstein a été accusé de harcèlement ou d’agression sexuelle par plus de 80 femmes depuis octobre 2017, son avocate Donna Rotunno a cependant rappelé aux jurés qu’il n’était jugé à New York que pour deux agressions présumées : un viol supposé sur une aspirante actrice, Jessica Mann, en 2013, et un cunnilingus forcé sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, en 2006.

Courriels nombreux

Or dans ces deux cas, la notion-clé de consentement s’avère plus floue que dans la plupart des procès pour agressions sexuelles.

Les deux femmes ont en effet reconnu au cours du procès avoir eu avec M. Weinstein au moins un rapport sexuel consenti après l’agression supposée.

La défense a présenté de nombreux courriels semblant montrer que les accusatrices étaient restées en bons termes avec le producteur après leur agression présumée.

«La vérité laisse des traces», a affirmé Mme Rotunno.

Cinéma

«The Hunt», film fustigé par Trump, sortira finalement

LOS ANGELES — «The Hunt» («La Chasse»), un film mettant en scène des «élites» traquant pour le plaisir des «Américains ordinaires», dont la sortie avait été annulée l'an dernier après une vive polémique, sera finalement dans les salles américaines le 13 mars.

Le film devait initialement sortir en septembre dernier, mais il avait scandalisé une partie des républicains, dont le président Donald Trump lui-même, et les studios Universal avaient fini par renoncer à l'époque.

Cinéma

Weinstein renonce à témoigner

NEW YORK — Le producteur de cinéma Harvey Weinstein a confirmé mardi qu’il ne témoignerait pas lors de son procès pour agressions sexuelles, mettant fin aux dépositions et ouvrant la voie aux plaidoiries finales et à des délibérations du jury qui s’annoncent compliquées.

Même si personne ne s’attendait à ce que le producteur témoigne, les avocats de la défense en ont brièvement laissé planer la possibilité mardi.

Cinéma

Le triomphe de «Parasite», un tournant pour le cinéma sud-coréen

SÉOUL — Le triomphe sans précédent de «Parasite», premier long-métrage en langue étrangère à obtenir l’Oscar du meilleur film, pourrait marquer un tournant, élargissant la réception mondiale du cinéma sud-coréen et ouvrant grandes les portes de Hollywood aux productions étrangères.

À la fois suspense, comédie familiale et satire corrosive sur les inégalités sociales, le film de Bong Joon-ho a raflé dimanche quatre Oscars en une soirée, dont le plus prestigieux, celui du meilleur film, bien qu’il soit tourné entièrement en coréen.

Une récompense inédite en 92 ans pour un film dans une autre langue que l’anglais : «Non seulement Bong Joon-ho marque l’histoire culturelle sud-coréenne, mais il écrit une page d’histoire à Hollywood», s’enflammait mardi le Chosun Ilbo, grand quotidien de Corée du Sud.

L’Académie des Oscars «était obsédée par les films en anglais tournés par des réalisateurs blancs», ce qui faisait qu’il était «plus difficile pour un Coréen de remporter un Oscar avec un film en coréen que de décrocher un Nobel en littérature», grince-t-il.

«C’est le début d’une nouvelle ère», et ce triomphe libère «des opportunités incroyables» pour les films étrangers aux États-Unis, abonde Gina Kim, professeur à l’université californienne UCLA et réalisatrice d’origine sud-coréenne.

Hollywood «continue de dominer l’industrie cinématographique mondiale, et était connu pour ne pas laisser d’espace aux films en langue étrangère sur ses terres, explique-t-elle. Avec Parasite, tout a changé.»

Dynamisme

Le succès de Bong Joon-ho, qui vient couronner l’année marquant le centenaire du cinéma coréen, confirme le dynamisme de la Corée du Sud, cinquième plus gros pays producteur de films dans le monde.

Plusieurs productions locales avaient déjà séduit les grands festivals : le thriller Old Boy de Park Chan-wook avait remporté en 2004 le Grand prix cannois, et le drame Pieta de Kim Ki-duk s’était arrogé en 2012 le Lion d’or à Venise.

Surtout, le cinéma sud-coréen s’était invité à Hollywood en 2013 : d’une part avec le suspense psychologique Stoker tourné par Park Chan-wook avec Nicole Kidman; puis avec Snowpiercer — le transperceneige, film de science-fiction dystopique réalisé par Bong Joon-ho lui-même avec Tilda Swinton.

La Corée du Sud a fait de sa culture un outil de soft power — non sans succès : sa musique K-pop et ses boys bands connaissent un engouement massif à travers le monde, en Asie comme en Occident.

Le cinéma sud-coréen a pour sa part connu une renaissance dans les années 90 avec l’émergence de la démocratie après des décennies de dictature militaire.

Les Oscars de Bong «sont l’occasion inouïe pour le cinéma sud-coréen de mettre en valeur tous les talents qu’il a vu apparaître ces dernières années», souligne Jason Bechervaise, professeur de l’université sud-coréenne Soongsil Cyber. «Bien sûr, des problèmes existent comme dans tous les secteurs. Mais je suspecte les pays voisins d’être très envieux» du triomphe de Parasite, ajoute-t-il.

À l’instar de la Chine, qui investit tous azimuts dans sa production culturelle, mais impose une censure étroite, sans connaître de succès populaire à l’international.

La recette sud-coréenne tient peut-être à la liberté et à l’audace de ses artistes. En 2007, l’ex-président Kim Dae-jung lançait à l’administration : «Offrez un soutien financier aux artistes, mais surtout n’intervenez jamais dans leur travail. Dès que le gouvernement interfère, les industries créatives se brisent.»

«Une avancée étonnante» 

Le succès de Parasite a également suscité une vive émotion dans la diaspora asiatique en Amérique du Nord, provoquant des réactions de joie de l’auteur américano-coréen Min Jin Lee et l’actrice Sandra Oh.

La représentation d’Asiatiques dans les films hollywoodiens «reste encore largement sporadique» malgré le succès en 2018 de la comédie romantique Crazy Rich Asian à la distribution uniquement asiatique, rappelle Michael Hurt, sociologue à l’Université de Séoul.

Il salue «une avancée étonnante» pour une population largement invisible sur les écrans américains.

Pour Kieran Meyn, Américain d’origine coréenne qui a grandi dans le Connecticut avec «beaucoup de pression» pour s’assimiler, cette cérémonie des Oscars restera inoubliable.

«Parasite a gagné ces récompenses tout en racontant une histoire coréenne, avec une distribution coréenne et en langue coréenne. Cela prouve qu’[un tel succès], ça peut arriver, ici en Amérique» pour un film asiatique, se réjouit-il.

Cinéma

Vues dans la tête de…: Myriam Verreault sous le charme du public

RIVIÈRE-DU-LOUP — Tête d’affiche de Vues dans la tête de…, Myriam Verreault est repartie du 8e festival du film de Rivière-du-Loup, dimanche, la tête remplie de magnifiques souvenirs. La réalisatrice de Québec a reçu une grosse dose d’amour d’un public tout aussi fou de son œuvre que curieux de découvrir ses choix de films et ses invités.

«J’ai plongé, j’ai embarqué et j’ai été charmée par l’intelligence des gens, souligne-t-elle. Parce qu’il y a une école de cinéma ici, les gens avaient un intérêt d’autant plus fort, ce qui fait que les questions étaient hyperpertinentes et qu’elles m’enrichissaient. Les gens ont été mon cœur de cœur!»

La plus grande fierté de la marraine de l’événement a été les succès de foules qu’ont connu les films qu’elle avait choisis pour la programmation. «Il y a toujours une petite pression quand tu fais une programmation, confie Myriam Verreault. Avec les rires, les réactions et les gens qui ont posé des questions, j’ai l’impression que les gens ont adoré les films. Les salles étaient pleines.» Les gens ont fait la file devant le Cinéma Princesse pour voir son plus récent long-métrage, Kuessipan, qui a fait salle comble. «On a dû refuser des gens», indique la coordonnatrice du festival, Priscilla Winling, pour qui il était encore trop tôt de connaître l’achalandage total de toutes les activités.

Les comédiens de Kuessipan Sharon Fontaine Ishpatao et Étienne Galloy ont échangé avec le public après la projection du film, tout comme le directeur de la photographie, Nicolas Canniccioni. La réalisatrice a souligné la présence, dans la salle, de Natasha Kanapé Fontaine, venue voir Kuessipan pour la première fois.

L’artiste innue a d’ailleurs remplacé un invité à pied levé qui devait venir prendre la parole après la projection, dimanche, de son documentaire Innu Nikamu: chanter la résistance. Mais, Kevin Bacon Hervieux n’a pu se rendre à Rivière-du-Loup en raison de la tempête qui balayait la région vendredi.

À la clôture du festival, c’est le film Acadiana de Guillaume Fournier, Samuel Matteau et Yannick Nolin qui a été couronné du Prix du jury et du Prix du public Caisse Desjardins.

Cinéma

L'audience des Oscars à son plus bas niveau historique

LOS ANGELES — La retransmission de la 92e cérémonie des Oscars a réalisé dimanche soir la plus mauvaise audience de son histoire, en chute libre par rapport à l’an dernier avec seulement 23,6 millions de téléspectateurs revendiqués aux États-Unis par la chaîne ABC.

En 2019, la soirée des Oscars, les plus prestigieux prix cinématographiques à Hollywood, avait attiré 29,6 millions de téléspectateurs, après un plus bas historique de 26,5 millions l’année précédente.

L’édition 2020 restera certes dans les mémoires pour avoir sacré meilleur film Parasite, premier long-métrage dans une langue autre que l’anglais à remporter cette récompense phare. Mais les critiques s’accordent à dire que la cérémonie, longue de plus de trois heures et demie, a été poussive et ne restera pas dans les mémoires.

Pour la deuxième année consécutive, la soirée avait décidé de se passer d’un maître de cérémonie unique, espérant rééditer le succès de 2019, mais les performances des vedettes qui se sont relayées sur scène pour débiter des plaisanteries et ouvrir les enveloppes ont été globalement décevantes.

Le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho a «évité à la cérémonie de compter parmi les pires de l’histoire» des Oscars, écrit ainsi le site spécialisé IndieWire. «Beaucoup de ce qui a été proposé durant les Oscars 2020 n’a tout simplement pas fonctionné.»

Quant aux numéros musicaux, entre Randy Newman et Elton John, «ils ressemblaient à toutes les soirées d’Oscars que vous avez pu voir au cours des deux ou trois dernières décennies», déplore le Washington Post.

L’audience des Oscars, qui dépassait encore 43 millions en 2014, n’a cessé de chuter ces dernières années aux États-Unis, à l’instar des autres soirées de remise des prix (Golden Globes, Grammy Awards, etc).

Les Oscars ont encore été vivement critiqués cette année, beaucoup leur reprochant leur manque de diversité ethnique et culturelle dans les nominations, ainsi que l’absence des femmes dans la catégorie des réalisateurs. Certains avaient même appelé sur les réseaux sociaux à boycotter la cérémonie.

Sur les 39 statuettes dorées du millésime 2020, un tiers ont malgré tout été distribuées à des femmes.

La 92e cérémonie des Oscars en images

Cinéma

92e Oscars: «Parasite» cause une énorme surprise

«Parasite» a causé une énorme surprise aux 92e Oscars en remportant quatre trophées: meilleurs film, réalisateur, scénario et film international! L’excellent long métrage de Bong Joon-ho, Palme d’or à Cannes, entre ainsi dans l’histoire comme étant la première œuvre à obtenir les récompenses du meilleur film ET du film international. À la grande joie du principal concerné, ébahi.

Alors que tout le monde avait placé ses paris sur Sam Mendes pour le trophée du meilleur réalisateur, c’est Bong Joon-ho qui s’est imposé.

«Quand j’étais jeune et que j’étudiais le cinéma, il y avait une maxime gravée dans mon cœur: “le plus personnel est le plus créatif.” C’était de Martin Scorsese», a déclaré, déférent, le Sud-Coréen. Le réalisateur était aussi en nomination pour The Irishman.

Les concepteurs de la soirée avaient entendu les plaintes venues d’un peu partout. Ils ont placé la soirée sous le signe de la diversité, accordant une belle place aux minorités.

Comme prévu, Renée Zellweger a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour Judy et Joaquin Phoenix, celui de l’acteur, une première, pour son inoubliable incarnation dans Joker (film qui a aussi obtenu la récompense de la trame sonore). Fait étonnant, Heath Ledger avait aussi gagné la statuette en 2009 comme acteur de soutien pour le même personnage.

Très ému, Phoenix a profité de l’occasion pour faire acte de contrition et, surtout, rappeler que l’humanité excelle quand elle unit ses forces pour combattre les injustices. «Nous avons perdu contact avec la nature», a-t-il souligné.

Brad Pitt a enfin obtenu un Oscar comme acteur, à sa quatrième nomination. Inoubliable dans son rôle de cascadeur dans Il était une fois… à Hollywood de Tarantino, il a rendu un hommage senti au réalisateur et à toute l’équipe avant d’évoquer la longue route qui l’a conduit jusqu’au sommet. Pitt, très ému, a dédié son prix à ses enfants. Et a aussi envoyé un jab au Sénat américain.

Du côté féminin, l’Oscar de la meilleure actrice dans un rôle de soutien est allé à Laura Dern pour Marriage Story, mais, honnêtement, elles le méritaient toutes. «Certains disent que vous ne rencontrez jamais vos héros, mais je dis que si vous êtes vraiment bénis, vous les avez comme parents», a déclaré la fille de Diane Ladd et Bruce Dern en leur dédiant son prix. Vingt-quatre heures avant son anniversaire, elle a obtenu son «meilleur cadeau à vie».

Grosse surprise alors que plusieurs prévoyaient une victoire de Quentin Tarantino, Bong Joon-ho et Jin Won Han ont enlevé le très mérité Oscar du meilleur scénario original. Il fallait voir le réalisateur de Parasite contempler sa statuette avec un immense sourire sur le visage. Son corrosif et original long métrage a manifestement séduit les membres de l’Académie. «Un grand honneur. Yeah.»

Après le Sud-Coréen, qui a salué ses compatriotes dans sa langue, un Néo-Zélandais a obtenu la récompense de l’Oscar du scénario adapté : Taika Waititi pour Jojo Rabbit. «Je dédie ce prix à tous les jeunes autochtones qui veulent créer, danser et écrire des histoires.»

Greta Gerwig, qui n’a pas prévalu dans cette catégorie, aura au moins eu la mince consolation de voir ses Filles du docteur March gagner le trophée des meilleurs costumes.

Parasite a évidemment triomphé dans la «nouvelle» catégorie du film international (plutôt qu’en langue étrangère). Après cette deuxième récompense, Bong Joon-ho s’est dit, en riant, «maintenant prêt à boire». Il s’agissait du premier film sud-coréen à s’illustrer aux Oscars.

Au rayon des surprises, les spectateurs ont aussi eu droit à une solide interprétation (en partie censurée) par Eminem de Loose Yourself, tirée de 8 Mile dans lequel il jouait son propre rôle. Le rappeur de Detroit a obtenu l’Oscar de la chanson originale en 2003. On peut se demander le rapport, mais, bon...

Sur les chapeaux de roue

La soirée avait débuté sur les chapeaux de roues, malgré de petits cafouillis, avec un numéro haut en couleur de la chanteuse Janelle Monae — un coup de chapeau appuyé à la diversité (une femme noire queer, comme elle l’a souligné). 

Steve Martin et Chris Rock se sont ensuite chargés de pointer les vedettes présentes, tout en soulignant avec leur humour caustique les principales lacunes de ce manque de diversité dans les nominations. Ayant tous deux animé la soirée par le passé, Steve Martin a conclu leur numéro d'ouverture en soulignant qu'ils avaient eu beaucoup de plaisir à ne pas animer cette 92e édition. Honnêtement, on en aurait pris plus.

Soulignons tout de même les efforts. Zack Gottsagen, acteur atteint du syndrome de Down, vu dans l’étonnant Peanut Butter Falcon, a présenté l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction! Malheureusement, la Québécoise d’adoption Meryam Joobeur est repartie les mains vides dans cette catégorie. L’Académie a préféré The Neighbor’s Window à Brotherhood.

Il aura fallu près de 25 ans et 14 nominations au légendaire Roger Deakins pour obtenir l’Oscar de la direction photo avec Blade Runner 2049. Deux ans plus tard, il en a obtenu un deuxième pour 1917.

Taron Egerton aurait dû être dans la course du meilleur acteur, mais Rocketman fut récompensé pour la meilleure chanson, celle d’Elton John et Bernie Taupin.

Le grand perdant de cette soirée aura été The Irishman. Le (très) long métrage de Martin Scorsese n’a remporté aucun Oscar malgré ses dix nominations.

Cinéma

Le box-office nord-américain, proie facile de «Birds of Prey»

LOS ANGELES — «Birds of Prey», film inspiré de l’univers DC Comics avec Margot Robbie en tête d’affiche, a pris pour sa sortie la tête du box-office nord-américain, selon les chiffres provisoires publiés dimanche par la société spécialisée Exhibitor Relations.

Titré, dans sa version longue, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, ce spin-off de Suicide Squad (2016) a récolté 33,3 millions de dollars de vendredi à dimanche dans les salles obscures des États-Unis et du Canada.

Un démarrage toutefois relativement décevant pour un film de superhéros.

Haut en couleurs, il s’intéresse à Harley Quinn, qui veut profiter de sa nouvelle liberté après avoir quitté son petit ami le Joker, aux prises avec le méchant Black Mask/Roman Sionis, interprété par Ewan McGregor.

Le film de la jeune réalisatrice sino-américaine Cathy Yan détrône les Bad Boys Will Smith et Martin Lawrence.

Bad Boys pour la vie, troisième opus de la célèbre saga policière teintée d’humour, a engrangé 12 millions de dollars en trois jours.

Les deux films auraient sans doute pu espérer mieux si la cérémonie des Oscars, dont il est le grand favori dimanche, n’avait pas donné un second souffle à 1917.

Le spectaculaire film de guerre du Britannique Sam Mendes, construit comme un unique plan-séquence, a encore grossi ses recettes de 9 millions de dollars pendant qu’on lui déroulait le tapis rouge à Hollywood.

Au pied du podium figure, avec ses 6,7 millions de dollars du weekend, Dolittle, l’histoire de ce vétérinaire capable de communiquer avec les animaux, incarné dans cette version par Robert Downey Jr.

Cinquième, Jumanji: prochain niveau se rapproche, grâce à 5,5 millions de dollars supplémentaires, de la barre des 300 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord, depuis qu’il y est sorti il y a plus de deux mois.

Voici le reste du Top 10:

6- The Gentlemen (4,2 millions de dollars en trois jours; 26,9 millions au total depuis sa sortie il y a trois semaines);

7- Gretel And Hansel (3,5 millions; 11,5 millions en deux semaines);

8- À couteaux tirés (2,4 millions; 158,9 millions en onze semaines);

9- Les Filles du Docteur March (2,3 millions; 102,7 millions en sept semaines);

10- Star Wars: L’Ascension de Skywalker (2,2 millions; 510,5 millions en huit semaines).

Cinéma

Histoire, records et chiffres-clés: tout savoir sur les Oscars

HOLLYWOOD — Combien pèse la statuette remise aux lauréats? Quel acteur a reçu le plus de nominations aux Oscars? Qui détient le record de récompenses? Combien coûte le fameux tapis rouge?

Pour les passionnés de cinéma ou ceux qui veulent juste briller en société, voici quelques faits et chiffres sur les Oscars avant leur 92e cérémonie dimanche à Los Angeles.

Tonton Oscar? 

La légende d’Hollywood veut que le trophée remis par l’Académie des arts et des sciences du cinéma tienne son surnom de sa bibliothécaire Margaret Herrick (qui finit directrice de cette vénérable institution). Après avoir vu la statuette pour la première fois, elle lui aurait étrangement rappelé son oncle Oscar par son air «austère».

Autre légende du cinéma, Bette Davis aurait elle aussi revendiqué la maternité du surnom, affirmant que le trophée, vu de dos, lui rappelait son premier mari, le musicien Harmon Oscar Nelson Jr, sortant de la douche...

Quelle qu’en soit l’origine, c’est en 1939 que l’Académie a officiellement baptisé son prix «Oscar».

Poids lourd 

La statuette des Oscars est faite de bronze massif plaqué d’or 24 carats. Elle mesure 34 centimètres de haut et pèse environ 3,8 kg.

Au total, plus de 3140 trophées dorés ont été remis aux gagnants depuis 1929.

La statuette représente un chevalier stylisé tenant une épée, debout sur une bobine de film dont les cinq branches font référence aux cinq corps de métiers que regroupait l’Académie à ses débuts: acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens et scénaristes.

Son coût est estimé à environ 400 dollars par le site financier WalletHub.

Records 

C’est Meryl Streep qui détient le record du plus grand nombre de nominations chez les comédiens, avec 21 sélections au total. Chez les hommes, c’est Jack Nicholson, avec 12 nominations. Ils ont chacun reçu deux Oscars pour un rôle principal et un autre pour un second rôle.

Le champion toutes catégories des Oscars reste Walt Disney, avec 22 récompenses reçues, sans compter quatre «Oscars d’honneur».

Chez les acteurs, la détentrice du record est Katharine Hepburn, avec quatre Oscars. Mais Daniel Day-Lewis reste à ce jour le seul de la profession à avoir reçu trois statuettes pour un rôle principal.

Débutants

Le plus jeune lauréat des Oscars avait six ans en 1935 et s’appelait Shirley Temple. La petite actrice avait cependant dû se contenter d’un Oscar d’honneur, miniature, destiné aux enfants.

En 1974, Tatum O’Neal était âgée de seulement dix ans lorsqu’elle a reçu un Oscar «pour de vrai», pour son second rôle dans La Barbe à papa, de Peter Bogdanovich.

À l’opposé, Christopher Plummer aura dû attendre l’âge vénérable de 82 ans pour décrocher son premier Oscar. C’était en 2012, pour son second rôle aux côtés d’Ewan McGregor et de la Française Mélanie Laurent dans un film intitulé Beginners.

Des chiffres et des sous 

Le coût global de la cérémonie des Oscars est évalué à 44 millions de dollars par le site financier WalletHub, dont 24 700 dollars pour le seul tapis rouge. D’une surface totale de plus de 1500 m2, ce tapis nécessite 900 heures de travail et une équipe de 18 personnes pour son installation. Il sera pour une partie recyclé, pour une autre donnée à une association humanitaire.

Dans la grande salle de bal du Dolby Theatre d’Hollywood, plus de 6 km de câbles électriques et 2 km de shantung (soie sauvage) vont être déroulés pour les besoins de la soirée de gala, qui nécessitera également 32 000 agrafes, 12 000 fleurs et plus de 55 litres de peinture.

L’industrie du cinéma dépense plus de cent millions de dollars chaque année pour faire la promotion des films en lice aux Oscars. Le retour sur investissement? Une augmentation des recettes moyennes de 15 millions de dollars pour l’Oscar du meilleur film, la récompense phare, et un cachet gonflé en moyenne de 20% pour le prochain film du meilleur acteur et de la meilleure actrice.

Le grand gagnant reste tout de même la ville de Los Angeles, avec quelque 130 millions de dollars de retombées économiques.

Cinéma

Oscars: des représentants canadiens à surveiller

MONTRÉAL — La soirée des Oscars aura lieu ce dimanche et mettra à l'honneur de nombreux artistes du milieu du cinéma.

Parmi eux, quelques cinéastes et artisans canadiens ou ayant des liens avec le Canada pourraient avoir la chance de repartir avec une statuette dorée. En voici quelques-uns:

MERYAM JOOBEUR (Brotherhood)

Elle est tunisienne et américaine, mais aussi québécoise, puisqu'elle vit à Montréal depuis maintenant 11 ans. Meryam Joobeur est en lice dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction pour son film Brotherhood, portant sur un berger tunisien qui fait face à un dilemme lorsque son fils aîné revient de la Syrie en compagnie de sa mystérieuse femme.

Le film est une coproduction de la Tunisie, du Canada, du Qatar et de la Suède.

Il s'agit d'une première nomination aux Oscars pour la Tunisie, mais la cinéaste estime que le Québec pourra s'approprier une partie de la fierté si elle l'emporte dimanche.

«Le film, c'est une coproduction entre le Québec et la Tunisie. L'équipe, c'est un mélange. Moi, ça fait 11 ans que j'habite ici, donc le Québec, c'est mon chez-moi. C'est une fierté pour les deux pays», avait-elle raconté en entrevue à La Presse canadienne le jour de l'annonce de sa nomination.

DEAN DEBLOIS (Dragons: le monde caché)

L'animateur Dean DeBlois, originaire du secteur Aylmer à Gatineau, est en lice dans la catégorie du meilleur film d'animation pour le dernier volet de la trilogie How to Train Your Dragon (Dragons: le monde caché).

Dean DeBlois a écrit et réalisé le film, dont le personnage principal a la voix du Montréalais Jay Baruchel dans la version originale anglaise.

PAUL MASSEY (Ford contre Ferrari)

L'ingénieur de son Paul Massey est nommé dans la catégorie du meilleur mixage sonore pour son travail sur Ford contre Ferrari.

Il s'agit d'une neuvième nomination aux Oscars pour l'homme né en Angleterre, qui a travaillé à Toronto pendant 13 ans en début de carrière avant de s'installer à Los Angeles.

DAVID GIAMMARCO (Ford contre Ferrari)

Un ingénieur de son de Welland, en Ontario, partage la nomination avec Paul Massey.

David Giammarco est donc lui aussi en lice pour le son de Ford contre Ferrari, qui met en vedette Matt Damon dans la peau du concepteur de voiture Carroll Shelby, et Christian Bale dans le rôle du pilote Ken Miles.

Il s'agit d'une troisième nomination pour l'Ontarien.

SAMI KHAN (St. Louis Superman)

Le cinéaste Sami Khan, originaire de Sarnia, en Ontario, a appris qu'il était en nomination alors qu'il se trouvait dans son salon, à Toronto, avec sa femme et leur fille de deux ans.

Il est finaliste dans la catégorie du meilleur court métrage documentaire à titre de coréalisateur de St. Louis Superman. Le film raconte l'histoire d'un militant et rappeur noir élu dans la très blanche Chambre des représentants du Missouri.

DENNIS GASSNER (1917)

Dennis Gassner, originaire de Vancouver, est cité pour les décors du film 1917.

Il partage la nomination - une septième pour lui - avec Lee Sandales.

Dennis Gassner avait remporté la statuette en 1992 pour Bugsy: le gangster sans scrupule.

Cinéma

Diversité à Hollywood: des progrès à l'écran mais pas derrière la caméra

LOS ANGELES — La représentation des femmes et des minorités ethniques ou culturelles à l'écran a progressé en 2019 à Hollywood, se rapprochant lentement de la composition de la population américaine, mais beaucoup de travail reste à faire pour toutes les professions oeuvrant derrière les caméras, selon un rapport publié jeudi.

Pour la septième année consécutive, l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a étudié à la loupe les 200 films ayant réalisé les plus grosses recettes au box-office.

«En 2019, les femmes et les minorités se rapprochent d'une représentation proportionnelle quand il s'agit des rôles principaux et de l'ensemble des acteurs», résume Darnell Hunt, doyen du département des sciences sociales de UCLA et co-auteur de l'étude, publiée trois jours avant la cérémonie des Oscars qui cette année encore est critiquée pour son manque de diversité.

L'étude fait apparaître que 44,1% des rôles principaux sont allés à des femmes l'an dernier alors qu'elles représentent environ la moitié de la population.

Quant aux personnes considérées comme «non blanches» aux États-Unis (noires, asiatiques, latino-américains, arabes, métisses en tous genres, etc.), elles ont obtenu 27,6% des rôles principaux. Selon l'étude de l'UCLA, elles constituent un peu plus de 40% de la population des États-Unis.

«Mais dans les coulisses, c'est une toute autre histoire», souligne Darnell Hunt. Cela pose une question: assistons-nous à un changement systématique ou est-ce Hollywood qui cherche à attirer des audiences issues de la diversité avec ces distributions mais sans fondamentalement modifier leur façon de travailler derrière la caméra?», poursuit le chercheur.

Chiffre des plus significatifs, 93% des postes à responsabilité dans les studios d'Hollywood sont tenus par des personnes blanches et à 80% par des hommes.

Même si les choses s'améliorent du côté des réalisateurs, seules 15,1% étaient des femmes en 2019, contre 7,1% l'année précédente.

Les chiffres se sont aussi légèrement améliorés du côté des auteurs, avec 17,4% de femmes et 13,9% de scénaristes issus de minorités ethniques ou culturelles en 2019.

«Décrocher des emplois de scénaristes, de réalisateurs ou d'acteurs est une étape critique pour les femmes et les gens de couleur car le succès dans cette industrie est largement dicté par ces crédits», estime M. Hunt.

Les minorités pèsent lourd en termes de pouvoir d'achat et donc de recettes pour les studios, relèvent les auteurs de l'étude: en 2019, elles ont acheté au moins 50% des billets d'entrée pour neuf des dix films ayant le plus rapporté.

Cinéma

La liste: cinq oeuvres pour le mois des Noirs

Devine qui vient dîner? (1967), Stanley Kramer

Dans les années 60, une jeune femme (Katharine Houghton, la nièce de la grande Katharine Hepburn, également au générique) présente à ses parents son fiancé noir (Sidney Poitier). Un film qui a contribué à faire tomber les préjugés dans une Amérique conservatrice. Un remake a été réalisé en 2005 (Guess Who) avec la proposition inverse : l’homme est blanc (Ashton Kutcher), la femme est noire (Zoe Saldana). Normand Provencher

Cinéma

Procès Weinstein: la défense expose les failles de la mémoire

NEW YORK — Les souvenirs peuvent-ils être trompeurs au point de transformer un rapport sexuel consenti en une agression ? C’est ce qu’a suggéré vendredi la défense d’Harvey Weinstein, en faisant témoigner une psychologue spécialiste des failles de la mémoire.

Depuis le début du procès le 22 janvier, les jurés ont entendu six femmes raconter les agressions sexuelles que leur a supposément fait subir le puissant producteur d’Hollywood, toutes vieilles d’au moins six ans, parfois même près de 30 ans.

Harvey Weinstein, 67 ans, nie les accusations portées contre lui et assure que ces relations étaient toutes consenties.

Vendredi, une psychologue renommée, Elizabeth Loftus, interrogée par une avocate de la défense, a exposé les multiples façons dont les souvenirs peuvent être déformés et la mémoire « contaminée » par de fausses informations ou suggestions.

Selon cette experte, professeure à l’Université de Californie d’Irvine et qui a déjà témoigné à quelque 300 procès, non seulement la précision des souvenirs se dégrade avec les années, mais la mémoire devient aussi « plus vulnérable à des informations postérieures à l’évènement », susceptibles d’en transformer la réalité.

Elle a pris l’exemple de témoins qu’« on presse de fournir plus de détails » sur un évènement qu’ils ont vécu.

Pour satisfaire cette demande, « ils peuvent avancer quelque chose qui n’est qu’une hypothèse, pour avoir ensuite l’impression que c’est un souvenir », a indiqué Mme Loftus.

Elle a souligné que des évènements qui, sur le moment, n’avaient « pas été traumatisants ou bouleversants » pouvaient le devenir dans nos souvenirs, pour peu que d’autres les aient « étiquetés » comme tels.

Elle a aussi expliqué que des expériences avaient montré que de faux souvenirs d’enfance pouvaient être « plantés » dans l’esprit de certaines personnes.

Parmi les informations susceptibles de « contaminer des souvenirs », elle a cité la couverture médiatique d’un évènement. Les accusations d’agressions sexuelles contre Harvey Weinstein font régulièrement la « Une » des médias américains depuis octobre 2017.

Le souvenir peut aussi être déformé dès le départ, si la personne était lors de l’évènement sous l’influence de l’alcool ou de certains médicaments, a-t-elle ajouté, citant notamment le valium.

Une des accusatrices de M. Weinstein, l’actrice Annabella Sciorra, avait dans son témoignage indiqué prendre du valium avant d’être supposément violée par M. Weinstein au début des années 90.

Lors du contre-interrogatoire de l’accusation, Mme Loftus a cependant fortement nuancé ses propos.

Elle a reconnu que la précision des souvenirs résistait mieux au temps quand l’évènement avait été particulièrement marquant ou traumatisant.

Elle a aussi reconnu qu’en plus de 40 ans d’expérience, son expertise, qui peut faire douter les jurés de la crédibilité des témoignages d’une victime, avait été quasiment exclusivement sollicitée par la défense.

La défense reprendra lundi.

Cinéma

Podz: Suivre le crime à la trace

Podz s’est attelé à un gros défi avec «Mafia inc.» : réaliser un film de gangsters épique qui raconte l’ascension d’un jeune Québécois rebelle au sein de la Cosa Nostra de Montréal.

Avant même le début du tournage, alors qu’il patrouillait dans les rues de Saint-Léonard pour effectuer du repérage, le réalisateur de L’affaire Dumont en avait des sueurs froides. Un état qui n’a jamais cessé de l’habiter, malgré sa grande expérience et sa maîtrise exceptionnelle du médium.

Cinéma

Sergio Castellitto: Au panthéon des acteurs du parrain

Podz a réalisé un coup de maître pour «Mafia inc.» Le cinéaste a réussi à convaincre Sergio Castellitto d’y interpréter Frank Paternò. L’acteur et réalisateur italien de renom a accepté avec enthousiasme un rôle de parrain qui lui permettait d’entrer «au panthéon des grands acteurs». «Un véritable cadeau.»

«Je trouvais ça intéressant de jouer dans un film de la mafia», une première. Un mafieux, «c’est un archétype, presque une icône». En plus, «c’était dans un contexte différent ici», même «j’y reconnaissais des choses très proches de ma culture», explique-t-il en entrevue téléphonique avec son accent charmant.

Cinéma

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn ***

CRITIQUE / Les attentes étaient élevées pour Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, huitième mouture de l’univers DC. Et c’est une véritable pétarade hyperdéjantée de couleurs, d’effets spéciaux, de cascades et de mouvements de caméra vertigineux qu’a concoctée Cathy Yan pour mettre en valeur Margot Robbie dans la peau de la «poupée dure à cuire». Ça botte des culs!

Écrivons-le tout de suite : sur le plan formel, Birds of Prey s’avère une véritable réussite, en totale adéquation avec le personnage excentrique d’Harley Quinn (un jeu de mots avec Arlequin, personnage type de la commedia dell’arte). Mais sur le fond, c’est plutôt superficiel…

Le scénario adapté de Christina Hodson (Bumblebee) reprend exactement après les événements du pitoyable Suicide Squad (2016). Une (trop) longue introduction consacre la rupture de Harley Quinn et du Joker, pavant la voie à son émancipation — thème qu’on a laissé tomber dans le titre français, avec raison.

Reste qu’en raison de cette séparation, Quinn (Margot Robbie) perd aussi sa protection. L’ex-­psychiatre a la moitié de Gotham à ses trousses, en particulier Roman «Black Mask» Sionis (Ewan McGregor). Après l’avoir kidnappée, le psychopathe narcissique accepte un marché : elle trouvera le diamant qu’il recherche en échange de sa liberté.

Le précieux caillou s’est retrouvé entre les mains de Cassandra Cain (Ella Jay Basco). L’ado pickpocket ignore qu’il s’agit de la clé pour entrer en possession d’une fortune. Harley Quinn va la prendre sous son aile, mais elle devra s’allier à une chanteuse, à une policière et à une orpheline vengeresse pour la défendre adéquatement.

Le tout s’avère évidemment prétexte à une multiplication de scènes de batailles à la vidéoclip filmées, souvent, en super-ralenti et avec une trame sonore féminine réinterprétée (Pat Benatar, Heart). Parlant musique, la version de It’s a Man’s Man’s Man’s World (James Brown) par l’actrice Jurnee Smollet-­Bell est à couper le souffle…

Cathy Yan (Dead Pigs) a puisé abondamment dans les trucs du film d’action, mais aussi du western, notamment dans les «duels». C’est toutefois dans sa volonté d’éviter le schéma narratif hollywoodien que réside le principal intérêt de sa mise en scène.

L’utilisation de Quinn comme narratrice (un clin d’œil au film noir), les allers-retours temporels et les regards à la caméra y concourent, tout en étant cohérents avec le caractère fantasque de notre anti-héroïne post-punk.

Aussi impressionnante que soit la réalisation, elle ne masque pas le manque de substance du propos, un succédané de girl power.

Le spectateur retiendra surtout la «fantabuleuse» performance de Margot Robbie. Avec un charisme fou, de l’intensité et un jeu décalé, sa Harley Quinn crève l’écran. Jurnee Smollet-Bell s’avère aussi très impressionnante dans la peau de Dinah Laurel Dance, la chanteuse devenue l’ange gardien de la rebelle et de sa protégée Cassandra Cain.

Un sapré bon divertissement, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable : de la poudre aux yeux!

Cinéma

Le film de la semaine: Les chatouilles

CRITIQUE / Il y a quelque chose d’inconcevable dans «Les chatouilles» : comment une victime de pédophilie peut-elle transformer cet abus intolérable en une formidable œuvre d’art ? Non seulement Andréa Bescond a réussi à transcender le trauma, mais le film qu’elle a réalisé avec son mari Éric Métayer se distingue autant par sa justesse de ton que sa fantaisie.

Un tour de force ? Certainement, malgré quelques maladresses vite oubliées.

Cinéma

Le milieu de l'horizon: Un été de canicule *** 1/2

CRITIQUE / Il suffit parfois de trois fois rien pour réaliser un très bon film. Prenez «Le milieu de l’horizon», chronique d’un été de canicule à la campagne vu par les yeux d’un ado 13 ans. L’arrivée d’une nouvelle «amie» dans la vie de sa mère va complètement bouleverser l’équilibre familial. Sur ce canevas, Delphine Lehericey peint un récit initiatique original et sensible qui saura toucher le spectateur droit au cœur.

L’adaptation du roman éponyme de Roland Buti se déroule en 1976. Une intense vague de chaleur a des conséquences dévastatrices sur les agriculteurs, dont Jean (Thibault Evrard), le père de Gus (Luc Bruchez), dont l’exploitation se trouve près d’un petit village suisse. Sa mère Nicole (Laetitia Casta) fait du mieux qu’elle peut pour soutenir la famille.

Cinéma

Le traître: La mafia (momentanément) décapitée ***

CRITIQUE / Le Festival de Cannes 2019 a eu un bon flash en présentant «Le traître» («Il Traditore») le 23 mai, exactement 27 ans après l’assassinat du juge Falcone, en Italie, qui enquêtait sur la mafia. Il s’agissait toutefois d’une case ingrate pour le drame captivant de Marco Bellocchio, dans les dernières heures de la compétition.

Pour son 26e long métrage, le vétéran réalisateur italien retrace les grands moments d’une célèbre affaire : le témoignage de Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), membre notoire de la Cosa Nostra, contre ses collègues de la mafia dans les années 1980.

Cinéma

La soirée des Oscars arrive et 1917 mène la charge

HOLLYWOOD — Le tapis rouge est déployé, les statuettes dorées reluisent: la fameuse soirée des Oscars marquera dimanche l'apothéose de la saison des prix cinématographiques à Hollywood, où le film 1917 a cette année toutes les chances de collectionner les honneurs.

Le réalisateur britannique Sam Mendes est pourtant entré en campagne bien tardivement. Son film a été diffusé aux électeurs de l'Académie voici à peine deux mois, mais les experts donnent malgré tout 1917 favori dans plusieurs catégories prestigieuses.

Long-métrage intense mettant en scène l'équipée désespérée de deux jeunes soldats durant la Première Guerre mondiale, construit comme un plan-séquence long de deux heures, 1917 a déjà multiplié les victoires cette saison, tant aux Bafta britanniques qu'aux Golden Globes hollywoodiens.

«Ça rentre dans la rubrique traditionnelle pour Hollywood, c'est ce que les Oscars apprécient», déclare à l'AFP Tim Gray, spécialiste des prix cinématographiques pour le magazine Variety.

«C'est grand, c'est épique, mais ça n'utilise pas les vieilles recettes. C'est vraiment un film coup de poing, le cinéma dans ce qu'il a de meilleur», estime-t-il.

Il a beau être grand favori, 1917 n'est pas pour autant assuré de gagner l'Oscar du meilleur film, attribué via un étrange et complexe mode de scrutin «préférentiel» à plusieurs tours qui brouille les pronostics.

Si The Irishman de Martin Scorsese et Il était une fois... à Hollywood de Quentin Tarantino sont sur les rangs, le principal rival de Sam Mendes semble être le Sud-Coréen Bong Joon-ho et son film Parasite.

Déjà Palme d'or au festival de Cannes, cet hybride de comédie familiale déjantée et de thriller sombre est devenu l'un des chouchous de la critique américaine.

Il est donné largement favori pour la catégorie du meilleur film étranger, dans laquelle il affrontera notamment dimanche Les Misérables du Français Ladj Ly, mais pourrait s'imposer dans d'autres catégories majeures.

Phoenix et Zellweger 

Coup de chance pour leurs concurrents, ni 1917 ni Parasite n'alignent de vedettes internationales dans leur équipe, leur laissant ainsi le champ libre pour les prix décernés aux acteurs.

Pour les critiques, les jeux sont déjà faits: c'est Joaquin Phoenix qui doit gagner la statuette du meilleur acteur pour Joker, tandis que Renée Zellweger sera primée pour Judy.

Les deux comédiens ont été transfigurés par l'interprétation de leur personnage, anti-héros traumatisé et psychotique pour Phoenix; Judy Garland en enfant prodige d'Hollywood devenue grande pour Zellweger.

Côté seconds rôles, c'est Brad Pitt en cascadeur tranquille (Il était une fois...à Hollywood) et Laura Dern en avocate impitoyable et manipulatrice (Marriage Story) qui ont le vent en poupe.

«Je ne vois pas un scénario dans lequel l'un d'entre eux perd», résume pour l'AFP Pete Hammond, expert du site spécialisé Deadline.

«Les gens diront ''les Oscars réservent toujours des surprises", mais je crois que ces quatre-là vont gagner», abonde Tim Gray.

Les Oscars pour le scénario et les catégories techniques s'annoncent plus disputés, au sein d'une joyeuse mêlée mettant aux prises la satire de l'Allemagne hitlérienne Jojo Rabbit, la relecture féministe du film d'époque Les Filles du Docteur March et même les super-héros d'Avengers: Endgame.

Comme d'habitude? 

Il faudra attendre dimanche à 17H00 heure locale (lundi 01H00 GMT) pour connaître le choix des quelque 8 500 membres de l'Académie des arts et sciences du cinéma appelés à voter.

Organisée en plein coeur d'Hollywood, au Dolby Theater, et retransmise en direct par les télévisions du monde entier, la cérémonie se déroulera cette année encore sans animateur en titre, mais avec une kyrielle de vedettes se succédant au micro: les vétérans Tom Hanks, Jane Fonda et Diane Keaton, ou des jeunes diplômés comme Brie Larson, Olivia Colman et Rami Malek.

Elton John, favori pour l'Oscar de la meilleure chanson cette année, chantera sur scène, de même que la jeune sensation des Grammy Awards, Billie Eilish.

La fête n'échappera toutefois pas aux habituelles critiques sur le manque de diversité des Oscars: hormis la Britannique Cynthia Erivo (Harriet), tous les acteurs et actrices en lice cette année sont blancs et aucune femme n'a été retenue chez les réalisateurs.

«Je n'appellerais pas ça #OscarSoWhite (OscarsSiBlancs) mais plutôt #OscarsAsUsual (OscarsCommeD'habitude)», ironise Peter Hammond en référence au mot-dièse utilisé sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette sous-représentation des minorités. «Un film britannique surgit et gagne, encore quatre acteurs blancs... On pourrait croire que ce sont les Oscars d'il y a trente ans».