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Les fonds distincts des assureurs

Lorsqu’ils pensent à faire des placements pour leur retraite, de nombreux épargnants se tournent vers les institutions bancaires, les conseillers en placements du secteur privé, mais rare sont ceux dont le réflexe leur fait dire : «Je devrais appeler ma compagnie d’assurance».

Ces entreprises qui gèrent des milliards ont l’habitude des placements. Ce n’est pas sans raison que leur nom comprend aussi les termes groupe financier, services financiers, ou d’investissements en plus du mot assurance.

Elles offrent les mêmes véhicules que les institutions bancaires pour la retraite, que ce soit les certificats de placements ou les fonds mutuels qui seront convertis en REER, FERR, REEE et autres. Mais il y a des particularités que la banque au coin de la rue n’offre généralement pas dans leur portefeuille de services.

«L’assureur vient offrir sensiblement les mêmes produits de placement selon le profil de l’investisseur, mais dans une approche plus sécurisante,» explique Yves Lafrenière, vice-président régional SSQ cabinet de services financiers. «Nous garantirons le capital d’un type de placement à hauteur de 75 % jusqu’à 100 % avec une prime de gestion. Un gestionnaire privé lui aussi aura une prime de gestion, mais il ne pourra pas garantir le capital de l’investisseur.»

La sécurité

Il s’agit donc d’une assurance sur la fluctuation du placement pour ce que les assureurs nomment les fonds distincts. Les institutions financières ne peuvent pas toutes vendre un fonds distinct, mais ce sont les compagnies d’assurance qui émettent ce type de fonds.

Pour un investisseur dans la trentaine qui place ses fonds pour une longue période, la fluctuation aura probablement moins d’importance et de conséquences. Pour la personne à quelques années de la retraite, perdre 10 % de son capital investi peut être lourd de conséquences.

Plus on approche de la retraite, plus les gens veulent stabiliser leur placement et se mettre à l’abri de la volatilité des marchés. Il n’y a pas de frais pour la garantie du capital à 75 %, mais un petit frais de gestion pour une garantie à 100 % qui représentent moins de 1 %.

Avec un placement de 100 000 $ dans un certificat garanti, le rendement sera aux alentours de 1,25 %, soit 1050 $ environ. S’il s’agit d’un placement en fonction de l’indice boursier, le rendement des dernières années montre une croissance de 7 %, ce qui aurait donné un rendement de 7000 $.

Capital garanti

«Si la bourse chute de 10 %, le placement ne vaudrait plus que 90 000 $, illustre M. Lafrenière. Avec un fonds distinct selon l’indice boursier, nous pouvons garantir le capital à 75 % ou à 100 % avec une prime de gestion de moins de 1 %, (entre 500 $ et 1000 $) pour assurer son capital.» Alors s’il y a une baisse de l’indice boursier de 10 %, l’investisseur conserve son capital, moins les frais de gestion. Et si l’indice grimpe de 10 %, son rendement diminuera très peu à cause des frais de gestion.

Richard Guimont, conseiller en sécurité financière SSQ cabinet de services financiers, précise que le fonds distinct comporte la protection de désigner un bénéficiaire avec l’avantage d’assurer un transfert rapide des fonds au bénéficiaire en règlement de succession si le détenteur meurt et le fonds est insaisissable par d’éventuels créanciers.

Il rappelle que les fonds communs de placement vendus dans le réseau des institutions financières ne sont pas couverts par l’assurance­-dépôts de la Société d’assurance-dépôts du Canada, mais seulement les certificats de dépôt et les dépôts dans un compte bancaire jusqu’à concurrence de 100 000 $.

Pour les compagnies d’assurance, les dépôts sont assurés par une autre institution qui se nomme Assuris Canada et qui couvre les contrats d’assurance et les fonds distincts. L’argent des placements ne partira pas en fumée.

Les compagnies d’assurances offrent donc des services de conseils financiers et de planification financière que ce soit pour la retraite ou d’autres projets.

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La rente viagère, un outil méconnu

Alors que les Canadiens veulent mener un style de vie confortable à la retraite, la plupart d’entre eux (62 %) craignent d’épuiser leur épargne-retraite de leur vivant.

Même s’ils ont mis en place différents outils financiers, comme des REER et des CELI, près de la moitié d’entre eux ne sont toujours pas certains d’avoir les moyens de mener le style de vie souhaité. 

C’est ce qu’indique un récent sondage mené par Ipsos pour RBC Assurances.

Pour les Canadiens âgés de 55 à 75 ans, maintenir une certaine autonomie prime sur tout : huit personnes sur dix (80 %) veulent vivre à la maison le plus longtemps possible et 72 % estiment qu’il est important d’avoir une voiture. La majorité affirme également qu’il est important de pouvoir voyager au moins une fois l’an (68 %), de pouvoir magasiner pour s’offrir ce qu’ils veulent (62 %) et de manger au restaurant plusieurs fois par semaine (53 %).

Pourtant, une rente viagère pourrait leur garantir une source de revenu à la retraite, mais elle ne fait pas partie du portefeuille de la majorité d’entre eux, indique Mme Jean Salvadore, directrice générale, Assurance de patrimoine, RBC Assurances.

mal comprise

Seulement un Canadien sur dix (12 %) dit avoir souscrit ou avoir l’intention de souscrire une rente pour s’assurer de pouvoir mener le style de vie souhaité.

«Une rente procure un revenu prévisible la vie durant. Elle est particulièrement utile si vous voulez couvrir certaines dépenses fixes tout au long de la retraite, et utiliser le reste de votre épargne pour financer d’autres activités», ajoute Mme Salvadore. «La plupart des Canadiens ne savent pas que les rentes existent ou comprennent mal ce produit, ce qui explique pourquoi très peu d’entre eux les intègrent dans leur régime de retraite.»

Les Canadiens âgés de 55 à 75 ans n’obtiennent qu’un C lorsque leurs connaissances sur les rentes sont mises à l’épreuve. En moyenne, ils ne répondent correctement qu’à trois questions sur cinq. Seulement trois Canadiens sur dix (28 %) savent qu’une rente ne nécessite aucune gestion après avoir été souscrite.

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Des dates importantes

L'histoire des REER en quelques dates.

1957

Le gouvernement fédéral crée le REER, appelé à l’époque «rente de retraite enregistrée». La limite des contributions est alors de 10 % du revenu de l’année, pour un maximum de 2500 $. Si une personne ne cotise pas, elle perd ses droits pour cette année-là.

1968

Première année pour laquelle des données sur les cotisations au REER sont disponibles. À l’époque, on dénombre 172 000 cotisants d’un océan à l’autre.

1974

Introduction du REER de conjoint, destiné à permettre l’imposition des retraits de la part du conjoint qui gagne le moins.

1978

Lancement du fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) afin d’éviter aux particuliers de devoir liquider leur REER d’un seul coup ou d’en utiliser le produit pour constituer une rente.

1990

Augmentation de la limite des cotisations à 18 % des revenus de l’année précédente ; le maximum atteint ainsi 11 500 $. Changement dans la règle sur les droits de cotisations inutilisés, ce qui permet aux particuliers de reporter leurs droits de cotisation inutilisés dans un délai de sept ans.

1992

Création du régime d’accession à la propriété (RAP) afin d’aider les contribuables à accéder à la propriété en utilisant les fonds de leur REER.

1996

Indexation de la limite des cotisations ; introduction du facteur d’équivalence ; élimination de la limite de sept ans pour les droits de cotisation inutilisés.

1999

Instauration du régime d’encouragement à l’éducation permanente.

2005

Abolition de la limite qui empêchait les investisseurs d’investir plus de 30 % du contenu de leur REER à l’étranger.

2007

L’âge auquel les épargnants doivent convertir leur REER en FERR ou en rente passe de 69 à 71 ans.

2009

Le plafond du RAP passe de 20 000 à 25 000 $ par personne. Un couple peut donc prélever 50 000 $ dans son REER pour financer l’achat de sa première maison.

2014

Le Québec implante les régimes volontaires d’épargne-retraite (RVER) obligatoires pour les entreprises qui n’offrent pas de régime de retraite. Au 31 décembre 2017, toutes les entreprises devaient avoir soit un régime de retraite collectif ou une autre forme d’épargne.

Près de six millions de Canadiens cotisent au REER pour un montant total de 38,6 G $.

2019

La Régie des Rentes augmentera la cotisation pour assurer la pérennité du régime.

Sources : Statistique Canada, Placements Mackenzie, Groupe Investors. Régie des rentes du Québec, Archives Assemblée Nationale.

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Cotiser à un REER après 65 ans

Même à 65 ans, il est possible de prendre des REER et cela tant et aussi longtemps que les contribuables ont des droits de cotisation.

«On peut prendre des REER jusqu’à 71 ans», explique Angela Iermieri planificatrice financière au Mouvement Desjardins. Il est possible pour la personne ayant plus de 71 ans de cotiser dans le REER du conjoint plus jeune. «Tout dépend des besoins de chacun, continue-t-elle. Dans certains cas plus rares, des retraités vont retarder la demande des rentes gouvernementales parce qu’ils n’en ont pas besoin pour le moment. Cependant, il faut penser à une bonne stratégie fiscale.» 

Le conseiller est encore nécessaire à l’âge de la retraite. Il faudra établir le budget de retraite, les stratégies de décaissement en tenant compte de l’impôt sur le revenu. Il faut planifier tout cela, comme le moment des versements des rentes gouvernementales : à 60 ans, 65 ans, ou attendre à 70 ans ? Il y a le décaissement du FERR, le fractionnement de revenu. 

«C’est dans le concret et il est rare que l’on puisse analyser cela tout seul. La retraite est plus complexe que l’on peut le croire», ajoute Mme Iermieri. «Les rentes peuvent provenir d’un fonds de pension d’employeurs des années passées et de l’employeur actuel. Il y a les fonds personnels. Ce pourra être aussi la vente d’actifs, comme celle de la maison dont l’argent se transforme en capital retraite. Il y a plusieurs scénarios possibles à envisager dans une planification serrée.»

Dans certains cas, un retrait trop important signifiera la perte de crédit d’impôt comme le supplément de revenu garanti, ou la perte d’autres bénéfices en changeant de niveau dans les tables d’imposition. La première année de la retraite en sera une de transition, car malgré les prévisions, la réalité peut être tout autre. Il faudra des ajustements pour que le budget corresponde à la réalité et aux besoins.

Prolongement du REER

Quant au FERR (fonds enregistré de revenu de retraite), il s’agit du prolongement du REER, mais avec des différences. On peut retirer des REER en tout temps à tout âge. Il possible de convertir les REER en FERR en tout temps, mais cela devient obligatoire de faire la conversion au 31 décembre de l’année de ses 71 ans sans changer ses stratégies de placement. Il faut prévoir un retrait minimal selon des pourcentages préétablis, progressifs et variables selon l’âge de la personne.

Selon les profils, il est possible à la retraite de continuer d’investir dans des placements à plus haut rendement et à risque. «Tout dépend des cas, continue Mme Iermieri. Si le REER ou le FERR sert à subvenir aux besoins de base, il faut y aller de manière plus sécuritaire, mais si ces revenus servent à des projets en extra, on pourrait prendre un peu plus de risque. C’est le genre de discussion à tenir avec son conseiller ou son planificateur.»

Pour sécuriser un revenu de base, il y a toujours l’option de l’achat d’une rente viagère qui assure un montant mensuel pour le reste de ses jours.