Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.
Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.

Secteur agroalimentaire: Des nuits blanches en attendant que la crise passe

Quel printemps! Une crise sanitaire. Le Québec mis sur pause. Puis une reprise graduelle des activités après le confinement. Dans ce contexte, les quotidiens de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) sondent des acteurs de secteurs névralgiques de l’économie sur la situation actuelle et l’avenir. Comment se relever de cette pause? Y a-t-il des modèles pour faire face aux inévitables défis des changements? Il y a des initiatives qui ouvrent la porte à des remises en question à tous les niveaux des entreprises. Parlons donc ouvertement de la relance. Aujourd’hui : le secteur agroalimentaire. 3e de 4. Prochain rendez-vous le samedi 20 juin

«L’intérêt sans équivoque des Québécois pour acheter des produits québécois. Voilà la seule bonne nouvelle que je retire de la pandémie du coronavirus», tranche le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.

Ces hommes et ces femmes qui nourrissent le Québec ont perdu plusieurs bonnes nuits de sommeil au cours des derniers mois. Et les épisodes d’insomnie risquent de se prolonger pour plusieurs d’entre eux.

Qu’il suffise de penser aux maraîchers qui se demandent encore s’ils pourront compter sur suffisamment de travailleurs — étrangers ou québécois — pour récolter les fruits et les légumes dans leur champ.

Ne pouvant plus vendre leur lait, leur poulet, leur œuf ou leur veau aux restaurateurs, des producteurs vivent un cauchemar. «Dans le lait, c’est 30 % du marché qui a été perdu ou déplacé», indique Marcel Groleau qui représente 42 000 producteurs agricoles et forestiers. «Les ventes au détail n’ont pas permis de contrebalancer l’effondrement de ce marché. Il a fallu ajuster la production à la demande.»

Saison perdue

La fermeture des abattoirs a frappé de plein fouet les producteurs de porc qui se sont retrouvés avec des milliers de porcs en attente rendus trop gros. La situation est difficile également pour les entreprises qui produisent et vendent des poissons destinés aux ensemencements en raison du retard de l’ouverture des pourvoiries.

Les propriétaires de cabane à sucre y ont goûté aussi. «Leur saison a été complètement perdue», déplore Marcel Groleau. Heureusement, la production de sirop d’érable a connu une saison record et la demande demeure très forte sur les marchés pour l’or blond.

Les producteurs agricoles québécois ont perdu beaucoup d’argent en raison de la pandémie. L’implantation de mesures de santé publique dans les lieux de travail a coûté cher. L’aide fédérale de 252 millions $ pour l’ensemble du Canada est insuffisante pour l’UPA. «Un ajout de 300 à 400 millions $ à certains programmes existants permettrait de régler 75 % de nos enjeux actuels.»

Aux yeux de Marcel Groleau, les derniers mois ont démontré clairement une volonté des Québécois de s’approvisionner auprès des producteurs d’ici.

«La vente à la ferme connaît un succès retentissant. Des petits producteurs nous disent qu’ils sont constamment en rupture de stock. Le commerce en ligne, la livraison de produits frais à domicile, la création de petits réseaux de distribution ont fait exploser la popularité des marchés locaux. Il faut continuer de frapper sur ce clou et poursuivre la réflexion sur l’importance au Québec de viser notre autonomie alimentaire.»

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Au Québec, le secteur agricole représente

30 milliards$ en ventes annuelles

7 % du produit intérieur brut

70 000 entreprises

500 000 emplois

Source : Agro Québec