Karim Abouzeid a réalisé son rêve de devenir entrepreneur en achetant l’entreprise Magnor. ­

Magnor: le repreneur chercheur

Karim Abouzeid a laissé son emploi de comptable en juillet 2013 avec la ferme intention de reprendre une entreprise à plus ou moins brève échéance. Il avait en tête l’achat d’une entreprise manufacturière de petite ou de moyenne taille, située à trois heures de route tout au plus de Montréal. Les recherches ont duré deux ans.

Dans le cabinet où il travaillait comme vérificateur, il y avait une division fusion et acquisition qui le fascinait. Il voulait en connaître davantage pour mieux se préparer.

Il part travailler chez Benilec, pour comprendre le fonctionnement d’une compagnie manufacturière. Il agira à titre de chef des finances où il verra les rouages de l’organisation. Même si les dirigeants avaient l’intention de vendre éventuellement, Karim Abouzeid savait que la bouchée serait trop grosse pour une première acquisition.

«J’ai cherché dans le milieu manufacturier. J’ai visité 81 entreprises, rencontré bon nombre d’intermédiaires, des financiers et des banquiers, des démarcheurs, mais rien ne semblait fonctionner», se souvient–il. Certains démarcheurs et banquiers le trouvaient même trop jeune pour se lancer dans cette aventure, lui qui était au début de la trentaine.

«Il fallait que j’apprenne à me vendre comme repreneur», raconte-t-il. Pourtant, les statistiques se montraient en sa faveur, ose-t-il, soulignant une étude du Regroupement des Jeunes chambres de commerce du Québec : près de 75 % des entrepreneurs québécois prévoient vendre leurs entreprises d’ici cinq ans. Cependant, l’étude note aussi que 60 % de la relève croit qu’il y a une pénurie d’entreprises à vendre alors que 70 % des dirigeants croient qu’il y a une pénurie de repreneurs.

Pourtant, malgré les embûches, après les recherches dans les réseaux d’entrepreneurs, après tout le réseautage possible, l’occasion se présente dans une série de circonstances. Un ami est dans le groupe de gens d’affaires YPO, il connaît Denis Pichet, propriétaire de Magnus. Il cherche à vendre sa division Magnor spécialisée dans la fabrication d’équipement pour le traitement de l’eau.

Personne-clé
L’ancien propriétaire devient actionnaire minoritaire. Mais Karim Abouzeid peut compter sur une perle dans l’entreprise, une personne-clé, André Janelle, qui connaît tout du fonctionnement. Malgré qu’il soit proche de la retraite, il choisit de continuer pour assurer une transition en douceur qui durera deux ans. Le repreneur prend les rênes, sachant que l’ancien propriétaire est toujours là pour le conseiller, tout en demeurant une cliente de son ancienne division d’affaires qui loge toujours dans le même édifice.

La transition est effectuée. André Janelle est toujours en poste. «Ça valait la peine de trimer sans salaire pour dénicher Magnor et me lancer finalement dans la reprise de l’entreprise», avoue le jeune homme d’affaires, qui connaît de beaux succès et accumule les contrats.

Pour lui, reprendre une entreprise vaut la peine, même si sa première année s’est révélée complexe. C’est plus simple que de lancer une entreprise de zéro. À son avis, trop de cédants cherchent des repreneurs dans le milieu qu’ils connaissent alors qu’ils ne veulent pas céder à leurs concurrents.

Le truc pour que le repreneur fasse mouche, estime-t-il, consiste à déposer par écrit une offre chiffrée et financée équivalente à 80 %, voire 100 % de la valeur de la compagnie. Le cédant la prendra au sérieux.