Message d’espoir de la relève journalistique

Matthieu Dessureault
L’ouvrage collectif Prendre parole propose des réflexions et des solutions sur l’avenir des médias
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

On le sait: les médias sont en crise. Entre la chute des revenus publicitaires et la prolifération des fausses nouvelles, ils font face à un lot de défis et d’embuches. Journalistes d’expérience et autres sommités interviennent régulièrement dans l’espace public pour suggérer des solutions et donner leur opinion. Et si on s’attardait un peu à ce que pense la relève? C’est la proposition de Marie-Ève Martel et Gabrielle Brassard-Lecours, deux journalistes diplômées de l’Université Laval, qui ont dirigé l’ouvrage collectif Prendre parole. Lettres de la (plus si jeune) relève journalistique.

Cette plaquette de 120 pages, publiée chez Somme toute, réunit les réflexions de 7 journalistes sur leur profession. «Contrairement aux journalistes d’expérience, ces monuments du métier qui nous ont servi de modèles, nous n’avons pas connu l’avant-crise. Et si cette crise était plutôt un nouvel état? Les jeunes qui sortent des écoles n’ont jamais eu autant d’occasions de pratiquer le journalisme», soutient Marie-Ève Martel.

C’est ce message d’espoir que le duo espère livrer avec son ouvrage. «On ne voulait pas publier un énième livre qui dit que ça va mal dans les médias, ajoute Gabrielle Brassard-Lecours. Il nous importait de faire appel à des journalistes qui ont tracé leur voie, qui sont toujours sur le terrain et qui ont développé des spécialités intéressantes. Avec leurs témoignages, ils pourront donner envie à d’autres de suivre leurs traces.»

Chaque texte prend la forme d’une lettre écrite à un public précis – décideurs, collègues journalistes, consommateurs d’information, internautes – et propose des solutions. Il est question, entre autres sujets, du journalisme de données, de la couverture des enjeux régionaux, de la perte de confiance de la population envers les médias traditionnels, de la désinformation et de la transmission du savoir.

Dans sa lettre destinée au ministre de l’Éducation, à la ministre de la Culture et des Communications et aux députés de l’Assemblée nationale, Marie-Ève Martel insiste sur l’importance de l’éducation aux médias. Pour elle, le Québec accuse un retard par rapport à l’Europe, où des formations sont offertes pour aider les élèves à acquérir des compétences en matière de consommation de l’information. «Il faut que la population s’approprie l’information. Le fait qu’il y ait une grande méconnaissance de notre métier et de la valeur de l’information a un poids démocratique important. L’éducation aux médias devrait faire partie de la formation civique dans les écoles et au-delà du parcours scolaire. En étant informé, on prend de meilleures décisions et on a plus de chances de s’impliquer.»

Créer son propre journalisme

De son côté, Gabrielle Brassard-Lecours a voulu donner des conseils aux journalistes tentés de créer leur propre média, une expérience qu’elle a vécue en 2014 après avoir terminé sa maîtrise en journalisme international. Insatisfaite de la couverture médiatique de certains enjeux et interpellée par le peu d’espace consacré à l’actualité internationale, elle cofondait Ricochet, un média généraliste indépendant.

«Il est possible de lancer un média, même si ça vient avec certains défis, assure-t-elle. En créant Ricochet, nous voulions travailler en collaboration avec d’autres médias sur des projets, ce qui était rare à l’époque, et trouver des solutions de sortie de crise. Le fait d’être un organisme à but non lucratif nous a permis de ne pas dépendre d’actionnaires ou de publicitaires. Avec La Presse et la Coopérative nationale de l’information indépendante qui nous ont emboîté le pas, ce modèle de médias qui appartiennent aux artisans de l’information fait son chemin, ce qui est très réjouissant.»

Journaliste indépendante et enseignante à l’Université Concordia, Gabrielle Brassard-Lecours a effectué une maîtrise en journalisme international à l’Université Laval. Journaliste pour <em>La Voix de l’Est</em>, Marie-Ève Martel est, pour sa part, détentrice d’un baccalauréat en communication publique et d’un certificat en science politique.

Les autres textes de l’ouvrage sont signés Thomas Deshaies, journaliste à Radio-Canada, Émélie Rivard-Boudreau, correspondante régionale pour divers médias en Abitibi-Témiscamingue, Naël Shiab, journaliste de données à Radio-Canada, Bouchra Ouatik, journaliste scientifique à l’émission Découverte, et Michaël Nguyen, journaliste judiciaire au Journal de Montréal.