Ces années-ci, l’industrie du transport sur route cherche à optimiser la circulation des marchandises dans un contexte de forte croissance du commerce en ligne.
Ces années-ci, l’industrie du transport sur route cherche à optimiser la circulation des marchandises dans un contexte de forte croissance du commerce en ligne.

Le camion-remorque au 21e siècle

Yvon Larose
Le concept de train routier gagne en popularité et permet de relever les défis du transport de marchandises sur route
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Les entreprises de transport de marchandises par camion-remorque seraient-elles à l’aube d’une révolution? Selon Maude Gagné, ce pourrait bien être le cas avec la popularité grandissante du train routier, un concept apparu il y a quelques années et qui consiste, pour un camion, à tirer deux semi-remorques au lieu d’une seule.

«Depuis 2019, à la suite de modifications à la réglementation du transport hors normes, on voit de plus en plus de trains routiers sur les autoroutes du Québec», explique-t-elle.

Le quatrième épisode de la saison 2020-2021 du concours de vulgarisation Néo est consacré au mémoire de maîtrise de Maude Gagné. Néo est une activité de l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES). Cette recherche, maintenant terminée, portait sur la dimension économique du transport par train routier au Québec. Elle a été menée sous la direction du professeur Jacques Renaud, du Département d’opérations et systèmes de décision.

Le concours Néo met en valeur les projets de recherche et de création des étudiantes et des étudiants de façon dynamique et ludique, sous forme de capsules accessibles sur la chaîne vidéo de l’AELIES ainsi qu’en baladodiffusion.

Selon Maude Gagné, l’industrie du transport de marchandises sur route fait face à des défis grandissants. «Ces années-ci, dit-elle, cette industrie cherche à optimiser la circulation des marchandises dans un contexte de forte croissance du commerce en ligne. La venue d’Internet a modifié nos habitudes de consommation. Avant, le consommateur allait chercher le produit au magasin: aliments, vêtements, meubles, appareils électroniques. Aujourd’hui, tous ces produits peuvent être livrés rapidement au domicile du client. Cette nouvelle façon de faire implique toute une logistique, du camion-remorque sur l’autoroute jusqu’au petit véhicule pour la livraison à domicile. Elle met d’énormes pressions sur la chaîne d’approvisionnement puisque tout le monde veut avoir sa commande rapidement et au bon moment.»

Deux autres facteurs font partie de l’équation, soit la pénurie de main-d’œuvre et la production de gaz à effet de serre (GES). «En 2019, il y avait plus de 20 000 postes à pourvoir au Canada dans l’industrie du transport de marchandises sur route, poursuit-elle. Le taux de roulement est très élevé dans ce secteur. En matière d'environnement, le transport routier en général, incluant l’automobile et le train, représente une part importante des émissions de GES au pays, soit 21%.»

Dans ce contexte, le train routier offre des avantages certains. «Le train routier nécessite l’achat d’un diabolo pour relier la première remorque à la seconde, indique-t-elle. Cet investissement est moindre comparé à l’achat d’un camion-remorque d’une quinzaine de mètres de long. Un train routier permet aussi de réduire les besoins en main-d’œuvre, un seul chauffeur transportant deux fois plus de marchandises qu’avec un camion standard. Un autre avantage non négligeable du train routier est la réduction du carburant pour le transport d’un volume de marchandises qui, en temps normal, nécessiterait l’usage de deux camions-remorques simples. Moins de carburant veut dire des coûts d’exploitation moindres ainsi que moins de polluants dans l’environnement. Enfin, le train routier, de par sa simplicité, peut être considéré comme une avenue possible pouvant être appliquée à court terme.»

En conclusion de sa recherche, Maude Gagné formule quelques recommandations. D’abord, une entreprise de transport qui s’intéresse au train routier doit faire son analyse en se basant sur la charge complète des semi-remorques. Elle doit aussi tenir compte de ses principaux lieux d’exploitation et de ses flux de transport. «L’entreprise, soutient-elle, doit regarder si ses flux de transport sont sporadiques ou réguliers dans une région donnée et si ses régions de destination sont suffisamment éloignées pour justifier un train routier. Attacher ensemble deux semi-remorques prend un certain temps et il pourrait être moins avantageux de recourir au train routier sur une distance relativement courte. De plus, il faut vérifier si le ou les clients sont desservis par une autoroute à proximité. En effet, la loi interdit à un véhicule de transport hors normes de circuler à plus de 500 mètres d’une autoroute, la seule exception étant dans un parc industriel à l’intérieur de deux kilomètres.»

Visionner la capsule Néo de Maude Gagné