Des musées plus inclusifs

Matthieu Dessureault
Les musées et autres institutions culturelles ont désormais un document d'information pour favoriser un meilleur accès aux publics issus de groupes marginalisés
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Elle est révolue, l'époque où les musées étaient réservés aux élites intellectuelles et aux fins connaisseurs de la culture. Plus que jamais, ces établissements ouvrent leurs portes à un public diversifié, incluant les communautés marginalisées et minorisées.

C'est dans cet esprit que des chercheuses de l'Université Laval et de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) ont procédé au lancement du Guide pour une expérience inclusive: médiation culturelle, musées et publics diversifiés, lors du 44e symposium du Comité international pour la muséologie du Conseil international des musées. Ce document, résultat d'une collaboration avec l'Écomusée du fier monde et plusieurs partenaires, rassemble une série de recommandations pour favoriser l'accès muséal à tous.

«Les musées sont tributaires de politiques culturelles qui mettent de plus en plus l'accent sur la question de l'accessibilité des publics marginalisés, rappelle Francine Saillant, professeure émérite en anthropologie à l'Université Laval et cosignataire du guide. La médiation, qui permet la rencontre entre des contenus savants et des personnes issues de milieux moins favorisés, représente un énorme travail. Après une longue tradition élitiste, ces institutions sont rendues à l'étape de penser les choses autrement.»

La professeure, qui a fait de l'inclusion son cheval de bataille, constate que du chemin reste à faire pour attirer les groupes marginalisés dans les musées. «Les musées se préoccupent de plus en plus de l'accès aux publics ayant des difficultés de mobilité, mais l'accessibilité n'est pas qu'une question physique. Pour des personnes en situation de pauvreté ou ayant des problèmes de santé mentale, il peut être difficile de franchir les portes d'une institution dont les contenus les concernent peu au premier abord. Pour un immigrant qui ne parle pas le français ou l'anglais, sa première préoccupation ne sera pas d'aller dans un musée», exemplifie Francine Saillant.

Pour elle, la clé réside dans l'aspect participatif. «Quand on pense à l'inclusion, on pense à l'accompagnement et au fait de réfléchir ensemble sur les contenus. Une exposition sur le thème du corps, par exemple, peut être conçue avec des personnes en situation de handicap qui ont une certaine expertise en art. En travaillant avec les préoccupations de ce public, on s'assure de le rejoindre. Le fait d'inclure ces gens dès le départ, que ce soit dans la planification de l'exposition ou la médiation, ça compte énormément.»

Le guide découle d'une recherche multidisciplinaire menée sur une période de cinq ans. Avec ses collègues, Francine Saillant est allée à la rencontre de groupes communautaires qui luttent pour les droits de la personne. Ce projet a donné lieu à une publication collective et une exposition itinérante. Le tout a été réalisé en étroite collaboration avec les principaux concernés. «Ce fut une expérience extraordinaire qui a permis de créer des ponts entre le milieu muséal et des groupes pour qui l'accès est moins évident, résume la chercheuse. Le guide est basé sur cette expérience de recherche et ce projet d'exposition.»

Outre Francine Saillant, le document est signé Ève Lamoureux, professeure en histoire de l'art à l'UQAM, Noémie Maignien, doctorante en muséologie, médiation et patrimoine à l'UQAM et Fanny H-Levy, artiste visuelle. Patrick Fougeyrollas, professeur associé au Département d'anthropologie de l'Université Laval, Éric Giroux, directeur et responsable de la recherche et des collections de l'Écomusée du fier monde, et Lourdes Rodriguez Des Barrio, professeure en travail social à l'Université de Montréal, y ont également contribué.