Michael Woods souhaite que l’Union cycliste internationale (UCI) profite de cette pause forcée de la compétition en raison de la COVID-19 pour se remettre en question concernant les maillots personnalisés.
Michael Woods souhaite que l’Union cycliste internationale (UCI) profite de cette pause forcée de la compétition en raison de la COVID-19 pour se remettre en question concernant les maillots personnalisés.

Woods prône égalité et visibilité en cyclisme

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
Donner le feu vert aux maillots de course personnalisés avec un numéro permanent et le nom du cycliste dans le haut du dos. Implanter enfin la parité entre les femmes et les hommes au chapitre des bourses.

Michael Woods souhaite que l’Union cycliste internationale (UCI) profite de cette pause forcée de la compétition en raison de la COVID-19 pour se remettre en question. Il n’est pas le seul. Des adversaires au sein de formations rivales du WorldTour aimeraient aussi moderniser le cyclisme qui accuse du retard sur plusieurs sports professionnels majeurs.

«Une opportunité s’offre pour changer plusieurs façons de faire de notre beau sport», affirme l’athlète originaire de l’Outaouais durant un entretien téléphonique.

Ce dernier se trouve à Andorre où il poursuit sa réhabilitation. Le coureur de l’équipe EF Pro Cycling s’est cassé le fémur droit, le 12 mars, lors de sa dernière course avant le confinement.

Une violente chute survenue durant la cinquième étape de Paris-Nice l’a envoyé à l’hôpital.

Tout ce temps en congé forcé lui a permis de refaire ses forces. Mais aussi de songer à l’avenir.

Septième l’an dernier à une étape du Tour de France, Woods a participé à des échanges intéressants sur les médias sociaux, la semaine dernière. La question avait été lancée par un magazine en ligne. Que changeriez-vous en cyclisme?


« Pourquoi ne pas permettre de personnaliser nos maillots de course en ayant notre nom de famille imprimé dans le dos? Et que je porte le même numéro durant toute la saison? »
Michael Woods

«Moi, ça commence avec l’égalité des sexes. Ce n’est pas normal que les femmes ne reçoivent pas la même paie, les mêmes bourses et la même couverture télévisuelle que nous chez les hommes en cyclisme», affirme Woods.

«Ça me dépasse pour moi qui proviens du milieu de l’athlétisme où tu retrouves la parité, et même mieux. En marathon, des femmes comme Paula Radcliffe ont même pu gagner plus d’argent que leurs confrères masculins. Il est temps que l’UCI traite les femmes de la même façon que les hommes. C’est gênant en ce moment.»

Woods aimerait aussi qu’on facilite l’identification des cyclistes dans les gros pelotons tels que le Tour de France, la Vuelta et autres rendez-vous populaires.

«Ce n’est pas normal que ma propre famille ne puisse même pas me reconnaître parmi un groupe qui roule, note-t-il à ce sujet.

«La seule façon qu’ils finissent par me replacer, c’est quand ils aperçoivent mes souliers de course. À une certaine époque, tu pouvais reconnaître tes cyclistes favoris par leur chevelure. Personne ne portait de casque ou de lunettes, même jusque dans les années 1980. Un peu comme au hockey.»

Pas que Woods suggère de délaisser cet équipement. Au contraire. Le casque doit rester.

«Mais pourquoi ne pas permettre de personnaliser nos maillots de course en ayant notre nom de famille imprimé dans le dos? Et que je porte le même numéro durant toute la saison? Un peu comme on voit dans le sport professionnel nord-américain. Ça permettrait de créer un lien entre nous et les partisans. Puis ça faciliterait aussi le travail des descripteurs à la télé qui se trompent parfois de cyclistes.»

Les règles de l’UCI sont très strictes en ce qui concerne le code vestimentaire des coureurs. Même chose pour les équipes quand viennent le temps de concevoir leurs maillots pour la saison.

«Il y a des règles pour tout. Comme la longueur de tes chaussettes. C’en est ridicule. Il y a tellement de règles que je ne les connais pas toutes.»

À ses yeux, la vente de maillots personnalisés permettrait aux cyclistes comme lui de bâtir leur image de marque et toucher des revenus additionnels. «Ça serait un bon début, surtout quand tu penses que le salaire minimum en cycliste professionnel ici est de 50 000 euros. Notre plus haut salarié sur le WorldTour, Peter Sagan, touche environ six millions d’Euros.»

«Puis il y a un marché pour ça. Les amateurs veulent acheter des produits promotionnels. Tu le vois avec la LNH, la NBA, le baseball majeur et le football américain.»

Michael Woods a déjà en tête le numéro qu’il porterait.

«Le 16 comme j’avais durant ma jeunesse au hockey», a soutenu cet ancien ailier gauche du programme compétitif du Sting d’Ottawa.

«Et quand tu y penses, porter le même numéro, ça serait un bon geste environnemental. En ce moment, il faut changer de dossard et de numéro lors de chaque étape. C’est beaucoup de déchets quand tu as 180 cyclistes et une vingtaine d’étapes.»

Reste à convaincre la très conservatrice UCI, les comités organisateurs de grandes courses et les puristes du cyclisme.

«Malheureusement, notre syndicat des cyclistes est faible et ne possède pas la force de frappe en ce moment pour provoquer des changements», se désole Woods.