Dernière grande vedette de l'histoire des Expos, Vladimir Guerrero sera intronisé au Temple de la renommée du baseball, dimanche.

Vladimir Guerrero en 10 moments

MONTRÉAL — Vladimir Guerrero deviendra dimanche le premier joueur de position issu de la République dominicaine à être intronisé au Temple de la renommée du baseball, et seulement le troisième joueur provenant de l’île caribéenne, après Juan Marichal et Pedro Martinez. Voici, résumée en 10 grands moments, sa carrière de 16 saisons dans le baseball majeur.

1) Découvert par Fred Ferreira

C’est le super dépisteur Fred Ferreira qui découvre Vladimir Guerrero en 1993. Il devait évaluer une trentaine de joueurs de la République dominicaine ce jour-là, mais pas Guerrero, qui est arrivé à la dernière minute à cette séance d’évaluation, portant deux souliers non seulement dépareillés, mais pas de la même taille.

Après l’avoir vu effectuer des relais du champ extérieur et courir 60 verges en 6,6 secondes, Ferreira demande à Guerrero de rester pour un match opposant les 18 meilleurs joueurs évalués ce jour-là. Il demande aussi à son adjoint de le faire frapper premier à chacune des manches : obligé de prendre l’avion un peu plus tard, il désirait le voir frapper le plus souvent possible.

Comble de malchance, Guerrero s’étire un muscle de la cuisse après avoir frappé un roulant à l’arrêt-court. Qu’à cela ne tienne, Ferreira aimait trop ce qu’il avait vu. Sur la route de l’aéroport, il se rend au domicile de Guerrero, où il lui fait signer un contrat pour une poignée de dollars! La mémoire de Ferreira lui joue des tours : selon les rapports, c’est la somme de 1500 $US ou 2500 $ qui est alors versée à Guerrero. Il se reprendra au cours de sa carrière, lui qui touchera plus de 125 millions $ par la suite.

2) Premier match, premier coup sûr

Les partisans des Expos patienteront un peu plus de trois ans avant de jeter un œil sur cette recrue dont on ne cesse de leur vanter les mérites. Le 19 septembre 1996, face aux Braves d’Atlanta, Vladimir Guerrero dispute le premier de ses 2147 matchs dans le baseball majeur.

À sa deuxième présence au bâton contre le partant Steve Avery, Guerrero frappe une balle au sol qui perce l’avant-champ entre l’arrêt-court et le deuxième coussin pour un simple au champ centre. Comme ça lui arrivera souvent au cours de sa carrière, ce premier coup sûr a été obtenu sur le premier lancer du gaucher.

Le commentateur des Braves ne le savait pas à ce moment, mais il n’aurait pas pu dire plus vrai : «Voici ce qui, si les rapports des dépisteurs s’avèrent, le premier de plusieurs coups sûrs de Vladimir Guerrero». Et comment!

3) Premier de 449 circuits

Le 21 septembre 1996, au début de la neuvième manche, Guerrero frappe le premier de 449 circuits dans les majeures face au releveur no 1 des Braves, Mark Wohlers.

Comme il a habitué ses partisans par la suite, ce n’est même pas un bon lancer de Wohlers que Guerrero expédie dans le filet de démarcation au champ droit. Bas et à l’extérieur, la jeune recrue de 21 ans aurait dû laisser passer ce tir. Comme cela a souvent été le cas, Guerrero a réussi à transformer un mauvais lancer en coup sûr.

Guerrero ajoutera 233 circuits à sa fiche au cours des huit saisons qu’il passera à Montréal. Il en a frappé 173 avec les Angels, 29 avec les Rangers du Texas et 13 avec les Orioles de Baltimore.

4) Neuf fois au Match des étoiles

Guerrero participera neuf fois au Match des étoiles au cours de sa carrière, dont un premier, le 13 juillet 1999, au Fenway Park de Boston.

Utilisé comme substitut — un certain Larry Walker est le partant de la Nationale dans la droite —, Guerrero sera blanchi à sa seule présence au bâton.

En tout, il sera utilisé sept fois comme partant, pour 20 présences au bâton, bonnes pour cinq coups sûrs, dont un circuit. 

Le 12 janvier 2004, Vladimir Guerrero est accueilli par le propriétaire des Angels, Arte Moreno, qui vient d’octroyer un contrat de cinq ans au voltigeur.

5) Dernier tour de piste

En 2003, les Expos vivent sur du temps emprunté. Maintenant propriété du baseball majeur, il est clair que l’équipe ne fera pas d’offre à Vladimir Guerrero, qui doit devenir joueur autonome après la Série mondiale.

Le 14 septembre 2003, avec les Expos à 17 matchs des Braves et du premier rang dans l’Est, un peu plus de 21 000 spectateurs se massent au Stade olympique pour un affrontement contre les Mets de New York et Tom Glavine, futur membre du Temple de la renommée alors en quête de sa 252e victoire.

Fidèle à son habitude, Guerrero en donnera pour son argent aux spectateurs sur place et trouvera le moyen d’inscrire son nom pour une dernière fois dans le livre des records des Expos.

Après un double en deuxième, un simple en troisième et un triple en cinquième, il ne manquait plus qu’un circuit à Guerrero pour réussir un carrousel. Il n’a pas attendu très longtemps : sur le premier tir de Dan Wheeler, il a propulsé la balle loin au champ droit pour un circuit de deux points dans un gain de 7-3 des Expos. Il s’agissait du sixième et dernier carrousel de l’histoire des Expos.

Guerrero terminera cette saison avec une moyenne de ,330, 25 circuits et 79 points produits en 112 rencontres. Il a disputé son dernier match dans l’uniforme des Expos, le 28 septembre, frappant un coup sûr en deux présences.

6) Direction Anaheim

Son association avec les Expos terminée, Guerrero, pas encore 29 ans, est le joueur autonome le plus convoité du baseball majeur. Courtisé par les Orioles et les Mets de New York, c’est finalement avec les Angels d’Anaheim que Guerrero paraphe un contrat de cinq ans, d’une valeur totale de 70 millions $US.

Son arrivée en Californie changera le cours de l’histoire de la concession, qu’il mènera à cinq participations aux séries éliminatoires en six saisons.

Dès sa première campagne, il s’impose aussi comme un des meilleurs joueurs de l’Américaine. Sa saison de ,337 avec 206 coups sûrs, dont 39 circuits et autant de doubles, 126 points produits et 124 points marqués — un sommet dans l’Américaine — lui permet d’être élu joueur par excellence.

À ses quatre campagnes suivantes, il terminera d’ailleurs 3e, 9e, 3e, et 14e au scrutin du joueur par excellence dans l’Américaine.

Vladimir Guerrero a remporté le concours de circuits du Match des étoiles en 2007.

7) Le roi des circuits

En 2007, Guerrero est de nouveau tout feu, tout flamme pour les Angels et il est invité à participer au Match des étoiles pour la huitième fois de sa carrière.

Pour cette rencontre disputée au AT&T Park de San Francisco, on l’invite également à prendre part au concours de circuits. En compagnie de son instructeur au troisième but et lanceur officiel des entraînements au bâton avec les Angels, Dino Ebel, Guerrero connaît une soirée du tonnerre.

Affichant une patience qu’on ne lui connaissait pas, Guerrero choisit avec soin les tirs d’Ebel, si bien qu’il remporte le concours devant le voltigeur Alex Rios, des Blue Jays de Toronto.

8) Si près, mais si loin...

Avec les Angels, le plus près que Guerrero se soit approché de la Série mondiale est la défaite en six rencontres en série de championnat de l’Américaine contre les Yankees de New York, éventuels champions, en 2009.

Son association avec les Angels tirant à sa fin, Guerrero profite de nouveau de l’autonomie pour signer cette fois un contrat d’une saison avec les Rangers. Après une saison 2009 minée par les blessures, Guerrero, embauché au coût de 5,5 millions $, se veut une aubaine pour les Rangers : il dispute 152 matchs, frappe 178 coups sûrs, dont 29 circuits, en plus de produire 115 points. Sa moyenne de ,300 est au-delà de toutes les espérances des Rangers.

L’équipe en profite d’ailleurs pour atteindre pour la première fois de son histoire la Série mondiale. Malheureusement pour Guerrero et les Rangers, les Giants de San Francisco sont trop forts cette année-là et ils balaient la série en quatre matchs.

Guerrero ne récolte qu’un maigre coup sûr dans cette Série mondiale et ne produit que deux points. En 44 matchs éliminatoires, Guerrero a présenté des statistiques plus modestes : moyenne de ,263, avec deux circuits, sept doubles et 20 points produits.

Vladimir Guerrero a disputé sa dernière saison en 2011, dans l'uniforme des Orioles de Baltimore.

9) Dernier tour de piste (bis)

Ses statistiques de 2010 permettent à Guerrero d’obtenir un autre contrat. Sept ans après avoir fendu l’air, les Orioles mettent finalement Guerrero sous contrat en 2011.

À 36 ans, Guerrero se défend toujours bien au bâton : en 145 rencontres, il conserve une très respectable moyenne de ,290 avec 13 circuits et 30 doubles.

Ce chant du cygne lui permet d’améliorer ses chances pour Cooperstown, portant son total de coups sûrs à 2590, dont 449 circuits et 477 doubles, en plus de l’approcher du plateau des 1500 points produits, à 1496.

10) Aller simple pour Cooperstown

À sa deuxième année d’admissibilité, Vladimir Guerrero est élu au Temple de la renommée du baseball. Le nom du voltigeur étoile s’est retrouvé sur 92,9 % des bulletins distribués auprès des membres des chroniqueurs de baseball d’Amérique ayant le droit de vote.

Les partisans des Expos auront toutefois un pincement au cœur, dimanche, quand ils verront que sa plaque qui se retrouvera à Cooperstown le représente coiffé d’une casquette des Angels, dont il deviendra le premier porte-couleurs au Temple.

«Je n’oublierai jamais mes années passées à Montréal. Elles ont été très spéciales, a-t-il expliqué en janvier dernier, au moment de défendre son choix. Mais c’est à Anaheim que j’ai appris à gagner. J’y ai pensé longtemps, car les partisans canadiens comptent beaucoup pour moi. Mais de faire mon entrée au Temple en tant que membre des Angels est énorme à mes yeux. Ce sont eux que je représente maintenant.»