Le canoë féminin fera ses débuts aux Jeux de Tokyo. Laurence Vincent-Lapointe a l’intention d’y laisser sa marque.

Vincent-Lapointe vise toujours plus haut

MONTRÉAL — Elle a beau avoir connu une année de rêve en 2018, la canoéiste Laurence Vincent-Lapointe est consciente qu’il lui reste encore à relever le plus grand défi de sa carrière sportive. À 14 mois des Jeux olympiques de Tokyo, où le canoë féminin fera ses débuts, la Trifluvienne a la ferme intention d’y laisser sa marque.

Et pour réaliser son objectif, il lui faudra conserver son statut de favorite, ce qu’elle entend faire en ne ménageant pas ses efforts d’ici les championnats du monde présentés à Szeged, en Hongrie, à la fin août, une étape importante dans le processus de qualification olympique.

« Cette année, les championnats du monde représentent la grosse étape pour moi. C’est un gros enjeu, celui de me classer. Je suis la favorite, c’est idéal. Mais je ne veux pas me faire surprendre. C’est pour ça que je me prépare à fond », a révélé Vincent-Lapointe à l’issue d’une séance d’entraînement au bassin olympique de l’Île-Notre-Dame en prévision des essais nationaux de vendredi à dimanche.

« Ma façon de les aborder [les Mondiaux], c’est que je ne veux pas avoir de regret. Je veux tout donner ce qui est en mon pouvoir. Et si je me fais battre parce que quelqu’un est plus rapide que moi, ce sera ça. Mais si je n’ai pas tout donné et que quelqu’un me devance, je vais tellement le regretter. Je ne peux pas me permettre ça. Il faut absolument que je donne tout ce que j’ai. »

L’athlète de 26 ans s’est forgée une personnalité au fil de sa carrière où les demi-mesures ne font pas partie de son ADN. Et les résultats ont été au rendez-vous jusqu’ici avec la conquête de 13 titres mondiaux.

« Je suis une personne très résiliente », a-t-elle avoué. Et pour cause.

« Ça m’a pris tellement de temps avant de maîtriser mon embarcation. Pendant deux ans, je chavirais à tous les jours à l’entraînement. Je n’arrivais jamais à compléter un entraînement dans l’embarcation. Ça m’a vraiment développé le caractère. »

Il lui a également fallu surmonter les préjugés.

« Tout le monde me disait que les femmes ne pouvaient pas faire de canoë, que nous n’étions pas assez rapide, que c’était mauvais pour les organes reproducteurs. Avec le temps, je me suis forgé une carapace, même si j’ai à l’occasion des moments de faiblesse. Mais je ne laisserai pas les autres me dire ce que je peux et ce que je ne peux pas faire. »

Un rôle de favorite

Vincent-Lapointe a tellement l’habitude de fixer la barre haute – « Je me mets beaucoup de pression » – qu’elle a parfois du mal à bien évaluer sa progression. C’est ainsi que l’hiver dernier, lors d’un long camp d’entraînement en Floride, elle s’est mise à paniquer parce qu’elle jugeait que ses résultats n’étaient pas à la hauteur.

« Je regardais mes résultats des championnats du monde de l’an dernier et je me comparais. Ça n’avait pas de sens. Après quelques semaines d’entraînement, je ne pouvais pas réaliser les mêmes résultats que j’avais obtenus après tout un été à bâtir ma vitesse et ma technique en vue des Mondiaux.

«J’ai eu besoin de mon entourage pour me replacer, m’aider à remettre les choses en perspective. Et ça m’a beaucoup aidé. Là, je me sens beaucoup mieux. J’ai eu un peu plus de préparation. Je me sens davantage prête à commencer une année où je vais vraiment tout donner.»

Et elle estime que la compétition du week-end, où elle est incrite au C-1 200 mètres et au C-2 500 mètres avec sa coéquipière Katie Vincent, posera une première pierre importante à sa saison. «Quand je réussis de bonnes compétitions ici aux essais nationaux, ça me met en confiance pour le reste de l’année.»