Vince Carter
Vince Carter

Vince Carter ou l’atterrissage forcé d’«Air Canada»

LOS ANGELES — Parmi les résignés ou déçus, non concernés par la reprise de la saison, il y a eu un grand malheureux début juin: Vince Carter, formidable fournisseur de spectacle made in NBA sur quatre décennies, n’aura pu aller au bout de sa tournée d’adieu pourtant méritée.

Les Hawks d'Atlanta ne faisant partie des équipes vouées à finir le championnat fin juillet à Disney World, la carrière de Carter s’est arrêtée de facto. Et avec l’officialisation jeudi de sa retraite des parquets, par le joueur lui-même, âgé de 43 ans, c’est une page de la ligue qui se tourne.

En l’occurrence celle des années 2000, certes dominées par les Lakers du duo Bryant/O’Neal et par les Spurs du trio Duncan/Parker/Ginobili, mais dont «Vinsanity» fut un des plus flamboyants ambassadeurs, avant de faire montre d’une longévité remarquable.

Carter n’aura certes jamais gagné la bague du sacre en 22 saisons. Il ne s’en sera même pas approché, que ce soit avec Toronto, New Jersey, Orlando, Phoenix, Dallas, Memphis, Sacramento ou Atlanta.

Mais il laisse derrière lui des dunks fous qui ont contribué à agrandir la popularité de la NBA dans le monde entier, notamment au Canada où il a laissé un énorme impact sur la culture basket, plaçant Toronto sur la carte de la NBA grâce à ses exploits sous trampoline aux premières heures des Raptors.

«Le dunk de la mort»

Une trace indélébile, qui a d’ailleurs fait l’objet d’un documentaire The Carter Effect en 2017, produit par LeBron James, où le phénomène était décortiqué par de nombreuses personnalités, de l’ancienne gloire canadienne Steve Nash à la star du rap Drake.

«Et si Carter n’avait jamais joué pour les Raptors?», se demande même ce dernier en toute fin de film, induisant que leur sort aurait pu être le même que celui des Grizzlies, l’autre franchise «canadienne» restée six ans seulement à Vancouver (1995-2001), loin de savoir que son équipe favorite deviendrait championne NBA deux ans plus tard.

S’il n’a évidemment pas participé à cette glorieuse campagne, Carter pourrait néanmoins être le premier à avoir son maillot retiré à Toronto, où les fans adulaient «Air Canada» pour ses impressionnantes envolées vers le panier.


« J’ai adoré chaque moment, les bons comme les mauvais. J’ai accompli beaucoup de choses, mais j’ai surtout aimé jouer. »
Vince Carter

Son grand soir eu d’ailleurs lieu en février 2000 où il étourdit le monde du basket avec un concours de dunk parfait au Match des étoiles, resté comme un des plus beaux de l’histoire, au même titre que la démonstration faite par Michael Jordan, survolant les débats en 1988.

Quelques mois plus tard, son fameux «dunk de la mort» écrasé sur le Français Frédéric Weiss, mesurant pourtant vingt centimètres de plus, en match de groupe des Jeux de Sydney, fit le tour du monde. Désigné nouvelle terreur américaine, il décrochera quelques jours plus tard l’or olympique.

De Jordan à Zion

Ce sera son seul titre notable. Individuellement, en revanche, les distinctions n’ont pas manqué: parmi lesquelles 8 sélections au Match des étoiles, un trophée de recrue de l’année et... une 6e place au rang des meilleurs marqueurs à 3 points en carrière, qui prouve à quel point que, loin d’être un forçat du dunk, il a su réinventer son jeu.

Enfin, Vince Carter c’est aussi une personnalité qui a été capable de remiser son ego dans ses chaussures, en laissant par exemple à Michael Jordan sa place dans le cinq majeur de la Conférence Est, pour son dernier Match des étoiles, malgré le vote des fans.

À ce titre, il est celui qui aura donc joué, entre 1998 et 2020, soit sur quatre décennies, fait unique en NBA, à la fois contre le meilleur basketteur de tous les temps et contre la future grande star de la ligue Zion Williamson, sans oublier des géants comme Kobe Bryant et LeBron James.

Ce voyage de 22 ans «représente plus ou moins toute ma vie d’adulte, donc ce n’est pas si facile pour moi de dire que c’est fini, et de partir», confiait-il récemment.

«C’était bien le basket. J’ai adoré chaque moment, les bons comme les mauvais. J’ai accompli beaucoup de choses, mais j’ai surtout aimé jouer. Si j’ai continué à jouer, c’est parce que j’aime ça. Je n’étais pas en quête d’une bague, ce n’était pas une question d’argent, même s’il y en a beaucoup de nos jours. C’était juste pour l’amour du jeu.»