Vérification faite: tout combat de boxe peut mal finir...

L'AFFIRMATION: «Je ne suis pas médecin, mais il [le boxeur Adonis Stevenson, qui est dans un coma induit depuis le K.O. qu’il s’est fait passer samedi soir, à Québec] avait possiblement quelque chose avant, mais qui n’avait pas été décelé. De plus, ce n’est pas un boxeur qui a été impliqué dans des guerres au gymnase ou dans ses combats», a déclaré le boxeur québécois Jean Pascal, dont les propos ont été rapportés sur le site de TVA. Pascal entendait par là qu’il ne croyait pas que les coups reçus par Stevenson pouvaient à eux seuls avoir des conséquences aussi dramatiques. «Il n’a pas encaissé de gros coups, sauf les deux derniers», a fait remarquer Pascal.

LES FAITS

Samedi dernier, au Centre Vidéotron, Stevenson a subi une défaite par mise hors de combat. Il a eu besoin de soutien pour retourner au vestiaire et son état s’est rapidement détérioré par la suite. Les médecins sur place l’ont immédiatement envoyé à l’urgence de l’Enfant-Jésus, où le pugiliste a été plongé dans un coma artificiel afin de protéger son cerveau contre des dommages supplémentaires.

Le Dr Marc Gagné s’est rapidement porté au chevet d’Adonis Stevenson après sa mise hors de combat par Oleksandr Gvozdyk, samedi.

Maintenant, est-ce qu’il faut vraiment un problème préexistant à la tête pour qu’un knock-out comme celui-là dégénère de la sorte? Pascal possède, bien évidemment, une expérience longue et concrète de la chose. Mais sauf le respect qu’on lui doit, son cas demeure anecdotique.

Le Soleil a soumis la question à quatre chercheurs spécialisés dans les traumatismes cérébraux : Pierre Frémont, de la Faculté de médecine de l’Université Laval; Christian Bocti, neurologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke; Dave Ellemberg, du Laboratoire des neurosciences du développement, de l’exercice et de la vision (Kinésiologie, Université de Montréal); et Alain Ptito, professeur de neurologie/neurochirurgie à McGill. Et ils sont à la fois unanimes et catégoriques : même s’il est impossible de trancher le cas précis de Stevenson, de manière générale, un problème préexistant ou une fragilité particulière n’est absolument pas nécessaire pour qu’un match de boxe provoque un traumatisme craniocérébral (TCC) aux conséquences dramatiques. C’est rare, mais cela peut arriver même chez des athlètes parfaitement sains et sans historique de commotions.

Bien sûr, indique M. Frémont, «on a quand même une bonne quantité de données qui nous disent que quand on subit plusieurs commotions, on finit par être plus fragile [...au sens où] le prochain TCC survient plus facilement et il risque d’être plus sévère». En ce sens, disent M. Frémont et ses collègues, on peut supposer qu’une longue carrière en boxe professionnelle comme celle qu’a eue Stevenson est un facteur de risque accru.

Mais ce risque existerait quand même chez quelqu’un qui n’a jamais fait de TCC et qui recevrait des coups à la tête. «Il n’est pas du tout nécessaire de parler de conditions préexistantes, car un match de boxe peut mener à un décès directement par TCC», souligne M. Bocti, qui cite quelques cas connus.

Même son de cloche du côté de M. Ellemberg. «Il y a plusieurs facteurs qui peuvent jouer. Par exemple, il y a un phénomène nommé syndrome du second impact. C’est rare et cela survient principalement chez les jeunes de 15 à 25 ans, mais c’est aussi connu chez les boxeurs. Quand il y a plusieurs impacts à la tête à l’intérieur de quelques semaines, cela peut causer une blessure grave comme une enflure cérébrale massive ou une hémorragie cérébrale», dit-il.

«Un seul de ces impacts-là [ceux qui ont mené au K.O. de Stevenson samedi] chez n’importe quel citoyen, qu’il soit athlète ou non, peut induire une commotion ou une lésion intracrânienne plus sévère», tranche pour sa part M. Frémont.

«On le voit dans la vie quotidienne aussi, remarque M. Ptito. Il y a des gens qui subissent des traumatismes crâniens dans le sport ou d’autres circonstances, et même si le coup semble relativement bénin au départ, ils finissent par avoir des symptômes chroniques quand même. Environ 80 % des gens qui subissent des commotions récupèrent dans les 3 mois, mais il reste toujours ce 20 % qui peut avoir conséquences à plus long terme même si c’est leur première commotion.»

LE VERDICT

On ne saura peut-être jamais si Stevenson avait, avant son combat de samedi, une condition médicale non diagnostiquée au cerveau. Mais il est clair que, contrairement à ce que Pascal laisse entendre, il n’est pas besoin d’avoir ce genre de problème ni d’avoir livré des «guerres» pour qu’une mise hors de combat finisse aussi mal.