On apprécie Mark Borowiecki (74) pour différentes raisons. D’abord, parce que son amour pour le hockey est immense.

Une vie après le hockey

CHRONIQUE / Certains drapeaux rouges sont bien visibles. La visière, par exemple. Quand il a récupéré son poste, jeudi soir, Mark Borowiecki portait une visière légèrement teintée. Ça signifie que son cerveau na encore du mal à composer avec la lumière très puissante qu’on diffuse dans les amphithéâtres de la LNH.

Pour capter certains signaux, il faut savoir tendre l’oreille. Durant sa convalescence, le courageux défenseur des Sénateurs a laissé entendre qu’il devra changer certaines habitudes. Il a dit, notamment, qu’il pourrait jeter les gants moins souvent dans l’avenir.

Les commotions cérébrales s’accumulent et commencent à laisser des traces.

On apprécie Borowiecki pour différentes raisons. D’abord, parce que son amour pour le hockey est immense. Un joueur aux aptitudes naturelles limitées, comme lui, ne peut pas atteindre la Ligue nationale sans développer des habitudes de travail irréprochables. Et un gars peut difficilement travailler aussi fort, jour après jour, sans vraiment se passionner pour ce qu’il fait.

Souvent, cette passion a un prix. Les joueurs qui aiment le hockey autant que ça n’ont pas de place pour rien d’autre, dans la vie. Mais Borowiecki n’est pas comme ça.

Il se distingue, au contraire, par sa façon de faire la part des choses.

Quand il n’est pas l’aréna, on peut souvent le trouver dans un atelier où il s’amuse à travailler le bois. À une certaine époque, il parlait vaguement d’une seconde carrière dans les forces de l’ordre.

Pour lui, il y aura clairement une vie après le hockey. Ce serait franchement moche de voir un coup de trop à la tête gâcher tout cela.

Un exemple tout frais, tout récent de ce que j’essaie de vous expliquer.

Durant la semaine de relâche, comme plusieurs coéquipiers, Borowiecki s’est envolé vers la Floride.

Son emploi du temps, une fois arrivé à destination, fut cependant différent.

« Je ne serais jamais capable de passer une journée au grand complet allongé sur une plage », m’a-t-il confié, jeudi matin.

Borowiecki, aussi incroyable cela puisse paraître, a passé la semaine à travailler comme palefrenier.

« Ma femme passe six semaines en Floride, cet hiver. Elle participe à des spectacles équestres, là-bas. Je suis allé la rejoindre pour lui donner un coup de main. »

« Nos journées commençaient à sept heures du matin. J’avalais mon petit déjeuner en vitesse avant de me diriger vers la ferme. Puisque je ne connais pas grand chose aux soins qu’il faut donner aux bêtes, on m’avait confié le mandat d’abreuver les chevaux. Sinon, je pelletais du fumier. Ma femme fait partie d’une équipe exclusivement féminine. Elles sont trois ou quatre, là-bas. J’essayais d’être là quand il y avait des trucs lourds à transporter. »

« Je me couchais chaque soir à 22 h, complètement crevé. »

Je ne sais pas trop si Borowiecki songe toujours à une carrière dans la police.

Jeudi, il disait qu’il ne détesterait pas se porter acquéreur d’une petite ferme.

« Je te mentirais si je te disais que je ne pense pas à ce qui m’attend après le hockey. Je ne suis plus un gamin de 19 ans qui essaie de se tailler un poste. J’ai 28 ans. J’essaie de fonder une famille... »

Les commotions sont à prendre au sérieux.

« Tout ça ne changera quand même pas ma façon de jouer, a-t-il juré. Même si je voulais le faire, j’en serais incapable. Je suis programmé ainsi. »

Il était en train de compléter sa huitième présence sur la patinoire de la soirée, jeudi, quand il s’est bagarré avec Chris Thorburn.

Il y a bien un truc que Mark Borowiecki n’a pas fait durant son séjour en Floride. Il n’a pas vu, ni contacté, son coéquipier Clarke MacArthur.

Celui qu’on surnommait « Grizz » a pourtant choisi de s’établir en Floride, l’automne dernier, lorsque les médecins ont déterminé qu’il ne serait pas en mesure de jouer cette saison.

Même si on ne l’avouera sans doute jamais, MacArthur a probablement joué au péril de sa santé, le printemps dernier, dans les séries de la coupe Stanley.

Il doit en avoir, des choses à raconter, sur les blessures et sur la vie après le hockey.

« J’avais tout le soutien dont j’avais besoin à la maison. Ma femme, mes parents et l’équipe de spécialiste des Sénateurs a bien pris soin de moi. »