Andre De Grasse est tout de même parvenu a signé une troisième victoire de suite à l'épreuve reine des championnats canadiens.

Une victoire sans record

La foule espérait un record, Andre De Grasse aussi. Mais le sprinteur canadien a été incapable de devenir l'homme le plus rapide de l'histoire de l'athlétisme canadien, vendredi soir, à Ottawa.
La marque de 9,84 secondes au 100 m détenue conjointement par Donovan Bailey et Bruny Surin a encore résisté. De Grasse n'a pu faire mieux qu'un chrono de 10,11 secondes sur une piste un peu détrempée, résultat d'un orage qui s'est abattu sur le stade Terry-Fox trois heures avant la course tant attendue.
Ce fut tout de même suffisant pour lui assurer un troisième titre de suite à l'épreuve reine des championnats canadiens, devançant Brendon Rodney et Gavin Smellie. « Je ne sais pas ce qui s'est produit en finale... J'ai peut-être manqué d'essence », a soutenu la jeune sensation ontarienne âgée de 22 ans.
Il s'agissait d'une de ses sorties les plus lentes en 2017. Il a refusé de blâmer la pluie qui était tombée plus tôt dans la journée.
« Je n'ai pas laissé ça me distraire. Elle (pluie) avait déjà cessé et le soleil était présent en finale », a-t-il souligné. 
« Je suis déçue de ne pas avoir été en mesure de donner aux spectateurs ce qu'ils souhaitaient. Mais en même temps, je suis quand même heureux de sortir d'ici avec le titre. »
Un oubli
Selon Athlétisme Canada, plus de 5500 personnes se trouvaient autour de la piste.
Les amateurs ont réservé une ovation à De Grasse quand il s'est pointé sur la surface pour prendre place dans les blocs de départ. Un accueil qu'il a visiblement apprécié.
Surtout que le principal intéressé avait besoin d'un plan B.
« J'ai l'habitude d'écouter de la musique avant ma course. Mais j'ai oublié mes écouteurs ce soir. J'ai donc dû me rabattre sur la foule. Elle fut ma musique. »
De Grasse a avoué que l'oubli l'a dérangé. À l'image de plusieurs athlètes de pointe, il aime bien respecter une routine. 
« C'est la première fois que ça m'arrive. C'est OK, tant que ça ne se reproduit pas à un événement majeur tel que les Mondiaux », a-t-il soutenu, lui qui espère détrôner Usain Bolt dans cinq semaines à Londres.
En attendant, ce sera le retour à la table de travail pour lui au 100 m. « Je vais regarder (la vidéo de la course) avec mon entraîneur afin de voir ce qui n'a pas fonctionné ce soir », a-t-il dit.
Présence de Carl Lewis
Sa performance est survenue en présence de l'ancien champion olympique américain Carl Lewis. Il était sur place afin de diriger deux de ses athlètes canadiens au saut en longueur. 
Andre De Grasse n'a pu affronter en finale son plus sérieux rival au pays, Aaron Brown. Ce dernier a été disqualifié en demi-finale en raison d'un faux départ.
Chez les femmes, la favorite Crystal Emmanuel a gagné le 100 m en 11,20 secondes. « Oui... Oui... Vitesse... Vitesse », a-t-elle crié après avoir croisé le fil d'arrivée en se frappant le torse. De Grasse et elle seront de retour en piste ce week-end en vue du 200 m.
Samedi, les yeux seront surtout tournés vers la favorite locale, Melissa Bishop. La vice-championne du monde au 800 m n'a eu aucune difficulté à se qualifier en vue de la finale.
« Ce fut un moment spécial, a soutenu Bishop, qui a grandi à 60 minutes de route d'Ottawa. Il y avait beaucoup de monde dans les gradins. Plusieurs de ces gens me suivent depuis mes débuts dans cette aventure. »
De la palestre à la piste
Corinne Desgagné a commencé à pratiquer l'athlétisme sur le tard après une brillante carrière à la palestre marquée par plusieurs médailles provinciales, nationales et internationales.
Plus précisément à l'âge de 20 ans.
« Deux ans après avoir arrêté la gymnastique », précise l'athlète gatinoise maintenant âgée de 26 ans. Ça ne l'empêchera pas de fouler la piste du stade Terry-Fox, samedi matin.
Corinne Desgagné
On la verra au départ de l'épreuve de 400 m haies chez les femmes aux championnats canadiens d'athlétisme.
« Jamais je ne pensais me rendre jusqu'ici », avoue Desgagné, qui travaille en tant que physiothérapeute dans le domaine de la neurologie.
« Je n'étais pas très vite à mes débuts. Je courais la distance en 1 minute et 16 secondes. Je voyais les autres filles finir en 1:03... Je réalise maintenant le même temps. »
On le sent dans sa voix. L'ancienne gymnaste est fière de son cheminement. « Le sport individuel me manquait. C'est pourquoi je me suis tournée vers l'athlétisme. »
Son entraîneur au club Cirrus, Rova Rabemananjara, l'a encouragé à tenter sa chance aux haies. Son passé de gymnaste l'aura aidé dans sa nouvelle aventure sportive.
« Surtout pour la puissance et la flexibilité », souligne Desgagné, qui a participé aux championnats canadiens de gymnastique à sept reprises.
Ça ne l'empêchera pas d'être nerveuse en se pointant au départ du 400 m haies.
« Je me suis fait mal dernièrement au tendon d'Achille. C'est un peu sensible. C'est ce qui me rend un peu nerveuse », explique l'athlète de 5'4''.
Classée troisième au Québec, Corinne Desgagné aimerait améliorer son meilleur temps personnel. « Faire 1:02... Retrancher une seconde. J'aimerais ça », dit-elle.
Sous les yeux d'un officiel de Gatineau
Il y a deux ans, Luc Bujold a troqué sa place de spectateur dans les gradins où il encourageait sa fille heptathlonienne. Il a choisi de se rapprocher de la piste et devenir officiel.
Le voilà maintenant depuis deux jours commissaire de course aux championnats canadiens d'athlétisme. Faites la connaissance de ce père de famille de Gatineau, qui a grandi à Percé, en Gaspésie où les pistes étaient rares. Il a donc plutôt opté pour le hockey durant sa jeunesse.
Un sport qu'il pratique encore dans sa quarantaine, tout en dirigeant l'équipe de ringuette de son autre fille, Élodie. La plus jeune, Mégane, fait partie du club d'athlétisme de Gatineau où elle se spécialise dans les épreuves combinées.
« J'étais dans les gradins au début. J'allais à toutes les compétitions. Puis l'entraîneur Donald Côté m'a dit qu'une formation d'officiel se donnait. J'ai décidé d'essayer ça... Tant qu'à être déjà là. »
Bujold dit qu'il est « très chanceux » d'avoir déjà été promu aux championnats canadiens. Il a dû prendre quelques congés de son emploi de fonctionnaire à Pêche et Océan Canada afin d'agir en tant que commissaire de course au stade Terry-Fox.
« Je dois m'assurer que l'épreuve se déroule bien une fois le départ donné. Tu regardes les lignes afin de t'assurer que les coureurs respectent leurs couloirs. Tu surveilles pour voir si ça joue du coude de façon intentionnelle ou non. Bref, tout ce qui est anormal, tu dois le signaler à l'arbitre de la piste qui prendra une décision », a-t-il expliqué.
« Je trouve ça stimulant. Tu assistes à des courses de très haut niveau, a ajouté Bujold. Tu as la chance de voir des records canadiens être battus. »
L'envers de la médaille ?
« Il faut rester le plus neutre possible avec les athlètes, bien gérer nos émotions par rapport aux athlètes qui sont parfois très émotifs quand ils se blessent ou qu'ils ratent leur coup à leur épreuve. J'en ai déjà vu pleurer parce qu'il faisait trop chaud. »