Egor Sokolov a été repêché au deuxième tour par les Sénateurs d'Ottawa, la semaine dernière.
Egor Sokolov a été repêché au deuxième tour par les Sénateurs d'Ottawa, la semaine dernière.

Une livraison russe intrigante chez les Sénateurs

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
Jacques Carrière sait reconnaître de futurs joueurs professionnels. Il a notamment repêché Anthony Mantha et Pierre-Luc Dubois dans la LHJMQ en plus de voir Drake Batherson éclore sous ses yeux dans les Maritimes.

Le directeur général gatinois des Screaming Eagles du Cap-Breton est donc bien placé pour parler d’un nouvel espoir intriguant des Sénateurs d’Ottawa. Egor Sokolov a été choisi tard en deuxième ronde, il y a une semaine, après avoir été boudé par toutes les équipes de la LNH lors des deux repêchages précédents.

L’ailier droit russe âgé de 20 ans a passé les trois dernières saisons asu Cap-Breton où il est devenu un attaquant en puissance.

«Je ne le cacherai pas. Quand Egor est arrivé chez nous en 2017, il n’avait pas tous les attributs pour devenir un joueur de la Ligue nationale de hockey. C’était un gros bonhomme avec un poids excédentaire. Il pesait plus de 240 livres, se souvient Carrière du géant de six pieds quatre pouces.

Sokolov a inscrit 46 buts et obtenu autant de mentions d’aide en 52 parties à sa dernière saison chez les Screaming Eagles.

«Nous avons mis en place un programme de nutrition et d’exercices pour lui. Il prenait ça au sérieux, mais ça ne fonctionnait pas à 100%. Puis l’année dernière, il a décidé de passer tout l’été au Canada.»

Sokolov a perdu une quinzaine de livres additionnelles et pèse maintenant 220 livres. Surtout, il s’est entraîné à Halifax pendant l’été 2019 sous les ordres de Jill Plandowski, une experte des techniques de patinage. Le conjoint de la dame se connaît aussi en hockey.

Darryl Plandowski est devenu dépisteur-chef des Coyotes de l’Arizona dans les dernières semaines.

«Jill a défait toute la mécanique de patinage d’Egor et l’a refaite pour le mieux. C’était auparavant un gars fragile quand il patinait. Elle lui a fait plier plus les genoux, l’a obligé à se tenir plus sur le bout des orteils. Il aussi a amélioré son centre de gravité.»

Visiblement, la version revue et corrigée de Sokolov était supérieure au modèle précédent qui avait amassé 57 points en 68 matches en 2018-2019. Le jeune homme a inscrit 46 buts et obtenu autant de mentions d’aide en 52 parties à sa dernière saison chez les Screaming Eagles, l’hiver dernier.

«Il est devenu un cheval. Il n’était pas arrêtable. Il est fort comme un boeuf. Il aurait scoré 60 buts si nous avions pu jouer une saison complète, fait valoir Jacques Carrière.

«Il a amélioré sa protection de rondelle. Il a amélioré sa vitesse. Cela a amélioré du même coup sa confiance. Il avait déjà en plus un lancer pensant et puissant.»

Sokolov avait déjà eu l’occasion de se faire valoir de près dans une organisation de la LNH. Il avait été invité à deux reprises au camp d’entraînement des recrues des Blue Jackets de Columbus.

Même que l’an dernier, il s’était taillé une place au camp principal, participant même à un match hors-concours.

«Mais Columbus a décidé de ne pas le signer», souligne Jacques Carrière.

Ce n’est pas la première fois que les Sénateurs pigent un joueur ignoré par les autres clubs au Cap-Breton. L’histoire de Batherson, ignoré à sa première année d’admissibilité au repêchage, est bien connue.

Ottawa l’a réclamé au quatrième tour en 2017 à l’âge de 19 ans.

Drake Batherson a été ignoré à sa première année d’admissibilité au repêchage.

«N’importe quel néophyte peut repêcher un joueur en première ronde s’il se sert de toute la documentation disponible. C’est quand tu arrives en deuxième, troisième et quatrième ronde, quand tu frappes un coup de circuit avec tes choix, que l’équipe finit par connaître du succès», note Carrière.

Drôle de coïncidence, Egor Sokolov s’est retrouvé au sein de la même pension que Batherson à sa saison recrue.

«C’était comme un frère. Puis nos parcours se ressemblent. Il m’a servi d’exemple dès mon arrivée de la Russie. On se parle encore régulièrement», relate Sokolov.

«J’espère bien jouer à nouveau avec lui, cette fois-ci à Ottawa», ajoute-t-il.

+

SOKOLOV, CE GRAND GÊNÉ DEVENU EXTRAVERTI

Egor Sokolov se souvient très bien de ses premières semaines dans les Maritimes, loin de sa famille en Sibérie occidentale. «J’étais gêné et je ne parlais pas un mot d’anglais», relate le natif d’Ekaterinbourg.

Un de ses meilleurs amis a été l’engin de traduction de Google! Il s’en est servi sur une base régulière.

Il y a eu l’aide d’un enseignant à la retraite embauché par les Screaming Eagles de même que la famille Ryan qui l’a accueilli en pension pendant trois ans au Cap-Breton.

«Aujourd’hui, Egor est une personne extravertie. Il est incroyable sympathique», souligne Jacques Carrière.


« Egor a fait ses devoirs. »
Jacques Carrière

«On va prendre un peu de crédit, mais on va lui en donner aussi beaucoup! Il a fait ses devoirs. Il est sauté à pieds joints pour apprendre une nouvelle langue. Il parle maintenant parfaitement l’anglais.»

Sokolov, lui, tient à rendre hommage à la famille qui l’a accueilli. «Qui m’a fait sentir le bienvenu, même si je ne parlais pas beaucoup au début. Elle m’a permis de devenir à l’aise», dit-il.

Une famille avec laquelle il tenait à célébrer sa sélection, la semaine dernière, par les Sénateurs. Une vidéo de lui vêtu d’un complet rose sautant dans les bras d’Ashley et Kyle Ryan est devenue virale.

«Le Cap-Breton occupe une grosse partie maintenant dans mon coeur. J’ai obtenu plus que je souhaitais ici.»

Sokolov a même décidé de demeurer en sol canadien durant la pandémie pour aider les Ryan, qui sont propriétaires d’une épicerie. Il a effectué la livraison de commandes durant le printemps.

«Je me promenais un peu partout à Sydney. Ça m’a permis de garder une bonne forme physique», dit-il à ce sujet.

Puis ça lui a permis de croiser des amateurs des Screaming Eagles ici et là.

«Je voulais demeurer en sécurité. Ça ne me tentait pas de courir le risque de retourner chez moi en Russie. Il aurait fallu que je voyage pendant plus de 24 heures, de m’arrêter dans trois ou même quatre aéroports. Ce n’est pas une bonne idée durant une pandémie.»