Jeune grand-mère âgée de 46 ans, Manon Osborne vient de battre un record québécois au 400 m chez les 45-49 ans. La marque tenait depuis 2010.
Jeune grand-mère âgée de 46 ans, Manon Osborne vient de battre un record québécois au 400 m chez les 45-49 ans. La marque tenait depuis 2010.

Une jeune grand-mère bat un record québécois

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
De belles histoires ont marqué la scène sportive jusqu’ici en 2020 malgré la COVID-19. La plus récente? La Gatinoise Manon Osborne est devenue coup sur coup grand-mère et une des femmes les plus rapides de l’histoire de l’athlétisme québécois.

La psychoéducatrice du Centre de services scolaire des Draveurs vient d’éclipser un vieux record sur piste au 400 m chez les 45-49 ans. Elle a parcouru la distance en 1:03.80, améliorant l’ancienne marque qui était de 1:03,98.

Ça se passait le week-end dernier à Montréal lors d’une série de courses.

«J’espérais le battre. C’est un record qui date de 10 ans. J’avais fait deux courses à Ottawa le mois passé. J’étais déjà à quelques dixièmes de seconde», explique la femme de 46 ans.

Osborne vise maintenant la marque provinciale au 200 m dans son groupe d’âge. Elle pourrait l’ajouter à son palmarès dès le week-end prochain lors d’un autre passage à Montréal.

«Je suis près du record. J’aimerais bien aussi celui au 800 m, mais je pense que ça va devoir attendre à l’an prochain.»

Son parcours rend son histoire encore plus intéressante.

Manon Osborne ne court sur piste que depuis octobre dernier. Auparavant, elle se tapait des courses sur route.

«J’ai commencé à courir à l’âge de 39 ans parce que mes deux filles étaient auparavant dans le programme sport-études en soccer. Je n’avais pas le temps pour m’entraîner», relate-t-elle.

«J’ai fait mon premier 10 km cette année-là à la Fin de semaine des courses d’Ottawa. Je pensais mourir. Je m’étais dit que ce serait facile, que je n’avais pas besoin d’entraînement!»

L’année suivante, ce fut son premier demi-marathon.

Puis pour souligner ses 42 ans, Osborne s’est offert sa première course de 42 km, prenant le départ d’un marathon.

«Ça devait être juste un marathon. Finalement, ma curiosité a été piquée. J’en ai fait cinq, dont le dernier l’automne passé.»

Son chrono lui a permis de se qualifier en vue du Marathon de Boston auquel elle pourrait prendre part en 2021.

Manon Osborne

Mais pour l’instant, son attention est tournée vers la piste, sa nouvelle passion.

«Lors des derniers Jeux olympiques, j’ai regardé les compétitions d’athlétisme à la télé. J’ai découvert Melissa Bishop. Son histoire m’a touché. Je me suis dit que ce serait le fun d’essayer la piste, particulièrement le 800 m. Mais j’étais trop occupée avec les marathons à l’époque», raconte celle qui a finalement pris contact avec le club d’athlétisme de Gatineau en octobre dernier.

Osborne voulait se joindre au groupe de l’entraîneur et ancien marcheur national, Donald Côté.

«Il m’a dit qu’il n’y avait que jeunes de 14 à 19 ans dans le club. Je lui ai répondu que c’est OK. J’étais prête à faire monter la moyenne d’âge!»

«Je suis psychoéducatrice. Je suis habituée à travailler auprès des jeunes. Je suis super à l’aise avec les jeunes. Ils m’ont taquiné au début, surtout que j’ai l’âge de leurs parents!»

Qui plus est, leur nouvelle coéquipière avait appris au même moment qu’elle allait devenir grand-mère en juillet 2020.

«J’avais des craintes au début. Je suis super compétitive. Je ne voulais pas terminer dernière. Mais je me suis améliorée rapidement en m’entraînant avec ces jeunes champions qui sont rapides.»

En plus de voir sa famille agrandir et s’offrir un record québécois, Osborne a pu rencontrer Bishop le mois dernier. Elle s’est même retrouvée au même départ que l’ancienne vice-championne du monde originaire de la région de la capitale nationale.

Leur parcours s’est croisé lors d’une étape des séries du crépuscule à la piste Terry-Fox, d’Ottawa.

«C’était un rêve. Comme un enfant de cinq ans qui se retrouve devant le père Noël. Quand j’ai vu qu’elle participait au 400 m, comme moi, j’ai capoté! Je n’aurais jamais pensé courir avec mon idole à mes premières courses à vie!»

La jeune grand-mère espère réaliser d’autres rêves.

«Ce serait trippant d’aller chercher d’autres records québécois et même canadiens. Je carbure à ça. Je sais que je n’irai jamais aux Jeux olympiques. Mais je peux participer aux championnats du monde des maîtres l’an prochain en Finlande.»