Le joueur de ligne défensive Marc-Antoine Claveau a soulevé avec fierté la Coupe Dunsmore entouré de ses coéquipiers en liesse.

Une 14e Coupe Dunsmore pour le R et O

Le soleil s’était couché et le mercure descendait sous zéro, mais les 13 345 partisans réunis au Stade Telus ont eu très chaud, en fin d’après-midi, samedi. Le Rouge et Or a dû résister à une quasi miraculeuse remontée des Carabins, dans la dernière minute du match, pour arracher la 14e Coupe Dunsmore de son histoire dans une victoire de 25-22.

«On était confiant qu’on pouvait les arrêter en fin de match. Ce n’était pas l’idéal, mais on a trouvé une façon de l’emporter. Des fois, c’est comme ça que ça fonctionne en séries éliminatoires. C’est cliché, mais je pense qu’il faut s’attendre à des matchs aussi serrés entre Rouge et Or et Carabins.»

Mathieu Betts, l’ailier défensif vedette du Rouge et Or, aurait difficilement pu mieux dire, samedi soir, dans les minutes suivant la conquête d’un deuxième titre provincial consécutif. En avance durant pratiquement tout le match, les hommes de Glen Constantin semblaient s’être assuré la victoire après un placement de David Côté leur donnant une avance de 25-14 avec 1:38 à faire au match. 

Penser que les Carabins baisseraient les bras était toutefois bien mal connaître la rivalité Québec-Montréal. Les Montréalais ont traversé le terrain rapidement, marquant sur une courte passe de Samuel Caron à Kevin Kaya avant de réussir le converti de deux points. 

En raison d’un temps mort appelé par le Rouge et Or et d’un hors-jeu, les Carabins ont ensuite repris trois fois leur tentative de botté court. Le vétéran botteur Félix Ménard-Brière, à son dernier match en carrière, a finalement offert d’un coup de pied parfait une chance à ses coéquipiers de reprendre le ballon au milieu du terrain. 

«C’était spécial comme fin de match. Des fois, tu penses être sous contrôle, mais quand ils essayent trois bottés courts, la loi de la moyenne, c’est qu’ils vont en réussir un», a pointé un Constantin visiblement soulagé après le match. 

C’est qu’avec 46 secondes à faire, l’offensive des Carabins a été incapable de s’approcher suffisamment pour tenter un placement. Deux punitions pour avoir retenu plus tard, les Bleus ont tenté un dernier jeu en vain, une longue passe incomplète du quart-arrière Caron qui a mis fin au match, déclenchant une explosion de joie dans les gradins et sur le banc du Rouge et Or. 

Les joueurs lavallois savourent leur victoire.

Grosse rivalité 

Pour la cinquième année consécutive, la Coupe Dunsmore se décidait par trois points ou moins entre Rouge et Or et Carabins. «Personnellement, je n’ai jamais rien expérimenté d’équivalent à cette rivalité-là. C’est une très bonne équipe bien entraînée, comme nous, alors ça se décide le jour du match», a reconnu le quart-arrière Hugo Richard, joueur par excellence au Québec cette saison. 

Le pivot s’est d’ailleurs attiré des fleurs de son entraîneur pou r une première demie, où il a notamment trouvé ses receveurs Marc-Antoine Pivin et Benoit Gagnon-Brousseau dans la zone des buts, menant les siens à une avance de 22-11 à la mi-temps. 

«On a contrôlé le jeu tout au long du match et on est content de s’en tirer avec la victoire, mais c’est sûr que ce n’est pas la fin de rencontre que l’on souhaitait», a avoué Richard, qui a terminé la rencontre avec 21 passes complétées en 29 tentatives pour 225 verges de gains, en plus de 59 verges au sol.

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Direction Calgary

Le Rouge et Or s’envolera vendredi matin pour Calgary, où il croisera le fer avec les Dinos en demi-finale canadienne pour l’obtention de la Coupe Mitchell. Le match revanche de la Coupe Vanier aurait toutefois pu ne jamais avoir lieu. C’est que les Dinos semblaient avoir perdu la Coupe Hardy aux mains des Thunderbirds de UBC, samedi. Avec quelques secondes à faire au match et installés au milieu du terrain, ils tiraient de l’arrière 43-41. Le botteur Niko DiFonte a toutefois joué les superhéros, bottant un placement de 59 verges — le plus long de l’histoire du football canadien — pour faire gagner les siens. En Ontario, Western a écrasé Wilfrid Laurier 75-32 et a, jusqu’à preuve du contraire, rendez-vous avec les Axemen d’Acadia, désignés champions de l’Atlantique. Les Huskies de Saint-Mary’s, disqualifiés en raison d’un joueur inéligible aligné cette saison, ont toutefois déposé une demande d’injonction.  

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Brian souhaite une Coupe Vanier à son frère Kean

Malgré la défaite, Brian Harelimana était fier de la résilience des siens. Après avoir eu de la difficulté à freiner Hugo Richard en première demie, le secondeur et la défensive des Bleus n’a concédé que trois points durant les deux derniers quarts. «Je suis extrêmement fier des gars. On s’est battu jusqu’à la dernière seconde et ça montre le caractère que l’on a dans le vestiaire», a expliqué celui qui a retourné un ballon échappé par Alarie-Tardif sur 38 verges pour un touché défensif au premier quart.

Son frère cadet Kean, fraîchement nommé recrue de l’année au Québec et évoluant pour le Rouge et Or, Brian Harelimana ne pouvait que lui souhaiter un championnat après l’élimination des siens. «Je vais regarder ses matchs et j’espère le meilleur pour lui. Je ne vais pas voter pour son équipe en tant que telle, mais pour lui c’est sûr.»  

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Même s’il a disputé son dernier match au PEPS, Vincent Alarie-Tardif garde en tête les deux derniers matchs de sa carrière universitaire, soit la Coupe Mitchell à Calgary et la Coupe Vanier à Hamilton.

Tension et émotions

«Sérieusement, ça a été la minute la plus longue de ma vie. J’ai angoissé. J’avais des émotions en moi que je n’avais jamais vécues. En fin de compte on est champion et maudit que ça fait du bien. Je vais m’en rappeler toute ma vie.»

Jouant son dernier match au Stade Telus dans l’uniforme du Rouge et Or, le finissant Louis-Gabriel Beaudet a eu peur, dans la dernière minute du match de samedi, de terminer sa carrière universitaire sur une défaite aux mains de l’ennemi juré. Cloué au banc avec le reste de l’offensive alors que les Carabins menaient une furieuse remontée, le gros bonhomme de Québec n’osait même pas regarder l’action. 

«Le match a duré trois heures et demie et pour moi ça a eu l’air d’une fraction de seconde. La  dernière minute, je suis superstitieux, alors je ne regardais pas. Quand je regarde, ça va pas bien, alors j’étais retourné et je crinquais la foule.

«Ça a vraiment été long, mais on est champion et c’est tout ce qui compte. Maintenant, on s’en va dans l’Ouest et on va continuer d’en profiter.»

Seul autre vétéran de cinquième année de l’équipe, l’ailier défensif Edward Godin était pour sa part sur le terrain durant cette dernière minute fatidique. «Je n’ai même par regardé l’horloge durant notre dernière séquence défensive. Je gardais les yeux sur la cible et j’espérais que le temps coule vite.»

Sacrifices

Beaudet et Godin ont mené leurs coéquipiers sur le terrain, samedi, et ce dernier avoue que le moment était émotif. «J’ai pensé à tous les sacrifices que tout le monde a faits pour moi pour que je sois ici aujourd’hui. J’étais ému. Ça passe tellement vite une carrière universitaire, ça n’a pas de bon sens. 

À leur quatrième saison à Laval, Vincent Alarie-Tardif et Antony Dufour ont également joué leur dernier match au PEPS, eux qui seront trop vieux, à 25 ans, pour le football universitaire l’an prochain. À cela s’ajoute le secondeur Daniel Tshiamala, qui avait transféré à Québec l’an dernier après trois saisons dans les Maritimes.

 «Je commence à le réaliser. C’est dur, mais il reste encore deux matchs», a lancé Alarie Tardif après le match, fort d’une récolte de 123 verges en 24 portées. 

Chez les Carabins, le quart-arrière Samuel Caron a terminé sa carrière devant plusieurs membres de sa famille, lui qui est originaire de la Rive-Sud de Québec. Revenu chez les Bleus la saison dernière après un an loin du football, il a excédé les attentes de plusieurs.

Visiblement déçu de la défaite, le Lévisien s’est toutefois rapidement éclipsé sans parler aux journalistes, samedi. Il a terminé son match avec 28 passes complétées en 45 tentatives  pour 306 verges, un touché et une interception.

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Maciocia content malgré la défaite

«Quand tu perds, la douleur est toujours la même. C’est un bon match, on s’est donné une chance à la fin, mais malheureusement il manquait un peu de temps. La deuxième demie, c’est probablement la meilleure demie que l’on a jouée ici depuis plusieurs années.» Danny Maciocia se disait content de l’effort des siens, après la défaite crève-cœur de samedi, mais il s’est mordu les lèvres lorsqu’on lui a demandé de commenter le travail des officiels. Le pilote des Bleus pouvait vivre avec les multiples punitions pour rudesse après le jeu qu’a écopé sa défensive en première demie, mais les trois punitions pour avoir retenu, dans la dernière minute du match, semblaient passer de travers.

«Les punitions à la fin, je ne peux pas l’expliquer. Je ne sais pas quoi vous dire. Ça ne donne absolument rien de revenir là-dessus», a dit Maciocia, qui a salué la carrière de plusieurs vétérans marquants de son programme. Samuel Caron et le botteur Félix Ménard-Brière jouaient notamment leur dernier match en carrière. «Ce sont des modèles pour nous comme étudiants et athlètes. Il y a toujours une fin, malheureusement, mais ils vont toujours faire partie de la grande famille Carabins.»