Patrice L’Heureux après sa victoire contre Stéphane Tessier, en 2007.

«Un monument nous a quittés»

Trois-Rivières — La communauté sportive de la Mauricie et l’univers québécois de la boxe sont en deuil depuis quelques heures, à la suite du décès soudain du Shawiniganais Patrice L’Heureux. L’ex-champion canadien des poids lourds a été retrouvé inanimé par son épouse à leur chalet, à Saint-Tite.

L’Heureux, 46 ans, avait assisté au gala de boxe samedi soir au Centre Vidéotron de Québec en compagnie de son ami Roger Lavergne. Ce dernier, qui lui avait permis en 2005 et 2006 de se battre dans son patelin, à l’aréna de Grand-Mère puis à l’aréna Jacques-Plante, était évidemment assommé par la tournure des événements.

« J’ai l’impression d’être en plein cauchemar. Nous étions ensemble pas plus tard que samedi à la boxe. On planifiait un voyage en Floride pour ma fête. Je suis dans les câbles actuellement. Je ne peux pas croire que mon ami Patrice est parti », confiait le président des Cataractes. « Les gens vont se souvenir du boxeur. Mais ce qu’il faut dire, c’est qu’il était d’abord et avant tout un gentleman et un bon vivant. Il aimait tellement jouer des tours, faire des blagues. Il s’amusait dans la vie. C’est un départ qui va attrister beaucoup de gens. Un monument nous a quittés. »

Le promoteur Yvon Michel, avec qui L’Heureux a fait carrière, était lui aussi atterré par la nouvelle. « C’était une bonne personne, authentique, qui a performé jusqu’au maximum et même au-delà de son talent par sa détermination, par sa volonté à être le meilleur qu’il pouvait être. Il a connu une superbe carrière, autant chez les amateurs que chez les professionnels », a-t-il souligné.

Le boxeur avait fait ses débuts avec Alexandra Croft et tous deux ont rejoint l’équipe du Groupe Yvon Michel dans les années 2000. Selon M. Michel, son ancien protégé est toujours resté en contact avec lui.

Patrice L’Heureux avec le promoteur Yvon Michel et sa famille, au Festival western de Saint-Tite, en septembre dernier.

« Pendant le Festival de Saint-Tite, il y a trois semaines, j’étais chez lui avec ma famille, on a passé la journée ensemble. Il portait même un chandail Groupe Yvon Michel qu’on lui avait donné peut-être 10 ans avant ! Il est toujours resté près de nous, il faisait partie de nos familles [Alexandra et moi]. »

M. Michel a indiqué qu’un hommage sera rendu au boxeur lors du combat de championnat du monde entre Adonis Stevenson et Oleksandr Gvozdyk qui aura lieu le 1er décembre prochain, au Centre Vidéotron, à Québec. « On a pas mal d’images de ses combats, alors on va faire une vidéo pour l’honorer », a-t-il promis.

Le Groupe Yvon Michel a aussi annoncé qu’un compte de 10 serait fait en son honneur lors d’un gala au Casino de Montréal, le 20 octobre prochain.

Un « gentil géant »
Outre son talent pour la boxe, Patrice L’Heureux aura marqué ses proches et même ses adversaires par sa générosité et son grand cœur. « Je garde le souvenir d’un homme généreux, d’un gentil géant, a indiqué l’ex-boxeur trifluvien David Cadieux, que L’Heureux a affronté à plusieurs reprises au cours de sa carrière. C’est quelqu’un que j’admirais, que je respecte énormément. »

M. Cadieux se rappelle notamment de la générosité de son rival lorsqu’il avait fait don à la Fondation En Cœur de la bourse de 5000 $ qu’il avait gagnée lors d’un combat à Trois-Rivières, il y a une quinzaine d’années. « Il avait fait don de sa bourse alors qu’on connaît les risques en boxe professionnelle, tu peux te faire maganer pas mal. Ça m’avait impressionné, c’était un homme de grand cœur, d’une générosité exemplaire de son portefeuille, mais de sa personne aussi. »

Après une belle carrière chez les amateurs, L’Heureux a boxé durant une décennie chez les professionnels, majoritairement sous les ordres de Jim Girard. En 2005, il a réussi à mettre la main sur le titre canadien des poids lourds, devenant le premier Québec en plusieurs décennies à y arriver. En 2006, il a rempli l’aréna Jacques-Plante dans une collision avec le Trifluvien David Cadieux, qui l’a battu pour s’emparer de la ceinture nationale. Les deux géants de la Mauricie ont disputé un deuxième combat un contre l’autre six mois plus tard et Cadieux a encore eu le dessus. L’Heureux a disputé six autres combats avant de mettre un terme à sa carrière en 2010, s’inclinant notamment devant le champion du monde Alexander Povertkin.

Son palmarès professionnel s’établit à 24 victoires en 30 sorties. Au-delà des victoires et des défaites, Le Granit était devenu un chouchou des amateurs de boxe au milieu des années 2000, grâce à son charisme et à son cœur dans le ring. Avec Matthieu Max-Gessler, Le Nouvelliste