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Le Gatinois Anthony Tsegakele a été un choix de première ronde des Bandits de Fraser Valley, mercredi, lors du repêchage de la Ligue canadienne élite de basket-ball.
Le Gatinois Anthony Tsegakele a été un choix de première ronde des Bandits de Fraser Valley, mercredi, lors du repêchage de la Ligue canadienne élite de basket-ball.

Un Gatinois repêché en première ronde dans la CEBL

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
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Anthony Tsegakele n’avait jamais joué au basket-ball avant son arrivée en troisième secondaire à la polyvalente Nicolas-Gatineau. Huit ans et demi plus tard, il devient un choix de première ronde de la Ligue canadienne élite de basket-ball (CEBL), ce jeune circuit qui entamera sa troisième saison en juin.

Les Bandits de Fraser Valley ont sélectionné l’ailier de six pieds six pouces au sixième rang, mercredi après-midi. Tout ça après que le jeune homme aux racines congolaises eut disputé une seule saison universitaire à Brandon, au Manitoba, conservant une moyenne de 17,4 points, 11,9 rebonds et 1,1 vol de ballon par match en 2019-2020.

Des statistiques qui lui avaient valu d’être finaliste au titre de recrue de l’année au pays.

«C’est une journée excitante. C’est une autre bonne étape dans mon cheminement», a noté Tsegakele au bout du fil.

L’étudiant-athlète âgé de 21 ans rêve de jouer pro depuis sa sortie de l’école secondaire en Outaouais. Se retrouver chez les Bandits, d’obtenir l’occasion d’évoluer dans la CEBL, s’avère un premier pas vers une éventuelle carrière en Europe comme Olivier Hanlan et les frères Scrubb.

Ce circuit de sept équipes, qui compte les BlackJacks d’Ottawa, s’avère la principale ligue professionnelle au Canada. Il est reconnu par la FIBA.

«Tu as des gars qui ont déjà joué dans la NBA, la G-League et l’EuroLeague», a rappelé Tsegakele.

La CEBL oblige chaque équipe à aligner un joueur actif ou récemment diplômé des rangs universitaires canadiens.

Anthony Tsegakele rêve de jouer pro depuis sa sortie de l’école secondaire en Outaouais.

Dans le cas de Tsegakele, il retournera chez les Bobcats de Brandon à la fin de la prochaine saison des Bandits. Il ne touchera aucun salaire afin de préserver son admissibilité universitaire. L’équipe lui versera plutôt une bourse académique.

«C’est une opportunité intéressante pour un jeune comme moi afin d’acquérir de l’expérience et me préparer quand je passerai éventuellement chez les pros», a-t-il fait valoir.

«On ne m’a pas choisi pour juste compléter l’alignement. J’ai de bonnes chances de jouer. C’est à moi de m’assurer que je suis prêt, que ce soit pour cinq, dix ou 15 minutes par match.»

Ce qui le motive?

Les bottines suivent les babines dans la CEBL. Il suffit de penser aux BlackJacks qui ont fait confiance à leur choix de deuxième ronde en 2020, Lloyd Pandi, l’été dernier durant le tournoi estival du circuit.

Pandi, qui était le joueur le plus jeune sur le terrain, a réussi à conserver une moyenne de 8,3 points par match tout en obtenant plus de 22 minutes de jeu par partie.

«Son histoire est inspirante. Il a eu un impact. Et j’ai eu la chance de lui jaser lors du gala des prix universitaires. Il est aussi originaire du Congo comme moi.»

«Pourri» à ses débuts

L’histoire de Tsegakele, l’aîné d’une famille de trois enfants, s’avère tout aussi intéressante.

Le Gatinois Anthony Tsegakele 

Que ce soit en raison de ses quatre années passées au Cégep de Thetford Mines, l’alma mater du joueur des Raptors de Toronto, Chris Boucher. Ou le fait qu’il a assumé des responsabilités familiales plus importantes dès l’âge de huit ans lorsque son père, un ancien joueur de soccer à l’Université de Moncton, est décédé.

Ou sa progression rapide pendant ses trois saisons chez les Phénix de Nicolas-Gatineau.

«Je pense encore à mon parcours à l’école secondaire. Je n’oublierai jamais ce que le coach, Sébastien Crête, a fait pour moi. Il aurait pu facilement décider de ne pas prendre dans son équipe un gars qui n’avait jamais joué. Il m’a donné une chance.»

Tsegakele s’était retrouvé aux essais des Phénix à la rentrée scolaire 2012-2013 après avoir croisé par hasard un joueur de l’équipe à ses premières journées à la polyvalente. Il venait d’arriver à Gatineau après un séjour au Nouveau-Brunswick où il pratiquait le volley-ball.

«Je ne connaissais personne ici. Cet élève-là a vu que j’étais grand. Il me disait que l’équipe de basket était petite, que ça serait une façon pour moi de me faire des amis. J’ai appelé ma mère sur l’heure du dîner pour savoir si je pouvais tenter ma chance.»

Maman Patricia n’a pas eu à se faire tordre le bras longtemps. Elle s’était déjà taillé une place durant sa jeunesse au sein de l’équipe nationale du Congo.

«J’étais au pourri au camp, mais j’ai travaillé fort. Je n’avais pas beaucoup d’habiletés, mais j’étais grand, long et athlétique.»

Combattre les injustices raciales

Son histoire, c’est également celle d’un jeune activiste qui s’est retrouvé à l’émission «Outside the Lines» d’ESPN l’automne dernier. On ne voulait pas lui jaser de ses prouesses sportives, mais plutôt ses démarches afin de sensibiliser les étudiants à Brandon, mais ailleurs sur les autres campus au pays, au sujet des injustices raciales au Canada dans la foulée du mouvement «Black Lives Matter».

Anthony Tsegakele avait produit une vidéo de trois minutes avec d’autres étudiants-athlètes au Manitoba, dont un joueur de basket membre des Premières nations, dans lequel ils relataient à quoi ressemble le racisme au nord de la frontière, offrant des exemples concrets. Cette intervention diffusée sur les médias sociaux avait retenu l’attention du réseau de télé américain.

«Nous n’avons pas fait une vidéo juste pour le plaisir d’en faire une. En tant qu’athlètes, nous avons accès à une plateforme pour provoquer des changements. C’est à nous de nous en servir. Ça commence dans notre université. Puis dans notre communauté. C’est comme ça que tu finis par obtenir de vrais changements. Nous avons fait ça pour de bonnes raisons.»