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Un dernier tour de piste sans saveur
LHJMQ
Un dernier tour de piste sans saveur
La LHJMQ a été en mesure de tenir une saison pour les 18 équipes de sa ligue malgré la pandémie en 2020-21, mais les matches des 12 équipes du Québec ont été disputés à huis clos, loin des regards attentifs des partisans, mais aussi des parents des joueurs. Les parents de Tristan Luneau, premier choix au repêchage 2020 de la LHJMQ, et de Jean-Gabriel Pageau, qui dispute la première saison complète de sa carrière loin de la maison nous parlent de leur réalité et de ce qu’ils ont manqué dans la dernière année. Si Luneau et Pageau pourront renouer avec l’énergie de la foule dans les prochaines années, ce n’est pas le cas de tous les joueurs de 20 ans comme Jason Horvath qui termine sa carrière junior sans véritable tournée d’adieu.
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Un dernier tour de piste sans saveur

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Un dernier tour de piste sans saveur

Jean-François Plante
Jean-François Plante
Le Droit
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Jason Horvath a l’habitude d’être loin de ses proches pour poursuivre son rêve de faire carrière au hockey.

À 15 ans, le défenseur natif de Russell s’est exilé à Toronto pour jouer au hockey midget AAA. À 16 ans, il a porté les couleurs de l’Intrépide de Gatineau. Repêché au troisième tour par les Cataractes de Shawinigan en 2017, il a passé les deux saisons suivantes en Mauricie avant d’être échangé au « paradis » du hockey junior canadien à Halifax.

À 20 ans, le Franco-Ontarien écoule déjà sa dernière saison dans la LHJMQ. Comme Métis Roelens, Kyle Havlena et Andrew Coxhead chez les Olympiques de Gatineau, ce dernier tour de piste a perdu de sa saveur en raison de la pandémie qui sévit partout dans le monde.

S’il est reconnaissant d’avoir pu disputer 42 matches avec les Mooseheads de Halifax jusqu’à maintenant, Horvath avoue qu’il lui a manqué plusieurs éléments pour faire des adieux convenables.

« La saison n’a pas été facile. Ma famille était venue me voir quatre ou cinq fois à Halifax l’an dernier. Mes parents sont venus une fois cette année, mais ils ont dû faire une quarantaine de 14 jours à leur arrivée. Ils sont restés trois semaines pour me voir. Dans les Maritimes, il y a peu de cas de Covid-19 et nous avons la chance de jouer devant des partisans, mais ils ne sont pas nombreux. Nous avons 1500 personnes à nos matches alors que nous en avons souvent 9000 à 10 000. Nous ne pouvons même pas signer des autographes aux enfants. Nous n’avons pas de contacts avec les partisans », a dit celui qui a récolté 18 points en 42 matches.

À 20 ans, Horvath aurait aimé faire une dernière tournée des amphithéâtres de la LHJMQ.


« Nous n’avons fait aucun voyage au Québec. Il y a des places où j’aurais aimé jouer à nouveau. La dernière année junior est censée être spéciale, mais les règles ont été restrictives et nous avons joué presque toute l’année contre les deux mêmes clubs. »
Jason Horvath

Les Mooseheads ont disputé 42 matches cette saison, dont 18 contre les puissants Islanders de Charlottetown et 16 contre les Eagles du Cap-Breton, leurs rivaux de la Nouvelle-Écosse. Ils ont été limités à trois duels contre Bathurst et Saint-Jean. Ils ont affronté Moncton à deux reprises avant la fermeture de la bulle atlantique, forçant les Mooseheads à jouer contre la seule autre équipe de leur province et celle de l’Île-du-Prince-Édouard.

« Il y a quelques jours, nous étions excités. La bulle atlantique devait ouvrir, mais ils viennent de repousser la date. Nous avions hâte de revoir les équipes du Nouveau-Brunswick. Ça commence à brasser pas mal contre les Islanders. »

Dans le dernier match, sept joueurs ont été suspendus après avoir été impliqués dans des bagarres qui ont mené à du grabuge.

« Nous venons de jouer cinq matches de suite contre les Islanders. Nous ne nous aimons pas beaucoup. C’est ce qui arrive quand tu es toujours confronté aux mêmes adversaires. »

Dans les Maritimes, les Islanders dominent le classement avec une fiche de 33-5-0. Bathurst (19-10-2) et Saint-Jean (15-12-4) suivent et Halifax (15-18-9) pointe au quatrième rang.

Les Mooseheads et les Eagles (12-24-1) sont en reconstruction et servent essentiellement de faire-valoir à l’équipe de Charlottetown.

« Je pense que nous pourrions les surprendre en séries. Ils ont un club redoutable, mais si nous nous tenons en équipe, nous aurons une chance », a expliqué celui qui porte un « A » sur son chandail à sa dernière année junior.

Mieux que rien

La division des Maritimes doit mettre fin à sa saison régulière le 4 mai.

Malgré tout, Horvath assure que les sacrifices de la dernière saison ont valu le coût.

« J’aime mieux affronter le même club chaque jour que de ne pas jouer du tout. En Ontario, ils n’ont pas eu de saison. Dans l’Ouest, ils viennent à peine de commencer. Nous avons été chanceux dans le contexte actuel. »

Sa carrière dans la LHJMQ tirant à sa fin, Horvath pourra bientôt regarder vers l’avenir. Il a reçu des offres universitaires et chez les professionnels.

« Chaque chose en son temps. Je ne suis pas prêt à prendre une décision. »

Une grande tournée pour la famille Luneau?

Olympiques

Une grande tournée pour la famille Luneau?

Jean-François Plante
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Le Droit
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Les joueurs de la LHJMQ se sont imposé plusieurs sacrifices pour avoir une saison malgré la pandémie. Pour les parents de ces acteurs principaux, le simple fait d’être tenus à l’écart des amphithéâtres du circuit Courteau représente un sacrifice de privation.

Les parents de Tristan Luneau s’ennuient tellement d’assister aux premiers pas de leur garçon au hockey junior que le père a eu le temps de cultiver le rêve de faire une grande tournée la saison prochaine.

«Je m’ennuie tellement du hockey et des arénas que j’ai même pensé prendre une année sabbatique pour faire le tour de tous les amphithéâtres de la ligue l’année prochaine ! Ça serait une belle façon de me reprendre pour tout ce que j’ai manqué», lance Dominic Luneau, mi-sérieux, mi-blagueur.

Ingénieur dans l’industrie des pâtes et papiers, Dominic Luneau est père de quatre garçons. Quatre athlètes. Samuel a joué au football universitaire. Maxime est gymnaste et voyage à travers le monde avec l’école nationale de cirque. Les deux plus jeunes sont des joueurs de hockey. Tommy a été repêché par les Remparts de Québec. Le cadet, Tristan, a été le premier choix du repêchage 2020 de la LHJMQ.

Sur le calendrier familial, les cases libres ont été rares chez les Luneau depuis une douzaine d’années, mais cette saison, c’est le calme plat. Dominic et Nadia Luneau doivent rester à la maison et fixer un écran pour suivre la première année de la carrière junior de Tristan chez les Olympiques de Gatineau.

C’est un sacrifice nécessaire, mais douloureux.

«Moralement, je n’ai pas le droit de me plaindre. Les jeunes dans la LHJMQ s’imposent plein de sacrifices cette saison pour pratiquer leur sport. Les jeunes ont tellement une bonne attitude. Ils m’impressionnent. Tristan ne se plaint pas. Il est bien installé dans sa pension. Il progresse comme joueur. Il joue des matches. Il est heureux à Gatineau. Comme parent, c’est rassurant.»

Sauf que Dominic et Nadia adorent le hockey. Le père dit n’avoir raté qu’une poignée de matches pendant les carrières de Tommy et Tristan.

«Dans le midget AAA, je pense qu’il n’y a qu’à Amos où nous n’avons pas suivi nos garçons. C’est un gros changement pour nous. Avec quatre garçons, nous avions l’habitude d’avoir une maison pleine. Quand les plus vieux sont partis, ce n’était pas si pire. Il nous restait trois gars, puis deux. À la fin, il ne restait que Tristan. Maintenant, nous sommes seuls. On rêvait d’avoir un ou deux week-ends de libres. Maintenant, avec la pandémie et la maison vide, ils sont tous libres !»

Dominic Luneau n’est donc pas différent des autres pères. Il trouve pénible de ne pas pouvoir voir son fils en action sur place.


« C’est vraiment plus dur qu’on pensait. On suit la webdiffusion, mais ce n’est pas pareil. »
Dominic Luneau

«Le caméraman suit la rondelle, mais je perds le fil de ce qui se passe ailleurs sur la glace. C’est sûr que j’ai souvent les yeux rivés sur Tristan, mais des fois, je veux voir ce que font les autres. Je m’ennuie de l’ambiance générée par la foule. Je m’ennuie du son de hockey et de l’odeur des arénas. Nous avions hâte de vivre ça. C’est quelque chose de jouer au hockey junior majeur. Notre fils joue sa première année junior et nous ne pouvons pas le voir. Le reste de la famille et nos amis non plus», raconte le Victoriavillois qui brûle d’envie de voir son fils évoluer au Colisée Desjardins.

Les Luneau peuvent se consoler à l’idée que Tristan n’a que 16 ans et qu’il a une belle carrière devant lui. Dominic Luneau se désole quand même pour les parents dont les enfants achèvent leurs carrières.

«Les parents de Métis Roelens et Kyle Havlena doivent être déchirés. Leurs carrières se terminent cette année. Comme Tommy est né en 2001, aussi bien dire que nous connaissons beaucoup de joueurs nés entre 2000 et 2004 qui évoluent dans la ligue. Nous aurions aimé voir ça. Il y a aussi un match à Guertin que j’aurais aimé voir. J’ai tellement entendu parler que ça pouvait être intimidant pour l’adversaire de jouer à Guertin avec les gradins bien remplis.»

Une grande tournée en 2021-22 ? Pourquoi pas?

Les Pageau rivés à leur écran

Olympiques

Les Pageau rivés à leur écran

Jean-François Plante
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Le Droit
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Jean et Yda Pageau sont des parents chanceux. Ce n’est pas comptabilisé dans les livres de la LNH, mais ils détiennent probablement le record des parents qui ont eu le moins de chemin à faire pour suivre la carrière leur fils.

Élevé à Hull près du centre Robert-Guertin, Jean-Gabriel Pageau a eu l’avantage de grandir dans une ville à proximité d’une équipe de hockey midget AAA. Il a ensuite été repêché par les Olympiques de Gatineau où il a fait carrière à quelques pas de chez lui pendant trois ans et demi avant d’aller terminer son stage junior à Chicoutimi.

Pour suivre la tendance, il a aussi été repêché par les Sénateurs d’Ottawa et c’est dans l’organisation la plus près du domicile familial que Jean-Gabriel Pageau a disputé ses huit premières saisons au hockey professionnel.

Ce n’est pas mêlant, pendant 12 ans, Jean Pageau aurait pu prendre son vélo pour ne rien manquer des matches locaux de son fils. Cette séquence a pris fin abruptement en février 2020 quand Jean-Gabriel a été échangé aux Islanders de New York.


« Nous n’avons pas manqué beaucoup de matches locaux, Yda et moi ! Cette année, Jean-Gabriel est à New York. Avec la pandémie, c’est différent. Si nous n’étions pas abonnés au NHL network, nous n’aurions rien vu. »
Jean Pageau

Les Pageau se sont rendus à Long Island à quelques reprises pour assister à des matches des Islanders avant l’arrivée de la Covid-19, mais ils ne croient pas trop en leurs chances de voir leur fils en chair et en os cette saison.

« Il y a trop de contraintes. Les Islanders peuvent seulement ouvrir à 10 % de leur capacité assise. Il y aurait une quarantaine de 14 jours à faire à notre retour. Nous sommes vaccinés, ma femme et moi, mais je ne suis pas certain que le club va encourager les familles à entrer dans la bulle très étanche des joueurs. Jean-Gabriel et sa femme (Camille) ont été vaccinés il y a deux semaines, mais ils doivent encore suivre des protocoles serrés. Ils vivent dans un monde isolé. Camille peut assister aux matches, mais elle doit être seule dans sa section et porter un masque. Elle ne doit pas bouger. Il n’y a pas de salon pour les joueurs ou leurs épouses. Ils ne servent pas des repas. Ce n’est pas évident. »

Jean-Gabriel Pageau a beau avoir 28 ans maintenant, Jean Pageau souligne que les parents s’inquiètent toujours pour leurs enfants.

« Peu importe l’âge, un parent aura toujours des inquiétudes. Avec la Covid-19, nous avons peur des séquelles. Jean-Gabriel a subi un faux test positif cette année. Nous avons eu peur. Et puis Jean-Gabriel est bien installé maintenant. Nous aimerions aller voir ça. Heureusement, nous avons FaceTime pour garder le contact. Mes enfants m’ont montré comment ça marchait ! »

Pour l’instant, Jean et Yda se contentent de regarder des matches à la télévision, mais quand la pandémie sera terminée, le couple aimerait ajouter quelques amphithéâtres de la LNH à sa liste à visiter. Ils en ont fait une dizaine jusqu’à maintenant.

« Nous avons hâte que la pandémie soit finie pour retourner à l’aréna. La télévision, c’est bien. Dans le junior, Luc Chénier était bien excitant à la webdiffusion, mais il n’y a rien comme être sur place pour les parents, les partisans et même les journalistes. L’ambiance était électrique quand j’ai vu un match entre les Rangers et les Islanders l’an dernier. Les joueurs s’ennuient aussi de ça. »