La chanteuse Shania Twain a fait son entrée dans un traîneau tiré par des chiens.

Traditions canadiennes

CHRONIQUE / On a tous pensé la même chose quand Shania Twain s’est présentée sur le terrain glacé de la Place TD dans un traîneau tiré par des chiens.

Il n’y a rien, mais rien de plus Canadien que ça.

C’est vrai que l’image était amusante. C’était le clou d’une soirée où on avait déjà été bombardés. Parce que l’identité canadienne, les symboles canadiens et la tradition sont souvent plus importantes que le football, à la Coupe Grey.

Y a-t-il quelque chose de plus important que la tradition, à la Coupe Grey ?

En toute fin de soirée, quand j’ai fini par trouver Cassius Vaughn, il était assis au bout de l’estrade sur laquelle les Argonauts venaient de recevoir leur trophée.

Vaughn n’est pas Canadien. Du tout. Il est Américain. Il a grandi dans le Sud. Il ressemble, en tous points, à l’image qu’on se fait des joueurs qui proviennent du sud des États-Unis.

Avant de l’apercevoir, je l’ai entendu crier.

« Tout le monde disait que nous n’avions rien à faire ici ! Toute la semaine, des gens des médias m’ont dit que nous n’avions pas la moindre chance de battre Calgary. Et puis ? Aviez-vous raison ? Croyez-vous que vous aviez raison ? Non ! Nous étions à notre place ici et nous avons remporté cette partie ! »

Il faut dire qu’il avait gagné le droit de se faire aller le mâche patates de cette manière.

Quand les Stampeders ont échappé le ballon à la porte des buts, sur la séquence où ils pouvaient briser les reins de leurs adversaires, c’est lui qui l’a ramassé.

Il a ensuite sprinté sur 110 verges avant de marquer le touché qui a changé l’allure du match ?

« Moi ? Je n’ai fait que réaliser un jeu de football alors que Dieu était de mon côté », a-t-il résumé.

Cette façon de s’exprimer n’est pas typiquement canadienne. Réussir un gros jeu au quatrième quart pour changer l’allure d’un match, en revanche...

Si une chose, une seule, définit la Ligue canadienne, c’est bien ça.

Une rumeur courait, la semaine dernière. Apparemment, quelques anciens joueurs des Renegades d’Ottawa ont profité de la semaine de la Coupe Grey pour revenir faire un tour dans la capitale. On a entendu dire qu’un projet de retrouvailles était dans les cartons.

Si elles ont eu lieu, ça s’est fait discrètement. À l’image de cette formation moribonde qui a été dissoute après quatre petites saisons.

Je pensais aux Renegades et à leurs propriétaires, dimanche, quand je faisais le tour du festival des partisans dans le Glebe.

Comme chaque année, on trouvait des partisans de toutes les équipes dans la foule. C’est la tradition.

On avait surtout rarement vu autant de chemises, de tuques, de foulards et de chandails à carreaux rouges et noirs dans un rayon d’un KM.

Dans une ligue riche en coutumes et traditions, les bûcherons d’Ottawa sont véritablement en train de s’incruster.

Parlant de nouvelles traditions, je dois lever mon chapeau à ma jeune et intrépide collègue Kim Vallière.

La spécialiste du football de Radio-Canada m’avait lancé le défi de marcher jusqu’au centre du terrain de BMO Field, à 90 minutes du botté d’envoi, l’an dernier.

« Si je réussis à me rendre jusqu’au centre sans me faire intercepter, tu devras me suivre et prendre un selfie avec moi », qu’elle m’avait lancé.

Ça nous avait donné un fichu beau souvenir.

« Il va falloir se montrer créatifs, m’a écrit Kim en fin d’après-midi, dimanche. Cette année, les journalistes n’ont même pas accès au terrain. »

Je lui faisais entièrement confiance.

Il fallait d’abord passer outre le pas trop souriant gardien de sécurité à la porte. Elle a gentiment demandé au directeur des communications du Ottawa Sports and Entertainment Group, Graeme Ivory, de nous accompagner.

Fallait surtout marcher sur le terrain alors que la période d’échauffement débutait.

Un responsable des officiels de la LCF traînait dans les parages. En lui demandant avec le sourire, Kim a obtenu la permission de s’aventurer parmi les joueurs.

On a dérangé beaucoup de gens importants pour obtenir le droit de prendre un selfie.

C’était la Coupe Grey.

Rien n’est plus important que la tradition, à la Coupe Grey.