Les défunts Lynx avaient retiré le numéro 24 de F.P. Santangelo en 1998. Ce dernier possède le record de franchise avec 86 points marqués en 1993.
Les défunts Lynx avaient retiré le numéro 24 de F.P. Santangelo en 1998. Ce dernier possède le record de franchise avec 86 points marqués en 1993.

Toujours un Lynx d’Ottawa

RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS ? / Seulement deux numéros ont été retirés dans l’histoire des défunts Lynx d’Ottawa, dont le sien.

Frank-Paul Santangelo se souvient encore de la cérémonie qui s’était déroulée au stade du chemin Coventry. Le même endroit où il était un favori de la foule. On lui avait remis un cadre avec le dossard 24. Ça se passait à l’été 1998 pendant un court séjour de remise en forme dans les mineures.

La pièce de collection se trouve accrochée au mur de sa résidence principale à Sacramento, en Californie, à plus de 4500 kilomètres de la capitale canadienne. Le reste de ses souvenirs reliés à sa carrière de joueur de baseball est entreposé chez ses parents.

« Mes années passées à Ottawa puis à Montréal chez les Expos furent très spéciales », avoue le joueur d’utilité qui était simplement surnommé F.P.

Santangelo a passé trois saisons au niveau AAA dans l’uniforme des Lynx de 1993 à 1995 avant de faire le saut dans les ligues majeures pour sept étés consécutifs. Il y a eu ces années dans la métropole québécoise, puis des arrêts à San Francisco, Los Angeles et Oakland.

À 5’10’’ et 165 livres, il n’avait rien d’un gros cogneur. En 347 parties chez les Lynx, il n’a frappé que 11 circuits. En revanche, son uniforme était souvent plus brun que blanc à la fin d’un match.

« Je pense que les gens m’aimaient au Canada car je jouais au baseball avec la mentalité d’un hockeyeur. Je n’avais pas peur de me salir et courir à vive allure. Je n’étais pas le meilleur. J’étais petit, mais je travaillais sans relâche. Les amateurs avaient l’impression d’en avoir pour leur argent. »


« Je voulais tellement me retrouver sur les sentiers. J’étais prêt à tout. »
Frank-Paul Santangelo

À quel point Santangelo était-il prêt à sacrifier son corps pour aider ses équipes à gagner ? Il a été atteint 25 fois par des lancers adverses en 1997. Un record des ligues majeures qui tient toujours pour un frappeur ambidextre durant une saison.

« Une marque anodine qui se trouve au Temple de la renommée. Je peux te dire que j’en paie le prix aujourd’hui avec des maux un peu partout, affirme l’Américain âgé de 52 ans. Je voulais tellement me retrouver sur les sentiers. J’étais prêt à tout. Si le lanceur décidait de lancer à l’intérieur, je laissais la balle m’atteindre. »

Jamais on ne le voyait en faire un drame. Jamais il ne se plaignait en trottant vers le premier but.

« Je ne voulais pas offrir cette satisfaction au lanceur adverse. Mais je peux confirmer que ça faisait mal en maudit ! Souvent, j’avais encore de la glace sur mon corps une heure après la partie. »

Santangelo se trouvait dans sa maison secondaire en banlieue de Washington au moment de l’entretien téléphonique. Il fait maintenant carrière dans la capitale américaine à titre d’analyste aux matches des Nationals au petit écran.

Ça devait être sa 10e saison à l’emploi de l’organisation. La COVID-19 a mis tout ça sur pause.

« C’est la première fois en 30 ans que je suis impliqué dans le baseball que je ne suis pas au stade... Ça fait bizarre. Il est 18 h. En temps normal, je serais en train de me préparer en vue d’un match et non de préparer le souper ici à la maison », note-t-il, un brin triste.

« J’ai hâte à la relance. Ça m’importe peu que je doive travailler à partir d’un studio ou de la galerie de presse. Tant qu’on a droit à des parties à nouveau, que les Nationals puissent entamer la défense de leur titre de champions des Séries mondiales. »

Un défi attendra le père de famille de deux jeunes adultes. Les parties risquent d’être disputées devant des gradins vides. Ça sera tranquille sans les cris, les encouragements et huées de la foule.

« Ce sera à nous, en ondes, de créer de l’énergie. »

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UN CLIN D'OEIL À FELIPE ALOU

Lors de chaque match des Nationals au petit écran, F.P. Santangelo rend hommage à un homme bien connu au Québec.

L’ancien gérant des Expos, Felipe Alou, a marqué sa carrière. «Même ma vie. Oui, il m’a tout enseigné au baseball, mais il m’a aussi montré à devenir un adulte», explique Santangelo.

«J’ai joué sous ses ordres à Montréal, mais aussi dans les ligues mineures. Felipe disait toujours la même phrase dans l’abri quand notre équipe obtenait un premier coup sûr : voilà le match sans point ni coup sûr qui disparaît. À ma deuxième saison en onde à Washington, j’ai lancé la même boutade à un certain moment quand un frappeur des Nationals a frappé en lieu sûr. Les gens croyaient à une blague, mais c’était ma façon de faire un clin d’œil à un homme spécial.»

Ces mots font partie maintenant du folklore sportif à Washington. Au même titre que le «Bonsoir, elle est partie» de Rodger Brulotte au Québec.

«Il y a des affiches dans les estrades avec la phrase. Les Nationals l’utilisent même en mots clés sur les réseaux sociaux chaque fois que l’équipe récolte son premier coup sûr !»