Tokyo souhaite profiter des Paralympiques pour apporter des changements importants dans la société japonaise.

Tokyo : Les Paralympiques pour changer toute une société

TOKYO — Profiter de la présentation des Jeux paralympiques pour moderniser toute une société mal adaptée aux besoins des personnes handicapées, c’est la mission que se donne le comité organisateur des jeux de Tokyo, qui seront présentés en 2020. Changer les perceptions, favoriser l’inclusion sociale et améliorer l’accès au transport en commun constituent des priorités, au moins autant que la présentation des Jeux olympiques eux-mêmes. L’ouverture des Jeux paralympiques de Pyeongchang, le 9 mars, attirera donc assurément l’attention de l’autre côté de la mer du Japon.

La gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, ne tarde pas à parler des Paralympiques dès qu’il est question des compétitions de 2020. « Le pays connaît déjà une dépopulation et il est certain que la population âgée sera beaucoup plus importante en 2025. Les Jeux de Tokyo de 1964 étaient un tremplin pour la reconstruction après la dévastation de la guerre. Cette fois, nous accordons une plus grande importance aux Jeux paralympiques. La société vieillissante verra plus d’aînés en fauteuil roulant, ce qui signifie que cette préparation pour les Olympiques servira aussi aux personnes âgées. »

« Nous souhaitons transformer la culture générale autour du sport, particulièrement autour des paralympiques pour rendre la société plus inclusive. Quand on planifie quelque chose, il faut systématiquement penser à l’accessibilité universelle », résume quant à elle Maki Kobayashi-Terada, directrice générale des communications du comité organisateur des jeux.

Concrètement, la gouverneure Koike insiste qu’il faut adapter les infrastructures. « Nous tentons de rendre les toilettes plus faciles d’accès pour les fauteuils roulants. Même le design de la cuvette traditionnelle japonaise est difficile à utiliser pour les non-Japonais. »

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Le travail est aussi important pour les deux principales compagnies de métro de la capitale. JR East et Tokyo Metro veulent permettre aux usagers d’atteindre les wagons facilement même s’ils présentent un handicap.

« Nous essayons de réduire les limitations pour l’ensemble de la population, non seulement en améliorant nos infrastructures, mais en proposant que notre personnel accompagne les gens présentant une déficience visuelle », illustre Takaya Sakamoto, directeur adjoint des relations publiques de Tokyo Metro.

Le travail est de taille. Dans certains cas, il a fallu acheter des parcelles de terrain pour aménager un ascenseur. « Pour toutes les stations, nous devrons avoir au moins une route sans obstacle. Pour les grosses stations, nous en souhaitons au moins deux. »

Tokyo Metro compte 179 stations dans la capitale nippone. En mars 2017, 149 d’entre elles avaient déjà été adaptées. « Le but est de les adapter toutes pour mars 2020. »

Regroupement des fédérations sportives

Mine de rien, les fédérations des sports paralympiques, qui travaillaient en silos, ont pour leur part profité de l’occasion pour se regrouper. Toutes occupent un bureau dans le centre de soutien aux Paralympiques de la Nippon Foundation. Le président-directeur général de la fondation, Nao Ozawa, explique que les fédérations ne disposaient pas jusque-là de fonds pour les relations publiques ou pour consulter un avocat.

« Le réseau était inexistant entre eux. Pour avoir du succès, il faut s’unir pour travailler en prévision de 2020. Nous avons donc décidé d’intégrer les bureaux de tous les sports dans le même édifice. »

La fondation a aussi distribué 100 laissez-passer pour que les médias circulent librement à l’intérieur de ses installations. Elle espère ainsi améliorer la visibilité des handisports.

Changer les perceptions, éduquer, voilà deux objectifs qui témoigneront du succès ou non de l’initiative.

« Dans les écoles, les enfants handicapés sont dans des classes spéciales. On commence seulement à les intégrer dans les classes ordinaires. La société japonaise est assez monolithique. On ne voit pas beaucoup d’étrangers par exemple. Nous sommes en retard pour l’inclusion des personnes différentes. Il n’y a pas de loi pour l’accessibilité universelle. On adapte les bâtiments sur une base volontaire. Il existe bien des infrastructures, mais les Japonais ne comprennent pas bien le besoin de les mettre en place. Les gens vont prendre les sièges réservés dans les transports en commun par exemple », illustre M. Ozawa.

Le problème existe aussi chez certains grands employeurs qui doivent embaucher 2 % de personnes handicapées. « Les employeurs ne comprennent pas bien ce que ces gens peuvent leur apporter, alors on ne leur confie pas nécessairement les tâches pour lesquelles ils ont développé des compétences. On les nomme par exemple responsables de faire des massages aux autres employés. »

Nao Ozawa souhaiterait que les sites des Jeux paralympiques soient pleins, que les Japonais s’intéressent à ces compétitions. Pour mettre les para-athlètes en valeur, d’importantes campagnes de publicité en font des vedettes en compagnie de superstars nippones. « La population vieillit, donc de plus en plus de gens utiliseront des fauteuils roulants. C’est maintenant qu’il est important de comprendre les enjeux », plaide Nao Ozawa.

Enfin, s’il en est un qui compte saisir l’occasion, c’est Ken Edo, président-directeur général de Xiborg, une compagnie qui conçoit notamment des prothèses pour les coureurs. Les jeux de Tokyo pourraient lui permettre de prendre une plus grande place sur l’échiquier mondial.

« Je demeure convaincu qu’un athlète paralympique battra un athlète olympique en 2024 ou 2028. Peut-être même en 2020 en saut en longueur », avance-t-il.

Mais ce sont aussi les projets parallèles qui animent le jeune homme, comme cette « bibliothèque de prothèses » pour permettre aux citoyens qui n’ont pas leurs deux jambes d’apprendre à courir. « Il n’y a rien de plus naturel que de courir, mais chaque prothèse de course vaut entre 3000 et 6000 $ US. Si on en achète pour un enfant, il faut les changer pour suivre sa croissance. J’espère développer une culture où tous les amputés pourront courir. »

Des médailles fabriquées avec... votre cellulaire

Les médailles des Jeux olympiques de Tokyo seront fabriquées de métaux recyclés. Dans un objectif d’offrir les jeux les plus verts possible, le comité organisateur récupérera les métaux précieux de dizaines de milliers d’appareils électroniques.

« Nous avons plusieurs façons créatives de rendre ces Jeux olympiques plus intéressants et pour que la population se les approprie davantage », résume Yuriko Koike, gouverneure de Tokyo.

« Nous recueillons le métal des appareils électroniques pour faire les médailles olympiques. Des boîtes ont été installées dans les magasins, chez certaines compagnies de cellulaires et à l’hôtel de ville », précise Tatsuo Ogura, directeur de l’équipe internationale des communications pour le comité organisateur des jeux.

Mme Koike révèle que dans un téléphone cellulaire, on utilise environ 0,04 g d’or, 0,2 g d’argent et 12 g de cuivre.

« Il y aura 5000 médaillés aux Jeux de Tokyo, alors nous avons lancé cette initiative de « prospection urbaine » (urban mining). Nous demandons aux citoyens de nous donner leur téléphone usagé ou leurs petits appareils électroniques pour que nous puissions les utiliser pour en extraire l’or, l’argent et le cuivre », explique-t-elle.

L’initiative a semblé plaire à de nombreuses personnalités, dont le nageur australien Ian Thorpe, le secrétaire d’État des Affaires étrangères du Royaume-Uni, Boris Johnson, et le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loon. Tous ont accepté de donner leur téléphone. « Mais ils ont aussi dit qu’ils reviendraient les chercher sous la forme de médailles. »

Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.