Chris Froome, quadruple champion du Tour de France, a faibli dans les derniers kilomètres de la 17e étape, se retrouvant à 2:31 du détenteur du maillot jaune, son coéquipier chez Sky, Geraint Thomas.

Thomas renforce sa position, Froome recule

COL DE PORTET — Un Britannique en chasse un autre : le recul de Chris Froome dans le col du Portet a renforcé le maillot jaune de son coéquipier Geraint Thomas après la 17e étape gagnée mercredi par le Colombien Nairo Quintana.

Froome, candidat à une cinquième victoire et au doublé Giro-Tour, a faibli dans les 1800 derniers mètres de cette courte étape de 65 kilomètres, très intense dans son final.

À l’arrivée, à l’altitude de 2215 mètres, le quadruple vainqueur du Tour a lâché une cinquantaine de secondes à Thomas, à peine moins sur le Néerlandais Tom Dumoulin et le Slovène Primoz Roglic, devenus ses rivaux pour le podium à Paris.

«‘‘G’’ [le surnom de Geraint Thomas] mérite d’être en jaune. J’espère qu’il va garder le maillot jaune jusqu’au bout», a déclaré Froome.

En d’autres termes, le vainqueur sortant a capitulé, sauf coup de théâtre : «Je vais continuer de me battre jusqu’au bout pour l’équipe et pour Geraint.»

Dans le cadre sauvage du Portet, une ascension inédite du Tour au-dessus de Saint-Lary-Soulan, Froome est surtout descendu de la deuxième à la troisième place au classement. À plus de deux minutes et demie de son coéquipier, en position de leader unique de l’équipe Sky qui a cadenassé de nouveau la course.

Bardet s’incline

Thomas et Froome avaient encore deux coéquipiers, le Néerlandais Wout Poels et surtout le Colombien Egan Bernal (qui a attendu Froome sur la fin), à six kilomètres de l’arrivée, dans un groupe de neuf coureurs. Au moment où Romain Bardet a dû laisser filer ses compagnons.

«Une journée vraiment terrible», a commenté le Français qui s’est battu jusqu’au bout. «Les jambes ne répondaient pas, j’ai eu des maux de tête dans la dernière montée. C’est difficile à accepter, mais c’est la loi du sport.»

Présent sur le podium ces deux dernières années, Bardet a rétrogradé de la cinquième à la huitième place, à plus de cinq minutes de Thomas.

Pour la victoire d’étape, Quintana a précédé de 28 secondes l’Irlandais Dan Martin, le premier à dégainer au pied de la montée finale, et de 47 secondes Thomas, qui a grignoté quelques secondes à Dumoulin et à Roglic sur les dernières rampes.

«Je me sentais bien, j’ai même repris du temps sur la fin», s’est félicité le Gallois, sans pour autant crier victoire : «Sur le Tour, tout peut arriver. Il faut prendre les jours comme ils viennent.»

L’étape, ramassée sur 65 kilomètres avec trois ascensions, a donné lieu à un scénario traditionnel malgré un départ innovant, façon grille de départ F1.

Dès les premiers hectomètres, l’Estonien Tanel Kangert a initié une échappée qu’il a poursuivie jusqu’à 8,5 kilomètres de l’arrivée. Kangert a été longtemps accompagné par le Français Julian Alaphilippe qui a quasiment assuré, ce faisant, son maillot à pois du meilleur grimpeur.

Sagan frôle la catastrophe

En revanche, le porteur du maillot vert, le champion du monde Peter Sagan, a connu une sérieuse frayeur. Le Slovaque a chuté dans la descente d’Azet et a rallié l’arrivée, le maillot largement déchiré.

«C’était une grosse chute, mais, heureusement, je n’ai rien de cassé et je suis confiant pour les prochaines étapes», a réagi Sagan après avoir passé des radiographies.

Dans le groupe des favoris, les équipes de Bardet et de Quintana ont pris les choses en main dans le col d’Azet-Val Louron, sans déstabiliser pour autant l’équipe Sky. Mais tout s’est joué dans l’ultime montée de 16 kilomètres, classée hors catégorie (8,7 % de pente moyenne) et inédite sur le Tour.

Quintana s’est dégagé sur les premières rampes du Portet et s’en est allé vers son deuxième succès d’étape. Cinq ans après sa victoire dans le Semnoz, à la veille de l’arrivée du Tour de 2013 qu’il avait terminé, pour ses débuts, à la deuxième place.

Par la suite, le Colombien de 28 ans a accroché deux autres podiums. Mais sans parvenir à la même réussite que dans le Giro et la Vuelta, deux grands tours qui figurent à son palmarès.

Jeudi, la 18e étape revient dans la plaine entre Trie-sur-Baïse et Pau (171 km), avant les derniers cols programmés pour vendredi. Avec un maillot jaune qui dispose désormais d’une avance de 1:59 sur Dumoulin, l’adversaire le plus coriace.

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LE CHAMPION INTERPELLÉ PAR LA POLICE

Chris Froome a chuté après l’éreintante 17e étape du Tour de France, après que des policiers l’eurent mépris pour un partisan alors qu’il redescendait de la montagne.

L’équipe Sky a indiqué qu’il y a eu mésentente quand la police a demandé au cycliste de s’arrêter, ce qui l’a fait chuter. Sky a précisé que Froome n’avait pas été blessé.

Froome était alors vêtu d’un imperméable noir par-dessus son uniforme, quelques instants après avoir craqué pendant l’ascension finale du Col du Portet, réduisant de façon drastique ses chances de l’emporter.

Cet incident s’est produit au lendemain de l’utilisation, par des policiers, de gaz lacrymogènes à l’endroit de protestants. Froome faisait partie d’un large contingent de cyclistes ayant besoin de traitements aux yeux en raison de ces gaz.

Froome a été la cible d’amateurs tout au long de ce Tour de France après qu’il eut été blanchi de dopage cinq jours avant le début de la compétition. Il dit qu’on lui a craché dessus à répétition depuis le début de cette Grande Boucle. Des spectateurs l’ont même frappé et tenté de le faire chuter de son vélo.  AP