En l’espace de quatre ans, Kirill Nizhnikov est passé du rang de super espoir à celui d’un vétéran qui ne vaut même pas deux choix de milieu de séance de repêchage.

Le projet Nizhnikov

CHRONIQUE / Depuis le début de son règne, Martin Mondou a eu plusieurs fois la main heureuse en prenant des chances avec des joueurs qui passaient sous le radar. Mathieu Gagnon, Giovanni Fiore, Marc-Antoine Pépin ont été obtenus pour une bouchée de pain, et l’ont fait passer pour un génie!

D’autres dossiers plus délicats ont aussi été couronnés de succès. Rappelez-vous de Kirill Kabanov, débarqué en ville la saison de la Coupe Memorial. La venue en Amérique du Russe avait été largement publicisée. Kabanov n’avait pas rempli les attentes à Moncton, ni à Lewiston. Au-delà de son jeu sur la glace, il avait une personnalité excentrique. Mondou l’a quand même amené à Shawinigan lors de la saison la plus importante de l’histoire de l’organisation, et Éric Veilleux a réussir à en faire un guerrier… après des mois d’efforts! Solide en séries malgré la déconfiture de l’équipe, puis il a été l’un des joueurs le plus visibles de son équipe lors du gros tournoi national.

Le dossier Garrett Clarke a été plus expéditif, mais tout aussi productif. Comme Kabanov, c’était un surdoué dont l’attitude glaçait ses entraîneurs. Clarke était rendu à la croisée des chemins quand Mondou a accepté de lui accorder une dernière chance. En un mois, il l’a remis sur les rails avec la complicité de Veilleux. À un tel point qu’il a pu tout de suite monnayer ses services au Titan contre Vincent Arseneau, un col bleu de luxe qui a été très apprécié des fans entre 2011 et 2013. Arseneau, comme Kabanov, a participé à la conquête de la Coupe Memorial au printemps 2012, et son rôle de grand frère a eu un impact tangible sur les performances de son club.

Un mystère russe

Les Cataractes tenteront au cours des prochaines semaines la même opération avec Kirill Nizhnikov, un gros Russe de 19 ans obtenu via le ballottage de la Ligue canadienne il y a quelques jours.

Son arrivée à Shawinigan s’est effectuée dans l’anonymat. Pourtant, il y a quelques années à peine, il était l’un des joueurs juniors les plus épiés au pays!

Nizhnikov s’est établi en Ontario à 13 ans, ce qui lui a donné le privilège d’être éligible à la séance de sélection des joueurs midgets de la OHL, plutôt que de passer par l’encan européen. Certaines rumeurs laissaient croire qu’il allait être le premier joueur réclamé, finalement il a trouvé preneur au septième échelon en 2016 par Mississauga. Il n’a toutefois jamais porté les couleurs des Steelheads, ces derniers le transigeant… pour un bouquet de 10 choix au repêchage aux Colts de Barrie!

À Barrie, il s’est retrouvé sous les ordres de l’ex-vedette de la LNH Dale Hawerchuk, qui a comparé son esprit de compétition et son éthique de travail à trois de ses anciens protégés choisis en première ronde dans la LNH, soit Mark Scheifele, Aaron Ekblad et Tanner Pearson.

Il n’a toutefois jamais suivi leurs traces. Un an et demi plus tard, Barrie l’expédiait à Sudbury contre un butin de choix pas mal moins garni. Ça n’a pas plus levé pour lui là-bas, et il a même déserté la ville pour rentrer en Russie, où il a joué un match en KHL et pris une pause du hockey afin de guérir des bobos. L’Attak d’Owen Sound a quand même pris une chance avec lui durant l’été, cédant deux choix conditionnels pour faire son acquisition. Après 10 matchs, même si Nizhnikov montrait quatre buts et deux passes à sa fiche, les dirigeants de l’équipe ont préféré récupérer leur mise (des choix de 4e et 5e tours) et offrir son temps de jeu à des plus jeunes, alors ils l’ont simplement libéré.

Rien à perdre

En l’espace de quatre ans, Nizhnikov est donc passé du rang de super espoir à celui d’un vétéran qui ne vaut même pas deux choix de milieu de séance. Bonjour l’égo!

Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas se relancer. 19 ans, c’est encore bien jeune. Il n’a pas perdu ses dons de marqueur comme par enchantement, et son gabarit de 6’2’’ peut certainement l’aider à saisir cette dernière chance qui s’offre à lui dans le junior. Si Nizhnikov veut bel et bien faire tourner le vent, il a atterri à la bonne place.

D’abord parce que Mondou a eu du succès dans le passé avec des gars comme lui. L’expérience de l’équipe dans les opérations sauvetage ne peut pas nuire.

Et puis, vous pouvez parier que Daniel Renaud va lui aussi tout faire pour rendre confortable son nouvel élève, si Nizhnikov peut être un actif sur son échiquier.

Selon les chiffres compilés par mon distingué collègue du journal L’Acadie Nouvelle cette semaine, les Cataractes forment l’équipe la plus jeune de la LHJMQ depuis le début de la saison. Renaud, à sa dernière année de contrat, a un mandat de performance après deux saisons de reconstruction. Voilà qu’un ailier talentueux et mature physiquement tombe du ciel…

Les prochaines semaines s’annoncent donc intrigantes. Il ne sera pas en uniforme ce soir face aux Screaming Eagles du Cap-Breton au Centre Gervais Auto. Nizhnikov croit avoir besoin de quelques jours pour aiguiser ses réflexes, après deux semaines passées sur les lignes de côté. On le comprend de ne pas vouloir rater ses débuts dans la ville de l’électricité. S’il veut faire une carrière professionnelle en Amérique du Nord, sa dernière fenêtre pour se faufiler, c’est Shawinigan…

Ne vous attachez pas trop à Henry!

Sur le plan marketing, la venue de Thierry Henry à la barre de l’Impact de Montréal est un coup de circuit. Il est le meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal et de la formation nationale française. Même les profanes connaissent Henry!

Après une saison aussi décevante, l’équipe des ventes de l’Impact vient d’avoir tout un coup de pouce. Au plan international, la franchise vient aussi d’acquérir de la notoriété et de la crédibilité.

Maintenant, au plan sportif, on va attendre un peu avant de planifier une parade. Avant d’arriver dans la métropole, il a dirigé à Monaco en 2018. Or, son club a gagné seulement quatre de ses 20 matchs et il a été viré…

Au moins, Henry connaît bien la MLS puisqu’il a porté les couleurs du Red Bull de New York entre 2010 et 2014. 

Sa notoriété lui donnera-t-il plus de valeur aux yeux de Joey Saputo une fois plongé dans la marmite? Ça reste à prouver. Le bouillant homme d’affaires semble avoir déniché son diplôme de gestionnaire sportif à l’université… des frères Morrissette de la LHJMQ! Avec eux, les pilotes dormaient bien mal la nuit!

Si j’étais vous, j’hésiterais avant de trop m’attacher à Henry…