Cataractes

Le champ libre pour liquider

(Commentaire) Préparez-vous à une période de transactions mouvementée au sein de la plus vieille concession de la LHJMQ.

À partir du moment où son club s’est fait surprendre en première ronde des séries le printemps dernier face aux Foreurs, le plan de Martin Mondou a toujours été de profiter de la saison 2017-18 pour faire un pas de recul et liquider les vétérans des Cataractes afin de renflouer sa banque de choix et sa réserve de jeunes éléments de qualité. 

Il a essayé de faire le virage au repêchage, mais il a été déçu des offres de ses homologues et il a prôné la patience. C’était la bonne chose à faire au plan stratégique, car la campagne actuelle s’annonçait bourrée de rebondissements, sans aucune super puissance établie. 

Dans ces conditions, avec le meilleur joueur du circuit en Samuel Girard et une bombe offensive comme Brandon Gignac, ça valait la peine d’attendre de voir si ces ténors pouvaient procurer un quatrième top 5 d’affilée aux fans shawiniganais.

On connaît tous la suite. Girard et Gignac ne sont pas revenus en Mauricie. Ces départs précipités ont fait chuter le château de cartes. Les Cataractes sont vissés au dernier rang du classement général. Leurs unités spéciales sont gênantes. Les vétérans attaquants ne livrent pas la marchandise. Bref, si Mondou a voulu laisser les joueurs décider de l’orientation à donner à la prochaine période de transactions, qui s’amorce dans une dizaine de jours, le message est clair: il a le champ libre pour reconstruire. 

Sylvestre et Benoît peuvent rapporter gros

À court terme, un virage jeunesse va bien sûr plomber les résultats de l’équipe en deuxième moitié de saison. Mais bon, l’équipe a déjà besoin de jumelles pour apercevoir les premiers échelons du classement général, alors ça ne changera pas grand-chose. 

Mondou est chanceux, il va offrir ses vétérans dans un marché qui sera clairement favorable aux vendeurs cet hiver. Pourquoi? Parce qu’il y a au moins une dizaine d’équipes qui rêvent actuellement de parader dans les rues de leur ville avec la Coupe du Président dans cinq mois. C’est le double qu’à l’habitude! C’est l’effet direct d’un classement où la parité est dominante, avec seulement 12 points d’écart entre la première et la 13e place. Ces conditions font qu’il y a donc pas mal plus d’acheteurs que de vendeurs!

Mondou détient notamment les droits sur deux défenseurs de 19 ans qui font saliver les clubs prétendants. Gabriel Sylvestre en est à sa quatrième saison dans la LHJMQ. Depuis son arrivée junior, il a toujours fait partie du top 4 de son équipe. 

Ce n’est pas un quart-arrière, mais son jeu défensif est reconnu et c’est une machine à bloquer des tirs. Il n’hésite jamais non plus à se porter à la défense de ses coéquipiers. Admissible à un retour l’an prochain comme un vétéran de 20 ans. Les Mooseheads d’Halifax ont pu obtenir un choix de première ronde pour Taylor Ford l’an dernier. Pour Sylvestre, il est donc facile d’anticiper un retour un peu plus alléchant encore. 

À condition, bien entendu, que le grand défenseur accepte de bouger. Il détient une clause de non-échange, Sylvestre. Il l’a utilisé pour bloquer une transaction potentielle l’an dernier, alors qu’il aurait servi comme compensation future. Son équipe étant dans une position pas mal moins enviable cette saison, il est permis de croire qu’il sera plus tenté de joindre une nouvelle formation. Reste qu’il contrôle une partie de sa destinée.

Ce n’est pas le cas pour Simon Benoît, qui pourrait rapporter le même genre de butin que Sylvestre. Il est taillé dans un moule différent, il a plus d’offensive à offrir. Benoît est aussi plus autoritaire le long des rampes. Mais il n’a rien d’un matamore, malgré son physique enviable. Benoît joue présentement le meilleur hockey de sa carrière. Il a été choisi sur l’équipe d’étoiles de la LHJMQ pour affronter les Russes il y a un mois. 

Denisov a perdu de la valeur

À part Sylvestre et Benoît, Mondou va aussi recevoir des coups de fil pour Samuel Asselin et Mikhail Denisov. Asselin est très polyvalent et si sa production est sous les attentes actuellement, son dynamisme ne passe pas inaperçu. Il va revenir à 20 ans l’an prochain, alors le directeur-gérant des Cataractes ne peut se permettre de le céder à rabais, il en a trop besoin pour la relance. Évidemment, si un club est agressif dans ce dossier, il peut obliger Mondou à réfléchir. 

Denisov, lui, a vu sa valeur chuter après un début de saison bien ordinaire. Choisi sur la première équipe d’étoiles l’an dernier, les derniers mois l’ont transformé en point d’interrogation. Pas sûr que Mondou obtiendra beaucoup, mais je crois qu’il va quand même quitter afin de faire plus de place à Lucas Fitzpatrick.

Si Sylvestre, Benoît et Denisov se retrouvent sous d’autres cieux, les Cataractes ne sortiront pas de la queue du classement général. Avec ce constat, mieux vaut aussi se débarrasser de Vasily Glotov et Cameron Askew et offrir le temps de jeu de qualité aux jeunes. Jérémy Martin, Gabriel Denis, Mathieu Samson, Antoine Demers, Fitzpatrick, Alex DeGagné, Leon Denny et Simon Dubois-Thibergen, voilà le noyau autour duquel il faut bâtir. 

À court terme, ça va faire mal. Les victoires seront rares d’ici mars. Mais ce sacrifice permettra à Mondou de repartir le même genre de cycle qui vient de se terminer. L’investissement en vaut le coup.

Hockey junior

En paix, Claude Bouchard

La poignée de main est franche, le feu est toujours bien visible dans ses yeux. Claude Bouchard ne changera jamais. Il va droit au but, il n’a pas de temps à perdre.

Six mois après avoir quitté son job de pilote chez les Cataractes, il est comme un poisson dans l’eau à Chicoutimi, de retour dans son rôle d’adjoint à Yannick Jean chez les Saguenéens. 

Bouchard n’a peut-être plus les feux de la rampe pour lui. Soyons honnêtes, il est du genre à ne pas détester ça! Il n’est pas le capitaine à bord non plus. Mais il a retrouvé son Saguenay, qui lui a tant manqué l’an dernier. «J’ai été parti tellement longtemps. Un peu partout, pendant une quinzaine d’années. Ça m’a frappé l’an dernier. Les derniers mois ont été longs. L’ennui, tu as beau essayer, tu ne contrôles pas ça. Pour moi, ce fut une décision logique de revenir chez nous», rappelle Bouchard. 

Bien sûr, la chute abrupte des Cataractes le printemps dernier n’a fait que renforcir ses états d’âme. «Martin (Mondou) était au courant de mes sentiments depuis un bon moment. Ça n’a pas rendu cette élimination plus facile à accepter pour autant. C’est la tache noire à un parcours presque parfait. Quand tu regardes à partir de mon arrivée à Shawinigan, on peut dire que ça s’est très bien passé. On s’est rendus en grande finale face aux Huskies. Puis en saison régulière l’année suivante, ça roulait. Plus ça avançait par contre, plus le départ prématuré d’Anthony Beauvillier nous a fait mal. Sur glace, mais surtout hors glace. Son leadership, on n’a pas été en mesure de le combler. On le savait, les sociogrammes faits avec Pierre Villemure étaient clairs.»

Aussi, quand la zizanie s’est installée dans le vestiaire en fin de saison, il devenait difficile pour Bouchard, contesté dans son propre bureau d’entraîneurs, de régler le problème. «En ce qui concerne la gestion des joueurs, je ne changerais rien. Mais pour le reste, c’est sûr que si je pouvais revenir en arrière, il y a des choses qui changeraient», lance le coloré homme de hockey sans se défiler. «Ceci dit, j’ai adoré mon séjour à Shawinigan. Ça prenait du cran comme directeur-gérant pour faire un changement d’entraîneur en février et ramener à la barre de l’équipe un gars qui n’avait pas été pilote depuis 2006. J’ai attendu ce coup de fil longtemps. Je voulais tellement une deuxième chance. Je suis très reconnaissant envers Martin (Mondou) de me l’avoir donnée. Je regarde encore un peu ce qui se passe chez vous, je vois que les fans sont toujours au rendez-vous même si l’équipe est en reconstruction. Des foules de 3000 personnes dans ces conditions, c’est génial!»

Pilote un jour…

Bouchard vient d’atteindre le cap de la cinquantaine. Il se voit finir sa carrière aux côtés de son chum Jean, qui lui délègue pas mal de responsabilités. Bon, si jamais un club à maturité lui lance un S.O.S., il avoue que l’instinct l’obligera à analyser la proposition! 

«Je n’attends plus aux côtés du téléphone. Je suis en paix avec mon parcours. Mais bon, j’ai appris que dans mon métier, il ne faut jamais dire jamais! J’ai l’afficheur sur mon téléphone, je sais à qui répondre si jamais il sonne une autre fois», rigole Bouchard.

LHJMQ

À contre-courant, le Titan

Pendant que la majorité des équipes de la LHJMQ ont fait un virage ces dernières années pour prioriser le repêchage, le Titan nage à contre-courant. L’équipe, qui a de grandes ambitions, a été bâtie par une série de transactions réalisées par le directeur-gérant Sylvain Couturier.

Et ce n’est pas terminé! Depuis un mois, même si les transactions sont limitées aux vétérans de 20 ans et aux Européens, quatre nouveaux joueurs ont fait leur apparition dans le vestiaire. Paraît que ce sont des portes tournantes qui le protègent! «C’est vrai que notre méthode est différente. Nous avons encore l’espoir de nous améliorer», sourit Mario Pouliot.

Le pilote du Titan est loin de se plaindre de son sort, au contraire. Il dirige la meilleure cuvée de l’organisation depuis son arrivée. Le vieux routier est récompensé après quelques années de misère. Couturier ne manœuvre pas dans des conditions optimales, le Titan avait du mal ces dernières années à attirer les meilleurs espoirs à Bathurst. 

Antoine Morand et Noah Dobson pourraient contribuer à changer les données de ce côté. Voilà deux surdoués dont la progression n’a certainement pas été freinée par leur séjour dans cette petite ville des Maritimes. Morand est l’un des beaux espoirs des Ducks d’Anaheim, Dobson (voir autre texte) est l’un des adolescents dont la cote est à la hausse depuis le début de la saison en vue du prochain repêchage de la LNH. 

L’autre élément qui peut aider le Titan, c’est le palmarès de l’équipe. Pouliot voit bien que le plancher de danse n’est pas encombré par des superpuissances cette année. Il dirige l’une des équipes plus talentueuses du plateau. Et son directeur-gérant a encore pas mal de munitions s’il veut s’amuser durant les Fêtes, lors de la période de transactions. Est-ce l’année du Titan? 

«Je le pense. On travaille en fonction de ça. Nous avons de la profondeur à toutes les positions. J’aime notre groupe. On peut patiner, on peut être physiques. Oui, notre groupe est solide.»

Pouliot espère seulement que les dieux du hockey ne se placeront pas au travers de la route de son club. Si vous le croisez d’ici Noël, souhaitez-lui surtout de la santé pour son équipe! «Les blessures peuvent gâcher bien des choses», soupire-t-il. «Pour aller jusqu’au bout, une équipe a besoin d’un peu de chance. Je regarde ce qui s’est passé avec les Huskies il y a deux ans, les choses ont bien tourné pour eux. Ils ont notamment récupéré un joueur comme A.J. Greer aux Fêtes sans avoir à donner en retour. Si les choses tombent en place comme on le pense, nous serons dangereux», avertit-il. 

Pouliot écoule sa quatrième saison à la barre du Titan. Un plan a été mis en place pour amener l’équipe à maturité en 2017-18.  Avec une fiche de ,500, l’équipe ne performe pas encore à la hauteur des attentes mais les ingrédients pour y arriver sont à bord. Restera aux fans de hockey junior à revenir au centre régional K.C. Irving. Le Titan n’a eu droit qu’à une seule foule de plus de 2000 personnes depuis le début de la saison, lors du match d’ouverture. Depuis, l’assistance a toujours été sous les 1800. Les propriétaires ont été patients ces dernières années. 

Mais s’ils n’arrivent pas à boucler leurs frais en fin de cycle, pas convaincu que cette patience sera éternelle…