Vanessa Gilles, d’Ottawa, durant une séance d’entraînement de l’équipe canadienne en 2019.
Vanessa Gilles, d’Ottawa, durant une séance d’entraînement de l’équipe canadienne en 2019.

Vanessa Gilles au paradis du soccer

Vanessa Gilles effectue le décompte chaque matin. À quand remonte sa dernière présence sur un terrain de soccer en France où elle évolue depuis deux ans en première division.

« Ça fait 83 jours.... Ça fait longtemps », lance la joueuse de soccer d’Ottawa au bout du fil.

Le confinement a commencé deux jours après la conclusion du tournoi de France. Gilles venait de disputer son deuxième match international dans les couleurs de l’équipe canadienne. Le coach Kenneth Heiner-Moller l’a utilisé pendant les 90 minutes de la joute contre les Pays-Bas.

À LIRE AUSSI : Louis-Riel Soccer, une pépinière de joueurs pros

Prendre la parole à l’ONU

La bonne nouvelle ? La défenseuse centrale âgée de 24 ans pourra bientôt renouer avec ses coéquipières des Girondins de Bordeaux pour des entraînements en équipe.

Il s’agit du club pro qui l’a embauché à l’été 2018.

« La reprise est prévue le 29 juin. J’ai hâte. C’est fou comment on perd en aisance quand on arrête. »

L’entrevue se déroulait en début de semaine. Quelques jours auparavant, la jeune femme avait accepté une prolongation de contrat.

Gilles portera les couleurs des Girondins pour les deux prochaines saisons.

Une équipe pour laquelle elle a disputé 20 rencontres sur une possibilité de 22 en 2018-2019. Puis elle a joué l’intégralité des matches de championnat lors de la dernière saison.

« C’était une décision facile ? Oui et non », dit-elle au sujet de ce nouveau pacte.

« C’est un très grand club féminin et masculin. Les dirigeants ont de très grandes ambitions. Ils veulent titiller les plus hauts niveaux. Je m’entends bien avec eux. J’ai ma petite maison ici. Je connais les gens. Je sais à quel resto italien aller... »

Il y a toutefois ce « mais ».

« Mais en même temps, j’aime bien voyager. Une fois ce contrat terminé, j’aurai passé quatre ans ici. C’est un grand investissement de temps dans une carrière athlétique courte, surtout que je suis une personne qui aime voir ce qui se passe dans le monde. »

Vanessa Gilles, en action dans l'uniforme du Canada, en mars dernier contre les Pays-Bas.

Née à Châteauguay d’un père aux racines françaises et d’une mère à l’héritage italienne, Vanessa Gilles a surtout passé son enfance en Asie avant de revenir au Canada à l’âge de 12 ans. Plus précisément à Ottawa.

Puis elle a vécu trois années en Ohio pour ses études et le soccer à l’Université de Cincinnati.

L’athlète de 5’7’’ est devenu une des joueuses les plus titrées de l’histoire de Bearcats. Où commencer ? Elle a été sélectionnée au sein de l’équipe d’étoiles de l’American Athletic Conference (AAC) lors de ses trois saisons, décrochant aussi le titre de défenseuse de l’année à sa saison finale en 2016.

Après un passage au sein du West Ottawa SC à sa sortie de la NCAA, Gilles s’est jointe à sa première équipe professionnelle en janvier 2018, l’Appolon Limassol. Elle a marqué 10 buts en 11 matches de championnat, aidant son club à gagner la Coupe de Chypre.

« J’ai vécu une belle expérience là-bas... Je ne savais pas avant de me rendre là-bas que c’était un pays », confie-t-elle, un brin gêné.


« C’est fou comment on perd en aisance quand on arrête. »
Vanessa Gilles

Débuts sur le tard

Et il y a l’équipe canadienne qui l’a recrutée dans ses rangs l’an dernier. Après avoir été convoquée pour un match hors-concours en janvier 2019 contre la Suisse, Vanessa Gilles a effectué ses débuts officiels en novembre dans une partie face à la Nouvelle-Zélande, disputant une demie.

Signe que Soccer Canada a aimé ce qu’il a vu, on a fait appel à ses services à nouveau lors du tournoi de France en mars.

Cet amour s’avère réciproque.

« L’ambiance est super chouette, affirme la principale intéressée. C’est un groupe très soudé. Même en confinement, l’équipe continue avec des entraînements en ligne. Même si ça ne fait pas longtemps que je me retrouve au sein du groupe, les filles sont vachement accueillantes et amicales avec moi. »

Ce qui rend le tout encore plus intéressant dans son cas ?

Ses débuts au soccer compétitif ont eu lieu sur le tard. Vers la fin de son adolescence.

« J’ai joué au tennis jusqu’à l’âge de 15 ans », note-t-elle.

« J’étais inscrite au programme sport-études de tennis à l’école secondaire Louis-Riel. J’ai ensuite changé pour le soccer en dixième et onzième années. Je voulais faire comme mon frère et mes amies qui pratiquaient ce sport. »

Vanessa Gilles se souvient de ses débuts au soccer civil. Plus précisément chez le Capital United.

« Une des meilleures équipes. Je n’avais clairement pas le niveau. Je n’étais pas capable de faire passe avec le pied droit, mais le coach avait décidé de me prendre. Il avait vu quelque chose. »

En manque de sirop

Cette discussion au sujet de ses débuts à Ottawa lui rappelle à quel point son patelin lui manque. « Ça fait pas mal de temps que je suis en France. Je n’ai pas pu retourner au Canada en raison du confinement », explique-t-elle.

« Mes amies et ma famille me manquent. L’environnement canadien aussi. Surtout mon sirop d’érable ! »

Une fois sa carrière terminée, Vanessa Gilles compte rentrer au pays. Elle ignore quel métier l’attend. « Peut-être un emploi à la Police d’Ottawa, affirme la diplômée en criminologie. Peut-être travailler dans le sport, dans le foot. »

Puis il y a le bémol.

« Je ne serai pas coach. Je n’ai pas la patience ! »