Camille Bérubé (à gauche), Brianna Genett-McNeil et Devin Gotell seront des Jeux paralympiques de Londres.

Trois nageurs de Gatineau iront à Londres

Une a versé des larmes, l'autre a lâché un cri de joie tandis que leur coéquipier masculin, sous le choc, est resté muet sur le bord de la piscine.
Trois nageurs, trois réactions différentes à leur sélection en vue des Jeux paralympiquess. La scène émotive se déroulait hier après-midi, peu après 16h, au centre sportif de Gatineau.
Natation Canada venait tout juste de dévoiler la nomination de Camille Bérubé, Brianna Jennett-McNeill et Devin Gotell au sein de l'équipe canadienne qui se rendra à Londres du 29 août au 9 septembre. Une nouvelle que leur entraîneur-chef au club de natation de Gatineau (CNG) leur a vite relayée devant une vingtaine d'athlètes durant la période d'étirements.
En panne de mots
«Les mots me manquent pour décrire ce que je ressens», a soutenu Jennett-McNeill, qui pleurait. La jeune femme âgée de 19 ans, qui souffre d'un handicap à un mollet et à une cheville, s'est lancée dans les bras de Bérubé, qui fait sept pouces de moins qu'elle.
«Camille est devenue une de mes très bonnes amies depuis mon arrivée à Gatineau, avait expliqué plus tôt la nageuse originaire de l'Est ontarien, qui a déménagé en Outaouais à l'automne 2010.
«J'étais venue ici afin d'améliorer mes chances de me qualifier en vue des Jeux.»
Même chose pour Gotell, qui a quitté sa Nouvelle-Écosse natale afin de s'entraîner à Gatineau sous les ordres de Michel Bérubé, il y a deux ans. Il avait participé aux Jeux en 2008 à Pékin en compagnie de sa soeur Chelsey, ancienne triple championne paralympique.
«À l'époque, j'étais simplement heureux de m'être qualifié. Aujourd'hui, je veux me rapprocher le plus près possible du podium, même m'y retrouver», a soutenu ce nageur âgé de 21 ans, atteint d'albinisme.
Mais celle qui a peut-être la meilleure chance de gagner une médaille à Londres, c'est la plus jeune du trio. Et l'unique francophone.
Bérubé
Camille Bérubé vient de fêter ses 17 ans.
L'étudiante de cinquième secondaire à la polyvalente de l'Île, à Hull, possède le cinquième temps le plus rapide au monde au 100 m dos, sa spécialité dans la catégorie S8. Elle se trouve seulement une seconde derrière l'Australienne Maddison Elliott, qui montre le troisième meilleur chrono sur la scène internationale en 2012.
«Je ne m'en vais pas aux Jeux en pensant à une médaille. Je ne me mets pas cette pression. Je suis simplement contente de me retrouver sur l'équipe. C'était mon but, a dit Bérubé, qui éprouve des problèmes à marcher.
«Mais en même temps, c'est sûr que je m'attends à connaître mes courses les plus rapides en carrière là-bas.»
Victime d'un neuroblastome à la naissance, la nageuse du CNG s'est retrouvée avec des muscles atrophiés dans une de ses jambes. Cela ne l'a pas empêché de gagner le bronze à sa première présence aux championnats du monde en 2009 à Rio de Janeiro.
Cette dernière ne pouvait pas s'arrêter de repenser hier à ses débuts en paranatation. «Il y a quatre ans aux essais olympiques, j'étais la plus jeune. Je n'avais alors aucune chance de me qualifier. Je m'étais toutefois dit que ce serait différent dans quatre ans», a-t-elle noté.
À l'époque, elle était aussi la seule paranageuse du CNG. Aujourd'hui, elle mise sur deux coéquipiers qui souffrent aussi d'un handicap en Gotell et Jennett-McNeill.
Et les trois ont réussi à obtenir leur billet vers Londres.
«C'est quand même assez remarquable. Trois nageurs paralympiques du même club», a fait remarquer leur entraîneur Michel Bérubé.
«Je suis très fier d'eux. Ils ont continué à s'entraîner très fort après les essais paralympiques, même s'ils devaient attendre deux mois pour savoir s'ils allaient faire l'équipe ou pas. Ce n'est pas tout le monde qui a fait ça. Il y a des nageurs ailleurs qui avaient de la difficulté à se motiver.»
Le coach avait une pensée pour chacun de ses trois élèves.
Gotell, le plus timide du groupe en entrevue, s'avère le plus comique parmi ses coéquipiers, a-t-il noté. Quant à Camille Bérubé, «c'est mon petit pitbull», a dit Michel Bérubé, qui n'a aucun lien de parenté la nageuse.
«C'est celle qui n'a pas peur de parler au nom du groupe.»
Et dans l'eau, ce bout de femme sait ce qu'elle veut.
Les places se faisaient rares au sein de l'équipe canadienne. Trente-deux athlètes ont répondu au standard de sélection du comité national paralympique. Seulement 24 ont été retenus, dont neuf hommes.
Plus de détails dans LeDroit du 5 juin ou sur ledroitsurmonordi.ca