Katherine Stewart-Jones n’a pas l’intention de ranger ses skis.
Katherine Stewart-Jones n’a pas l’intention de ranger ses skis.

Stewart-Jones exclue, mais pas abattue

Katherine Stewart-Jones n’a pas l’intention de ranger ses skis.

L’athlète de Chelsea, qui a soufflé 25 bougies cette semaine, accepte mal les plus récentes décisions de Nordiq Canada. De façon à mieux reconstruire l’équipe nationale de ski de fond, les dirigeants de l’organisme ont récemment annoncé qu’ils écartaient trois des athlètes les plus performants du pays, au cours de la dernière saison, sur le circuit de la Coupe du monde.

Stewart-Jones a été emportée par cette vague.

Elle comprend mal cette décision, qui survient alors qu’elle vient de livrer ses meilleurs résultats en carrière. À la fin du mois de février, elle a réussi à percer le top-30 pour la toute première fois, au Ski Tour.

«Je me croyais même capable de percer le top-20 dans des compétitions internationales.»

Toute l’année, elle s’était entraînée dans le but de livrer ses meilleures performances dans les dernières courses de l’année. En mars, l’élite mondiale du ski de fond devait se retrouver au Canada, chez elle.

«Certaines compétitions devaient avoir lieu à Canmore, où je vis et où je m’entraîne. J’avais consacré beaucoup de temps et d’énergie à me préparer en prévision de ces épreuves. J’étais confiante», dit-elle.

La pandémie mondiale de COVID-19 a forcé l’annulation de ces épreuves.

Stewart-Jones aurait cru que les dirigeants de l’équipe canadienne tiendrait compte de cette réalité, au moment de sélectionner ses membres pour la saison 2020-21. Ça n’a pas été le cas.

«Pour moi, c’est un choc», confie-t-elle.

«J’ai toujours eu comme but de continuer jusqu’aux Jeux olympiques de 2022. J’aimerais même continuer jusqu’en 2026. En 2026, j’aurai 30 ans. La plupart des skieurs qui font des épreuves de longue distance atteignent leur apogée vers la fin de la vingtaine ou dans le début de la trentaine!»


« Je ne sais pas encore comment je vais faire pour couvrir mes frais à l’avenir »
Katherine Stewart-Jones

En perdant sa place au sein de l’équipe nationale, la jeune femme perd surtout son brevet d’athlète de Sport Canada. «Je vais donc perdre 22 000 $ en subventions du gouvernement du Canada et 6000 $ qui proviennent du gouvernement du Québec», note-t-elle.

Depuis cinq ans, ces sommes lui permettent de défrayer les coûts liés aux déplacements, à l’hébergement ainsi qu’aux divers frais de compétitions, sur la scène internationale.

«Je ne sais pas encore comment je vais faire pour couvrir mes frais à l’avenir», souffle l’athlète.

Mais elle persiste et signe. Pas question de laisser ce contre-temps bousiller le reste de sa carrière.

«En ce moment, à cause de la COVID-19, il n’est pas facile de trouver de nouveaux commanditaires. Beaucoup de gens sont, financièrement, un peu dans le trouble. Je vais quand même faire de mon mieux pour trouver le soutien dont j’ai besoin.»

Katherine Stewart-Jones tient à spécifier qu’elle n’est pas la seule victime de cette situation. Deux de ses amies, la Québécoise Cendrine Browne et l’Albertaine Maya MacIsaac-Jones, se retrouvent dans la même situation.

Discussions et appel

La jeune femme de l’Outaouais reste pour l’instant en Alberta. Elle aimerait bien revenir en Outaouais pour passer une partie de ses vacances d’été, mais «il n’est pas facile de se promener, à travers le pays, ces temps-ci.»

Elle continue de discuter avec les gens de Nordiq Canada. «Je ne veux pas parler trop en détail du processus d’appel, mais je crois que des erreurs ont été faites.»

Si les discussions ne lui procurent pas satisfaction, elle pourra toujours porter officiellement sa cause en appel, auprès du Centre de Règlement des Différends Sportifs du Canada (CRDSC).

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Katherine Stewart-Jones

«ÉPOUVANTABLE», DIT MARIE-ODILE RAYMOND

Katherine Stewart-Jones peut compter sur le soutien d’une ancienne olympienne de l’Outaouais.

Marie-Odile Raymond s’est branchée sur Facebook, jeudi, pour dire tout le mal qu’elle pense des récentes décisions de Nordiq Canada.

«Qu’est-ce qu’ils font de nos modèles d’athlètes féminins? On considère qu’elles sont vieilles à 24 ans? C’était comme ça dans mon temps dans les années 1990. On est en 2020!»

Au bout du fil, la dame, ne décolère pas.

«Je trouve ça épouvantable», dit-elle.

«On envoie un bien drôle de message aux plus jeunes. Je pense aux athlètes qui ont 19 ans, en ce moment, qui voient ça. Si on leur donne l’impression qu’ils seront rendus trop vieux à 24 ans, ils n’auront peut-être pas le goût de continuer. Les jeunes de 18 ou 19 ans se retrouvent parfois devant un dilemme. Doivent-ils continuer à développer leur sport ou se concentrer sur leurs études? En ce moment, l’option de miser sur le sport, ce n’est pas vraiment intéressant.»

Mme Raymond travaille désormais dans le monde de l’éducation. Elle constate, chaque année, que les jeune femmes ont besoin de modèles féminins forts.

«Des jeunes femmes sportives, à l’école secondaire, il n’y en a pas des tonnes. Il faut mettre en valeur des modèles de persévérance, des sportives en forme.»