Jean Sicotte et Bob Dufour sont deux des dix golfeurs à avoir réalisé un trou d’un coup au club Camelot de Cumberland depuis le début de la présente saison de golf.
Jean Sicotte et Bob Dufour sont deux des dix golfeurs à avoir réalisé un trou d’un coup au club Camelot de Cumberland depuis le début de la présente saison de golf.

Pluie de trous d’un coup à Cumberland

C’est peut-être l’effet de l’eau de la rivière des Outaouais. Ou l’air frais de l’Est ontarien. Ou tout simplement les golfeurs qui s’avèrent plus chanceux en cette année de pandémie sur ces verts et allées qui bordent la route 17, à Cumberland.

Dix trous d’un coup ont déjà été réussis lors des six premières semaines de la saison au club privé Camelot en mai et juin.

« C’est anormalement élevé, surtout quand tu sais qu’en moyenne, nous allons en compter de 12 à 14 durant une saison. Il nous reste encore une bonne partie de l’été devant nous », souligne le directeur général Greg Richardson.

Le record du club fondé en 1991 s’avère menacé.

« Nous en avions eu 21 il y a plusieurs années de ça », indique Richardson.

Daniel Bélisle a été le membre qui a donné le ton à cette lancée incroyable. Le fonctionnaire âgé de 28 ans a réussi le premier trou d’un coup de la saison au Camelot le 20 mai, quatre jours après le déconfinement du golf en Ontario.

« J’avais dit à mes amis que ça se passerait cette année, que j’en aurais enfin un », lance le droitier qui pratique ce sport depuis 15 ans. Il a envoyé sa balle directement dans la coupe au 11e trou, une normale trois de 160 verges.

Ce dernier estimait avoir raté son coup sur la séquence qui a mené à son exploit. « J’ai envoyé ma balle à gauche. Elle a juste pogné la bonne côte pour rouler ensuite dans le trou », relate-t-il en riant.

Bob Dufour s’avère un autre des golfeurs qui s’est offert un premier trou d’un coup en carrière. Cet employé civil à la Gendarmerie royale du Canada n’a toutefois jamais eu le plaisir de voir sa balle de golf disparaître dans la coupe du 15e vert du Camelot, situé à 170 verges du tertre de départ.

« Le vert est surélevé », souligne le quinquagénaire.

« Je ne connaissais pas une bonne ronde jusque là. Mais j’ai frappé un bon coup de départ. J’ai dit par la suite à mon partenaire de jeu de bien porter attention, que peut-être que j’avais réussi un trou d’un coup lors d’une mauvaise journée de golf. Une fois rendu au vert, je ne voyais pas ma balle. J’ai regardé dans l’herbe longue derrière le vert. Je me disais que j’avais peut-être frappé ça trop loin. C’est mon ami qui m’a dit que la balle se trouvait dans la coupe. C’était un peu moins excitant comme moment ! »

Vingt et un jours plus tard au même trou, un des membres possédant le plus d’ancienneté au club, Jean Sicotte, a aussi inscrit le chiffre un sur sa carte de pointage.

Ce courtier en assurances à la retraite a réussi son 10e trou d’un coup en carrière lors de la Saint-Jean-Baptiste. « C’est toujours le fun. C’est bon pour ta partie. C’est bon aussi pour ton équipe », lance-t-il en riant.

« Il y a un peu de chance là-dedans, mais il reste que tu dois quand même bien viser le fanion ! »

Ce trou d’un coup a été moins payant que son premier en carrière, survenu lors d’un tournoi de charité en Nouvelle-Écosse en 1991. « Ça s’était passé sur un trou où tu pouvais gagner 25 000 $ », note le golfeur âgé de 75 ans.

Comment explique-t-il ce qui se passe depuis le début de la saison au club Camelot où il est membre depuis trois décennies ? « Peut-être que nous sommes un paquet de bons golfeurs ici », affirme Jean Sicotte, sourire en coin.

Quant à Greg Richardson, il souligne qu’un nombre record de rondes a été disputé en juin. « Plus de 6000 », précise le directeur général.

Ce qui pourrait expliquer, à ses yeux, cette pluie de trous d’un coup.

« Cela dépasse notre ancienne marque de participation pour un mois. Environ 5600 rondes avaient été jouées en septembre 2013. Mais à l’époque, ça incluait notamment des golfeurs invités. Nous n’avons pas eu de joueurs invités en juin en raison de tout ce qui se passe. »


« C’est un heureux problème pour l’industrie du golf. Ça peut être frustrant pour les golfeurs qui doivent s’adapter. »
Andy Rajhathy

+

DES TERRAINS DE GOLF QUI DÉBORDENT

Les golfeurs sont plus nombreux que jamais sur les terrains depuis le début de l’été au Canada. L’Outaouais et l’Est ontarien n’échappent pas à cette hausse de l’achalandage.

« Oui, ça joue un peu plus », confirme un des propriétaires du club Le Sorcier de Gatineau, Guy Beaulieu.

« Il y a une plus grande clientèle et elle s’est rajeunie aussi. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que nous avons effectué beaucoup de promotion auprès des 25 à 45 ans dans les dernières années. Peut-être que des gens qui avaient déjà joué en bas âge se cherchaient une activité avec le déconfinement et ils ont décidé de revenir au golf. »

Dame nature a aussi aidé. Les dernières saisons avaient été pluvieuses en mai et même en juin. Ce qui n’est pas le cas en 2020.

Reste que Guy Beaulieu s’avère heureux de voir le terrain plus occupé que les étés précédents.

« Les habitudes ont changé. Il y a aussi plus de gens qui jouent le week-end ou après 14 h ou 15 h l’après-midi en semaine. »

Golf Canada rapporte que 17 % de plus de cartes de pointage ont été téléchargées via son application en juin, par rapport au même mois en 2019. Plus de 1 483 000 rondes ont été comptabilisées par ses membres qui tiennent mordicus au calcul de leur handicap.

À quel point le nombre de rondes s’avère-t-il en hausse dans la région ?

« Nous avons des membres qui se plaignent maintenant qu’ils ont de la difficulté à obtenir des temps de départ sur certains des terrains que nous offrons », note Andy Rajhathy.

Ce dernier est professionnel de golf et vice-président chez ClubEG, une compagnie qui offre à sa clientèle des rondes au rabais sur 50 terrains de Hawkesbury à Kingston, en passant par la Haute-Gatineau. Elle compte 2500 membres en 2020.

« C’est un heureux problème pour l’industrie du golf. Ça peut être frustrant pour les golfeurs qui doivent s’adapter. Ils avaient l’habitude d’attendre à la dernière minute pour réserver une ronde. Maintenant, ils recommencent à réserver plus tôt. »

Un autre indicateur du regain de popularité du golf ? La participation dans deux tournois majeurs organisés par ClubEG a grimpé en flèche.

Le Ottawa Sun Scramble, qui s’adresse autant au golfeur aguerri que récréatif, compte déjà 1200 inscriptions. « Nous en avions 1000 l’an dernier. Ça se reflète avec plus de gens qui participent dans les rondes de qualifications que nous tenons en ce moment », affirme Rajhathy.

Si le nombre de rondes disputées s’avère plus élevé, ça ne signifie pas nécessairement que les propriétaires de terrain nagent dans les profits.

« Même si les revenus reliés au golf sont en augmentation, ça ne compense pas les pertes. Plusieurs clubs misent beaucoup sur les revenus liés à la restauration, des tournois et des événements corporatifs. Et tout ça a été impacté par la COVID-19 », souligne Pierre Pelard, directeur régional de la section Québec de l’Association nationale des propriétaires de terrains de golf du Canada (ANPTG).