Joey Desjardins, de Hawkesbury, participe cette semaine aux championnats du monde de paracyclisme en Italie. Il prendra le départ notamment du contre-la-monte ce jeudi.

Pédaler à main vers les Mondiaux

Sa vie a pris un virage inattendu à cause d’une roche. Un accident en motocross qui allait le rendre paraplégique.

La date de son accident, Joey Desjardins s’en souvient encore trop bien. « Le 14 juin 2009, laisse tomber l’athlète franco-ontarien de Hawkesbury au bout du fil.

«C’était une sortie entre amis. Six ou sept gars. J’ai pris les devants. Je roulais à 80 km/h puis j’ai juste frappé une roche. J’ai pris une débarque.»

Trois mois plus tard, Desjardins sortait de l’hôpital.

Neuf ans plus tard, le père de famille âgé de 32 ans se retrouve parmi l’élite du paracyclisme. Il prendra le départ du contre-la-montre des championnats du monde, jeudi, à Maniago, en Italie.

«Chaque jour, je me pince. Je ne pourrais pas vivre ça sans l’appui de ma famille et tout le monde autour de moi.»

Pendant que Desjardins se trouve en Europe, sa conjointe s’occupe de leurs deux jeunes filles à la maison. Le trio ne sera pas les seules personnes à suivre à distance les exploits de leur héros sportif.

Il y aura aussi ces gens qui l’encouragent durant ses randonnées entre Hawkesbury et Vankleek Hill. Les routes régionales de l’Est ontarien s’avèrent son terrain d’entraînement depuis quelques années.

«Quand je sors avec mon vélo à main, je vais rouler pendant 50 à 60 km. Il y a de belles routes. Beaucoup de gens vont me klaxonner pour me saluer. Je vois aussi plusieurs beaux sourires.»

Desjardins en sera à sa deuxième participation aux Mondiaux de paracyclisme. Il était de l’aventure l’an passé en Afrique du Sud, terminant 14e au contre-la-montre puis... 14e à nouveau à l’épreuve sur route.

Cette fois-ci, une place parmi les huit premiers au classement s’avère dans sa mire.

«Je m’en viens plus fort sur mon vélo. J’ai participé à deux étapes de la Coupe du monde cette saison. J’ai terminé septième et huitième.»

Il reste que Joey Desjardins a encore du millage à engranger pour tasser les champions devant lui dans le peloton.

«Je suis un des plus jeunes en vélo à main. Il y a des gars dans la quarantaine et la cinquantaine ici. J’ai encore quelques années devant moi pour m’améliorer», note-t-il.

Se qualifier en vue des Jeux paralympiques de 2020 à Tokyo lui trotte en tête.

«Mais je n’aime pas voir trop loin. Je dis toujours qu’on prend ce que la vie te donne. On ne sait jamais ce qui va arriver. Ma blessure m’a montré ça. Il va toujours y avoir des détours dans la vie.»

Desjardins avait une pensée pour un «monsieur en fauteuil roulant» qui l’avait contacté à sa sortie de l’hôpital il y a neuf ans. «Il m’avait expliqué ce que je pouvais vivre, ce que je pouvais faire en fauteuil. C’est là que j’ai eu le goût d’essayer le vélo à main, relate-t-il.

«J’ai passé les quatre premières années à m’entraîner par moi-même.»

Puis il y a eu les premières compétitions régionales, provinciales et nationales. En 2016, ce fut sa première étape de la Coupe du monde en Espagne.

Qui sait, peut-être qu’une première médaille internationale l’attend dans les prochains jours en Italie.

Pour y arriver, il devra notamment vaincre un autre adversaire qui guette le peloton... Dame Nature. «Je ne pensais jamais que ce serait aussi humide que ça ici. Le mercure tape les 40 degrés Celsius. Ça va être une de mes plus chaudes compétitions en carrière. On va se préparer des serviettes humides.»

L’équipe canadienne alignera 12 paracyclistes à ces Mondiaux, dont Daniel Chalifour en tandem. Le paralympien de Mont-Laurier renoue avec la compétition après avoir cassé son fémur l’année dernière justement en Italie.