La joueuse de tennis de l’Outaouais, Mélodie Collard, partira en direction de l’Europe dès mardi afin de se préparer en vue des qualifications de l’épreuve junior de Roland-Garros qui débute le 30 mai.

Mélodie Collard, de Luskville à Roland-Garros

Mélodie Collard se souvient encore des premières balles de tennis qu’elle a frappées dans la cour arrière de ses parents située à l’époque à Luskville. Elle ressemblait à tout, sauf une future participante à Roland-Garros.

« Je n’aimais vraiment pas ça. Je me disais que si je n’étais pas bonne, j’allais arrêter ça, lance-t-elle en riant. Les choses ont bien changé. »

Dix ans après ses débuts, la voilà à la veille de son départ mardi vers l’Europe en vue d’une première étape en carrière sur le circuit du Grand Chelem junior. Un tournoi déjà remporté auparavant par les Capriati, Hingis, Henin et Halep.

L’ado de 15 ans prendra part aux qualifications de Roland-Garros dès le 30 mai. Mais auparavant, elle se tapera au moins un tournoi préparatoire sur terre battue en Italie.

« Ça va être un jeu différent sur ces surfaces, surtout que je ne m’entraîne jamais sur terre battue ici, affirme Collard. J’ai hâte de partir. J’ai hâte de jouer contre les meilleures au monde. »

Le hic ? Le produit de Tennis Outaouais Performance (TOP) fait maintenant partie justement de ces meilleures raquettes.

La grande droitière de 5’9’’ a participé à 11 finales de tournois ITF sur une période de sept mois. À six reprises elle s’est retrouvée dans le match ultime en simple féminin, gagnant quatre fois.

Son dernier titre remonte en avril, la hissant au 73e rang mondial.

« Mélodie s’en va là-bas avec confiance... avec l’esprit ouvert. Elle sait que tout peut arriver », lance Mathieu Toupin, son entraîneur depuis le premier jour à La Sporthèque.

« Je sais que j’ai le niveau de jeu pour rivaliser avec les meilleures, affirme la principale intéressée. J’ai battu la 60e au monde, il y a deux week-ends de ça. J’ai aussi déjà battu la 15e au monde. Je crois en mes chances. J’ai un style différent qui peut causer du trouble à beaucoup de gens... Je crois en mes chances. »

Un style qu’elle devra exploiter, insiste son entraîneur.

« Elle devra varier les effets, monter au filet », dit Toupin. Et il y a ce coup droit, jadis sa faiblesse, qui est devenu maintenant une arme additionnelle dans son arsenal.

« Le déclic vient de se faire. Cela avait toujours été le défi de Mélo », explique le coach.

Surtout, Collard se sent bien. Elle s’amuse. La fille par le passée timide et réservée en entrevue a laissé place à une athlète qui multiplie les confidences. Ses yeux s’illuminent en parlant de Roland-Garros.

« C’est prestigieux. Nous aurons aussi la chance de voir jouer les pros, qui seront là en même temps que nous », dit-elle.

« Chaque année, je regarde la finale à la télé. C’est un de mes buts dans la vie, de jouer un jour dans un tournoi du Grand Chelem chez les pros. Juste d’y participer chez les juniors, je ne pensais jamais que ça arriverait si vite que ça. »

Collard n’a pas oublié comment elle se sentait à pareille date l’an dernier. « J’avais encore des problèmes à terminer un match en raison de plusieurs blessures », rappelle-t-elle. Son dos la faisait notamment souffrir.

Jusqu’ici, son corps tient le coup. Mais pas question de crier victoire. 

Une visite chez le physiothérapeute l’attendait justement, mercredi après-midi, après l’entrevue qui s’est terminée avec une autre anecdote. Sa joueuse favorite est l’Ontarienne Bianca Andreescu, qui a gagné à Indian Wells en mars.

« Parce que j’ai un style de jeu comme elle. On varie beaucoup, mais d’une différente manière. J’aime aussi son caractère. Elle se bat sur le terrain, mais c’est une fille gentille à l’extérieur du terrain. Elle respecte tout le monde. »

L’autre raison pourquoi elle l’aime ? « Je la vois évoluer depuis qu’elle est jeune. J’avais même joué contre elle en double quand j’avais huit ans. Elle en avait 12 et elle était déjà très bonne ! »

Qui sait, peut-être que dans quelques années, Mélodie Collard aura l’occasion d’affronter à nouveau Andreescu, mais cette fois-ci chez les professionnels.

Mélodie Collard

LA FACTURE ET LE CHOIX DE MÉLODIE

Le petit cochon en porcelaine de Johanne Demers et Denis Collard doit se faire secouer ces jours-ci.

L’ascension fulgurante de leur fille sur la scène tennistique internationale vient avec un bémol. « Il y a un énorme coût rattaché à ça », concède Mme Demers.

Une campagne de sociofinancement a été lancée au printemps par l’entourage de Mélodie Collard. L’objectif fixé sur cette page GoFundMe ? Amasser plus de 20 000 $ pour éponger une partie des dépenses reliées à la saison s’annonçant la plus occupée et la plus chère de la nouvelle coqueluche sportive de l’Outaouais.

Par exemple, la randonnée européenne la menant jusqu’à Roland-Garros avec son coach va durer 28 jours. « Ça va coûter 20 000 à 25 000 $ », souligne Johanne Demers.

Tennis Canada va absorber une partie de cette facture. « Ça n’arrive pas tout le temps, mais ça aide beaucoup», explique la maman.

«C’est clair que c’est une étape le fun pour Mélodie. Elle accède à ce qu’elle souhaite. Un tournoi du Grand Chelem junior, c’est une première étape pour se rendre au niveau pro. Mais ça vient avec un défi financier, surtout parce que nous avons décidé de la garder à Gatineau.»

Collard aurait pu imiter plusieurs autres espoirs au pays et déménager à Montréal, domicile du centre national d’entraînement de Tennis Canada. La facture aurait été moins élevée pour les parents.

«On a décidé de la garder ici parce que nous pensons que c’est la meilleure chose pour elle, pour son développement et parce qu’elle veut aussi rester ici dans sa famille et avec son équipe. Mais comme j’ai toujours dit, on y est toujours arrivé et on va continuer à y arriver. On va trouver des façons d’y arriver.»