Le gérant Pete Mackanin soulève la coupe des Gouverneurs alors qu’il est porté par ses joueurs. À gauche, feu Howard Darwin, propriétaire des Lynx d’Ottawa, et à droite, Chris Martin.
Le gérant Pete Mackanin soulève la coupe des Gouverneurs alors qu’il est porté par ses joueurs. À gauche, feu Howard Darwin, propriétaire des Lynx d’Ottawa, et à droite, Chris Martin.

Les Lynx d'Ottawa champions il y a 25 ans

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
Les Champions d’Ottawa sont morts, enterrés bien avant une pandémie mondiale qui aurait été le dernier clou de leur cercueil s’ils existaient toujours.

Le stade du chemin Coventry qui était leur domicile est demeuré vide cette année, en attendant la venue possible d’une franchise de la Ligue Frontier en 2021.

Le parc de balle de 10 000 sièges aura donc une autre vie, tel un chat qui en a neuf. Ce qui nous rappelle que le dimanche 13 septembre, ça fera 25 ans que ses premiers locataires, les Lynx d’Ottawa, ont remporté le championnat de la Ligue internationale de baseball AAA.

Alors le club-école principal des Expos de Montréal, les Félins du gérant Pete Mackanin avaient eu une saison régulière ordinaire, présentant une fiche de 72-70, mais celle-ci avait été suffisante pour finir au deuxième rang de leur division et se qualifier pour les séries.

Malgré la perte de gros noms comme F.P. Santangelo, Joe Siddall et les lanceurs Kirk Rueter et Tavo Alvarez vers la fin de la saison régulière, une bande de joueurs combatifs a trouvé le moyen de remporter cette seule coupe des Gouverneurs de l’histoire du club.

« Nous n’étions peut-être pas les plus talentueux, mais c’est nous qui avions le plus de cœur », avait déclaré le voltigeur Curtis Pride, lui qui a frappé pour ,333 en séries. Pride a ensuite passé 11 saisons dans les majeures, avec les Expos et quelques autres clubs, ayant la distinction d’en être le premier joueur sourd depuis 1945.

Lui, Julian Yan, Chris Martin et Bert Heffernan étaient les vedettes en attaque d’un club qui a défait les Red Wings de Rochester lors d’un cinquième match décisif en demi-finale.


« C’est une des choses les plus cool dont j’ai été témoin dans ma carrière. »
Derek Aucoin

En grande finale, les Lynx sont allés diviser les deux premiers matches à Norfolk, avant de battre les Tides 3-2 et 4-0 à Ottawa, devant plus de 8000 amateurs.

La victoire lors du dernier match est allée à la fiche de Derek Aucoin, qui était venu en relève au partant Gabe White après trois manches et un tiers quand la pluie avait interrompu la rencontre. Le releveur québécois, rappelé du AA pour ces séries, avait été à son meilleur, obtenant cinq retraits sur des prises en deux manches et un tiers et allouant seulement. Les Tides n’ont obtenu que trois coups sûrs dans ce match.

« J’ai tellement de bons souvenirs d’Ottawa. J’ai une cassette du match ultime de la finale et je l’ai regardée sur un projecteur avec Dawson (son fils). Je lançais en tabarnouche », s’est remémoré Aucoin en entrevue avec Le Droit le printemps dernier.

Derek Aucoin

Joint en Arizona où il habite tout en étant adjoint spécial au directeur général des Phillies de Philadelphie, Pete Mackanin s’est rappelé avec joie cette petite équipe qui avait joué du bon baseball au bon moment.

« Je me souviens que le dernier frappeur du match décisif avait obtenu six ou sept fausses balles pour faire monter la tension, avant de frapper un roulant qui mettait fin au match. J’avais dit à mon adjoint sur le banc, Gomer Hodge, que je n’en pouvais plus », s’est-il remémoré récemment.

« L’autre chose qui m’a marqué, et c’est une des choses les plus cool dont j’ai été témoin dans ma carrière, c’est qu’alors qu’on célébrait la victoire dans le restaurant du stade, vers 1 h du matin, F.P. Santangelo et Joe Siddall sont arrivés de Montréal, où ils avaient joué un match avec les Expos ce soir-là. Quand ils ont su qu’on avait gagné, ils ont sauté dans leur voiture et sont venus fêter avec nous », s’est-il rappelé, lui qui croise à l’occasion ces deux Lynx originaux maintenant qu’ils travaillent comme commentateurs à Washington et Toronto, respectivement.

Les Lynx ont quitté pour s’installer en Pennsylvanie, en 2007. Il ne reste que les souvenirs de leurs premières années où ils remplissaient le stade soir après soir.

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Pete Mackanin alors qu'il dirigeait les Phillies de Philadelphie dans la MLB.

UNE SAISON SPÉCIALE POUR PETE MACKANIN

Pete Mackanin a passé 52 ans dans le monde du baseball, remportant quatre championnats de ligues différentes et dirigeant les Phillies de Philadelphie, les Reds de Cincinnati et les Pirates de Pittsburgh dans les majeures.

Sa saison 1995 à la barre des Lynx demeure particulièrement spéciale pour l’homme de 69 ans, alors qu’en plus d’avoir été couronnée par le triomphe de son équipe, son épouse Nancy a vaincu un cancer pendant cet été.

« Elle suivait des traitements pour le lymphome non hodgkinien cette année-là, elle avait commencé en Floride, puis elle a continué à faire sa chimiothérapie quand on est arrivé à Ottawa. C’est resté dans mon esprit, ça n’avait pas été facile. Aller au stade était une bonne thérapie pour moi, je pouvais penser à autre chose que sa maladie. Elle a traversé cette épreuve alors qu’elle va très bien maintenant, et nous avons gagné le championnat, ce qui a été le crémage sur le gâteau », confie-t-il.

Le couple est marié depuis 44 ans. Ils se sont rencontrés à Montréal, d’où elle est originaire, quand Mackanin, un ancien joueur de deuxième but, portait les couleurs des Expos en 1975. « Travailler à Ottawa était bien pour elle puisqu’elle pouvait aller à Montréal voir sa famille pendant que j’étais sur la route », note Mackanin, qui a dirigé les Lynx pendant une autre saison avant d’être promu à Montréal comme entraîneur au troisième but sous le gérant Felipe Alou.

« J’ai gagné aussi dans la Ligue de la Caroline (niveau A fort) avec Lynchburg en 2002, et j’ai dirigé plusieurs années l’hiver au Vénézuéla, et mon club a gagné le championnat du pays ainsi que des Caraïbes en 1998-1999. S’il y en a d’autres, je les ai oubliés. J’en ai gagné tellement, lance-t-il en riant. Mais le titre avec Ottawa, ça demeure celui qui vient au haut de la liste, même devant l’année où j’étais l’entraîneur sur le banc aux côtés de Charlie Manuel avec les Phillies et que nous avons perdu contre les Yankees. Quand tu gagnes, peu importe le niveau, le feeling est le même, c’est fantastique. Ça veut dire plus d’argent quand tu te rends en Série mondiale, cependant. »