Les judokas Loika Robertson et Felix-Olivier Bertrand ont hâte de renouer avec la compétition.
Les judokas Loika Robertson et Felix-Olivier Bertrand ont hâte de renouer avec la compétition.

Le judo, grand oublié du déconfinement sportif

Sylvain St-Laurent
Sylvain St-Laurent
Le Droit
Félix-Olivier Bertrand mène une vie d’adolescent presque normale. Il passe un peu de temps avec ses amis. Il suit ses cours de conduite. Il occupe un emploi d’été, en attendant d’effectuer sa rentrée en cinquième secondaire à l’école Mont-Bleu.

Sauf qu’en temps normal, le jeune homme n’est pas un adolescent normal. Il est un athlète d’élite. Il se démarque sur les tatamis de judo.

Dans le déconfinement sportif progressif du Québec, il se sent « oublié ».

« Plein d’autres sports ont repris leurs activités. Le judo a repris dans certaines provinces du Canada et dans plusieurs pays d’Europe. Au Québec, c’est ça. On se sent oubliés », dit-il.

Le jeune homme a pu remettre les pieds dans son dojo du secteur Hull pour la toute première fois en presque cinq mois, cette semaine. C’était doux-amer. Il avait obtenu une permission spéciale d’y passer quelques minutes, pour les besoins du photographe du Droit.

Il n’était pas tout seul. Tout comme lui, Loïka Robertson appartient à l’élite provinciale. La jeune femme de Thurso, une étudiante du Collège Nouvelles-Frontières, attend patiemment qu’on lui donne la permission de reprendre l’entraînement.

Elle s’est initiée au judo un peu tardivement, il y a environ quatre ans. Auparavant, son truc, c’était le jiu-jitsu.

Elle commence à obtenir des résultats franchement intéressants. Elle a monté sur la deuxième marche du podium lors de la Finale provinciale des Jeux du Québec, à l’hiver 2019. Durant la même saison, elle a obtenu une médaille de bronze au Championnat canadien ouvert U16.

« J’ai démontré que je suis capable de plus. Maintenant, j’aimerais me rendre plus loin », dit-elle, déterminée.

« J’aimerais bien gagner une médaille sur la scène internationale. »

Il est difficile de continuer à progresser quand on ne peut pas vraiment s’entraîner.

« En plus, durant l’hiver, je me suis blessée à un genou. Je ne me suis donc pas entraînée depuis le mois de février. Moi, je trouve ça vraiment dur. J’ai hâte de retourner à mon horaire habituel. Le dojo, c’est comme ma deuxième maison. Et le sport m’aide à gérer mon stress », fait-elle valoir.


« Plein d’autres sports ont repris leurs activités. Le judo a repris dans certaines provinces du Canada et dans plusieurs pays d’Europe. Au Québec, c’est ça. On se sent oubliés. »
Félix-Olivier Bertrand

Rencontres

Les deux adolescents de l’Outaouais ne sont pas isolés, dans cette histoire.

Le président de Judo Québec, Patrick Kearney, a effectué une petite tournée médiatique en début de semaine.

Il voulait faire un peu de bruit, dans le but de mettre un peu de pression sur les autorités québécoises en matière de santé publique.

« On attend sur le bout du banc pour être interpellés. Tous les sports ont eu leur chance. Il y a aussi les restaurants, les bars, mais M. Horacio Arruda ne veut même pas nous parler. Peut-être qu’on ne sera pas contents des réponses qu’ils vont nous donner, mais on veut simplement un dialogue », a-t-il déclaré, dans un entretien avec La Presse.

On dirait bien que ses efforts ont porté fruit.

La boxeuse Marie-Pier Houle a mis sur pied un groupe de travail dans le but de faciliter le déconfinement progressif des sports de combat.

Elle vient de recevoir des nouvelles encourageantes.

Des représentants du ministère de la Santé et de la direction de la santé publique seraient disposés à l’écouter, la semaine prochaine.

« Pour que l’on puisse s’entraîner convenablement advenant une reprise des combats professionnels, il faut quand même au niveau amateur que l’on ait un déconfinement au niveau de l’entraînement », a-t-elle fait valoir, dans un entretien avec un journaliste de Radio-Canada.

Félix-Olivier Bertrand a la chance de pouvoir compter sur un partenaire d’entraînement occasionnel, son père Jean-François (photo).

Au sous-sol

En attendant de bonnes nouvelles, Loïka Robertson fait des entraînements par visioconférence. « Ce n’est pas autant le fun. »

« Quand tu n’as pas de partenaire, tu ne peux pas t’entraîner avec autant d’intensité. Des exercices avec des élastiques, ce n’est pas génial. C’est bon pour la technique, mais c’est toujours mieux d’avoir quelqu’un avec qui travailler. S’entraîner avec un partenaire, c’est toujours mieux, pour la motivation. »

Félix-Olivier Bertrand a la chance de pouvoir compter sur un partenaire d’entraînement occasionnel. Son père, Jean-François, est aussi judoka dans ses temps libres.

Il peut servir de cobaye, pour certains exercices, sur le tatami qui est installé dans le sous-sol de la résidence familiale. Puisque les deux hommes n’ont pas le même poids, la collaboration a ses limites.

« C’est quand même mieux que ceux qui sont complètement seuls. Certains n’ont fait aucun exercice de projections depuis le mois de mars. C’est difficile. C’est difficile de s’améliorer, par les temps qui courent. Au moins, parce que j’ai mon père, je ne perds pas tout ce que j’ai appris et acquis au fil des ans. »