La fermeture de toutes les patinoires depuis la mi-mars à cause de la COVID-19 a notamment forcé l’annulation de toutes les fins de saison au hockey mineur.
La fermeture de toutes les patinoires depuis la mi-mars à cause de la COVID-19 a notamment forcé l’annulation de toutes les fins de saison au hockey mineur.

La zone grise des écoles de hockey

C’est la rentrée dans les écoles primaires dans les différentes régions du Québec lundi, sauf celles de Montréal.

Cette importante mesure de déconfinement suscite son lot d’inquiétudes auprès des parents d’enfants concernés ainsi que des enseignants craignant une exposition à la COVID-19.

Le succès — ou insuccès — de cette grande expérience menée par le gouvernement Legault pourrait avoir une incidence sur le reste d’un retour à la normale, ou à un « nouveau normal », pour les jeunes au cours de la saison estivale. Est-ce qu’ils pourront aller à des camp de jour ou de vacances ? Ou des écoles de hockey ou d’autres sports ?

Pour ce qui est du hockey, la fermeture depuis la mi-mars de toutes les patinoires a forcé l’annulation de toutes les fins de saison au hockey mineur. La poursuite des mesures a éliminé toute l’industrie du hockey « de printemps », ces équipes d’élite formées pour permettre à certains joueurs élites de pratiquer leur sport de prédilection presque à longueur d’année.

Les écoles de hockey vivent maintenant d’espoir, même en sachant que Hockey Québec a dit à tous ses intervenants récemment d’échafauder leurs projets de relance en se basant sur une date de retour estimée au 1er septembre.

« Personne ne nous dit qu’il n’y aura rien avant, mais qu’il vaut mieux dépenser notre énergie en se basant sur la date du 1er septembre, mentionne Alain Sanscartier, le directeur des opérations hockey de Hockey Vision 2000 (organisme qui chapeaute l’Intrépide midget AAA et ses différents programmes estivaux). Une chose qui ne changera pas cet été, c’est la règle des distanciations sociales et les règles sanitaires. Quand on connaît notre infrastructure régionale, il y a des défis énormes dans plusieurs arénas aux couloirs étroits tout comme les vestiaires. »

Sanscartier est à la tête également de Vision Multisports Outaouais (VSMO), l’OBNL qui gère le Complexe Branchaud-Brière. De la fin juin à la mi-août, ce sont des écoles de hockey qui accaparent la majorité des heures de glace. « Là, ils sont tous sur la glace, relate-t-il. On attend les directives gouvernementales à savoir d’abord quand on va pouvoir ouvrir. Ça, on n’a pas de contrôle là-dessus. »

Jason Lemay opère l’École de hockey de l’Outaouais, justement à Branchaud-Brière, et comme ses dates de camp sont déjà réservées (29 juin au 3 juillet et 24 au 28 août), il se pose de sérieuses questions. « On est dans le néant présentement. Le gouvernement a parlé des camps de jour la semaine dernière pour dire qu’ils pourront avoir lieu, mais on ne sait pas quelle sera la réglementation. Et est-ce que les écoles de hockey seront considérées comme un camp de jour ? La nôtre en est une, on fonctionne de 8 h à 16 h... On parle d’une centaine de jeunes et on peut par exemple réduire le nombre de joueurs sur la glace. On pense à plusieurs options, sauf qu’on a aucune réponse », affirme-t-il, mentionnant n’avoir eu aucune demande de remboursement de la part des parents.

L’ancien entraîneur des gardiens des Olympiques Michel Vallière opère une école pour joueurs et gardiens depuis une vingtaine d’années, à Montréal et en Outaouais, et il plaide pour sa paroisse. « Pour les enfants, les camps de jour sont un service essentiel. Il faut qu’ils bougent, ils ne peuvent pas passer l’été à rien faire. On part du principe qu’il faut tout relancer. Il faut protéger les gens qui sont âgés et en centre d’accueil, c’est certain. Mais il faut que 98 % de la population retrouve sa vie... Nous, on va être prêts. Il va y avoir des mesures à prendre, de la distanciation, du lavage de mains. Dans notre cas (camp de gardiens et de joueurs), le fait d’avoir des petits groupes faisait déjà partie du concept. Ça va être facile de s’adapter à ça. Si les écoles ouvrent avec 15 étudiants par classe, on est capables de respecter ça. »

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Jacques Martin

MARTIN ET GRANDMAÎTRE, EN «MODE ATTENTE»

Jacques Martin ne demanderait pas mieux que de conserver sa séquence de 39 années consécutives à tenir l’école de hockey qui porte son nom.

L’ancien entraîneur des Sénateurs et du Canadien, actuel adjoint avec les Penguins de Pittsburgh, ne sait cependant pas s’il sera lui-même disponible à la dernière semaine de juillet et la première d’août, moment où son club actuel pourrait être impliqué dans des séries estivales pour la coupe Stanley.

Et puis, il y a évidemment la question à savoir si les autorités de la santé publique québécoise permettront la tenue du camp de développement tenu annuellement au Collège Bourget, à Rigaud.

«On n’a pas pris de décision encore. On va attendre de voir en juin, tout va dépendre de la situation avec le coronavirus. On espère encore qu’il y ait une possibilité, mais on reconnaît qu’il y a beaucoup d’adversité à laquelle faire face. J’ai hâte de voir comment ça va se passer avec la réouverture des écoles. On va voir, on va prendre une décision sage après avoir bien analysé les choses. C’est certain qu’on ne veut pas mettre les jeunes dans une situation précaire», mentionnait Martin en entrevue cette semaine, lui qui attire toujours différents joueurs professionnels (les Jean-Gabriel Pageau, Kristopher Letang et Anthony Mantha, entre autres, sont déjà passés faire leur tour) à son camp.

Si son camp est présenté en sol québécois, Martin est un Franco-ontarien qui conserve ses racines dans l’Est ontarien. Il est d’ailleurs le mentor de l’entraîneur-chef des Gee Gees de l’Université d’Ottawa Patrick Grandmaître, le Gatinois embauché il y a cinq ans sous sa recommandation.

Pour ce dernier, la tenue d’écoles de hockey sur le campus est une importante partie de la collecte de fonds pour les opérations hockey du Gris et Grenat, sans compter que c’est un emploi d’été pour plusieurs des joueurs de son équipe.

La pandémie de la COVID-19 a déjà chambardé les plans de l’institution de haut savoir située dans le quartier de la Côte-de-Sable.

«À l’Université d’Ottawa, nous avons pas mal tous les camps (sportifs) auxquels tu peux penser. C’est une grosse machine et pour nous du côté ontarien, qui a fonctionné différemment du côté québécois depuis le début, c’est différent. On nage dans l’incertitude à l’heure actuelle, on est sur le qui-vive. Déjà, les deux premières semaines de juillet, tous les camps sont annulés (à l’Ud’O). On est dans l’attente. On attend d’autres nouvelles à la mi-mai, mais on est aussi capables de se “revirer de bord” rapidement si on obtient le “OK” (du gouvernement Ford)... On est en mode attente présentement», a-t-il indiqué.

L’ancien des Tigres de Victoriaville et des Remparts et aussi curieux de voir ce qui va se passer avec le hockey du côté québécois de la rivière des Outaouais, alors qu’il a trois fils âgés de six, quatre et deux ans, les deux plus vieux donnant leurs premiers coups de pain dans le hockey organisé à Gatineau, où il conserve sa résidence.