Laurent Duvernay-Tardif ne jouera pas avec les Chiefs de Kansas City en 2020 afin de se consacrer à la lutte contre la COVID-19 dans les CHSLD du Québec.
Laurent Duvernay-Tardif ne jouera pas avec les Chiefs de Kansas City en 2020 afin de se consacrer à la lutte contre la COVID-19 dans les CHSLD du Québec.

S’il estime avoir pris la bonne décision, Duvernay-Tardif a tout de même douté

Frédéric Daigle
La Presse Canadienne
Tout sourit à Laurent Duvernay-Tardif. Ça ne veut pas dire qu’il n’est jamais assailli de doutes.

Prenons par exemple sa décision de ne pas jouer avec les Chiefs de Kansas City en 2020 afin de se consacrer à la lutte contre la COVID-19 dans les CHSLD du Québec. Ç’a été un choix déchirant, qui l’est encore plus à la veille du premier match de la saison des champions en titre du Super Bowl.

«Initialement, on ne savait même pas si nous allions avoir l’option de ne pas participer à la saison. Ce n’est pas une clause qui fait partie de nos contrats, a-t-il raconté au cours d’une téléconférence, mercredi. Je ne l’avais jamais considéré non plus : je m’entraînais en vue de mon retour à Kansas City, où j’avais déjà loué un appartement. Mes billets d’avion étaient achetés.

«C’est vraiment dans la dernière semaine avant de partir que j’ai repensé à cela. Mon expérience en CHSLD a vraiment changé ma perspective sur plein de points de vue. (...) Ça m’a frappé, l’impact que pouvait avoir cette pandémie sur les gens, non seulement sur leur santé, mais leur vie. J’avais toujours cela derrière la tête. Quand j’ai pris ma décision, il y avait recrudescence de cas dans plusieurs États - 60 000, 70 000 cas par jour.

«Les risques au niveau collectif pour moi, de savoir que je pouvais mettre des communautés à risque par nos déplacements. Comme futur médecin (...), ça m’agaçait beaucoup.»

Une fois sa décision prise, Duvernay-Tardif a contacté l’entraîneur-chef, Andy Reid, ainsi que l’entraîneur des joueurs de ligne à l’attaque, Andy Heck.

«Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais ils m’ont vraiment appuyé dans ma décision. Ils ont vraiment compris ma perspective sur la question de jouer ou pas. Leur appui m’a touché. Ça montre à quel point c’est une organisation de première classe.»


« Mon expérience en CHSLD a vraiment changé ma perspective sur plein de points de vue. (...) Ça m’a frappé, l’impact que pouvait avoir cette pandémie sur les gens, non seulement sur leur santé, mais leur vie »
Laurent Duvernay-Tardif

L’intention de Duvernay-Tardif est de retrouver sa place de garde dès 2021. Mais le football étant ce qu’il est, sa place au sein de la formation est loin d’être garantie.

«Ce que je me suis dit, c’est qu’il ne fallait pas que ma condition physique soit un facteur pouvant me limiter dans mon retour à Kansas City, a-t-il expliqué. C’est l’objectif principal que je me suis fixé. J’ai pratiquement 30 ans; c’est ma septième saison que je rate cette année. Je reviendrais pour ma huitième. Il y a plusieurs enjeux par rapport à ça et je vais tout faire pour que l’aspect physique n’en soit pas un. (...) Je vais adopter la même attitude qu’au cours de toute ma carrière : me battre pour mériter ma place. On peut penser que lors de mes troisième, quatrième ou cinquième saisons, le poste était à moi, mais il fallait que je prouve que j’avais ma place.»

C’est pourquoi il entamera dans les prochains jours un programme d’entraînement qui lui permettra de se présenter en forme optimale au prochain camp des Chiefs. En plus de travailler dans les CHSLD. Et d’étudier... à Harvard.

Le Québécois a annoncé cette semaine son intention d’approfondir ses connaissances en santé publique auprès de la prestigieuse université.

«Mes études en médecine ont une valeur inestimable pour moi, c’est le domaine dans lequel je veux évoluer plus tard. Mais je me rends compte aussi qu’avec ce que j’ai bâti en termes de tribunes médiatiques, il y a la possibilité de diffuser un message qui est fort. Pourquoi ne pas rejoindre ces gens avec des concepts de santé publique? Je ne sais pas si je vais évoluer là-dedans à temps plein, mais ça va me permettre de rendre pertinente la tribune que je me suis bâtie au Québec, au Canada et aux États-Unis et l’utiliser à bon escient. C’est ce qui va unir mes aspirations philanthropiques, mes connaissances médicales et mes tribunes médiatiques.»

À distance, Duvernay-Tardif étudiera notamment la santé et le comportement social de la population, la nutrition au niveau de la population mondiale, ainsi que les statistiques biologiques et épidémiologiques.

En attendant, il s’accordera le plaisir de regarder le premier match des Chiefs, jeudi soir, contre les Texans de Houston.

«Les seuls matchs que j’ai regardés à la télévision au cours des dernières années, c’est quand j’ai été blessé. Ça va donc être une toute autre dynamique. J’espère être capable de le regarder dans l’ensemble et ne pas avoir les yeux rivés seulement sur la ligne offensive! Je pense que je vais beaucoup analyser le jeu à l’attaque, voir quels jeux du catalogue de l’an dernier sont toujours utilisés. Un peu comme un analyste.»