Thomas Chabot s'entraîne cinq jours par semaine au PEPS de l’Université Laval à Québec.
Thomas Chabot s'entraîne cinq jours par semaine au PEPS de l’Université Laval à Québec.

Une pause pandémie utilisée pour s’entraîner

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
Six longs mois se sont écoulés depuis que les Sénateurs d’Ottawa ont disputé leur dernier match, le 11 mars dernier à Los Angeles.

On serait porté à penser que cette pause forcée en raison de la pandémie de la COVID-19 n’augurait rien de bon pour des athlètes de pointe qui sont par surcroît des créatures d’habitudes, le rythme de leurs entraînements ayant été établi au fil des années.

Ce serait cependant bien mal connaître les joueurs de hockey professionnels, qui n’ont plus le choix de nos jours de se soucier de leur conditionnement physique presque 12 mois par année, coronavirus ou pas.

Préparateur physique du défenseur vedette des Sénateurs Thomas Chabot à Québec, Jean-Philippe Riopel estime plutôt que plusieurs joueurs, dont son client, ont profité de cette accalmie dans leur calendrier pour travailler plus que jamais sur leurs corps.

«Honnêtement, c’est une pause qui a été bonne mentalement pour plusieurs joueurs. Ils reviennent à l’entraînement en pleine forme ensuite, surtout ceux qui ont traîné des blessures longtemps, a-t-il raconté en entrevue téléphonique mardi. On a plus de temps pour travailler sur plein de choses qu’on n’a parfois pas le temps de toucher dans un été normal, qui peut-être court pour ceux qui vont loin en séries. Les gars ont le temps de se faire traiter s’ils ont une blessure à l’entraînement, puis de revenir comme si de rien n’était. À date, je touche du bois, mais c’est le fun d’étirer l’été un peu avec les joueurs et on voit vraiment ceux qui prennent ça au sérieux, comme Thom... On peut aussi régulariser les forces et faiblesses des joueurs pour la suite de leur carrière.»

Chabot réside dans son patelin de Sainte-Marie de Beauce, mais il se rend cinq jours par semaine au PEPS de l’Université Laval à Québec – un trajet d’environ 45 minutes – pour s’entraîner dans un groupe qui comprend notamment David Savard, des Blue Jackets de Columbus, Alex Belzile, du Canadien, et jusqu’à récemment, l’espoir des Sénateurs Maxence Guénette, des Foreurs de Val-d’Or.

Thomas Chabot est reconnu à Ottawa pour ses capacités cardio-vasculaires élevées, accompagnées d’un coup de patin supérieur à la moyenne.

«Au début de la pandémie, quand les gyms étaient fermés, il (Chabot) est resté à Ottawa alors qu’il avait un bon set up à sa maison. Chris Schwartz (entraîneur responsable du conditionnement des Sénateurs) s’occupait bien de lui et de ses coéquipiers, organisant même des ‘Zooms’ d’entraînement, ce qui n’est pas évident, j’ai essayé d’en faire avec le Rouge et Or (au football). Depuis qu’il est arrivé à Québec, il est vraiment dédié à l’entraînement, c’est un vrai pro. Il est dans une situation idéale, il est jeune (23 ans) et commence un nouveau contrat (8 millions $ pour huit ans) la saison prochaine. Il est en pleine forme et il joue beaucoup», souligne Riopel.

Joueur le plus utilisé dans toute la LNH la saison dernière avec 26 minutes exactement de temps de glace par match en moyenne, Chabot est reconnu à Ottawa pour ses capacités cardio-vasculaires élevées, accompagnées d’un coup de patin supérieur à la moyenne.

«Un break comme ça permet de ne pas leur ‘rentrer dedans’ au niveau cardio-vasculaire, on peut mieux l’échelonner sur l’été. Normalement, un joueur va avoir un meilleur ‘cardio’ à la fin de l’été. Un gars comme Thomas qui joue beaucoup et qui n’est pas un gros bonhomme, on a travaillé pour ajouter de la masse musculaire, mais il faut qu’il garde la vitesse à laquelle il est habitué de jouer. Pour lui, c’est super important. On a donc travaillé beaucoup en ‘cardio’ et en ‘plio’ (pliométrie) en commençant», indique Riopel, qui a entraîné le premier choix des Olympiques de Gatineau (et premier choix au total au repêchage) Tristan Luneau au cours des deux dernières saisons estivales.

PHOTO le premier choix des Olympiques de Gatineau, Tristan Luneau

Celui-ci croit que les joueurs plus âgés ne seront pas nécessairement pénalisés par cette longue pause, habitués qu’ils sont à se prêter aux rigueurs de l’entraînement afin de conserver leurs postes malgré la tendance qu’ont les équipes à intégrer leurs espoirs plus rapidement dans leurs formations. «Les plus vieux ont l’habitude d’insérer l’entraînement dans leur routine au quotidien pour être capables de continuer à suivre le rythme», affirme-t-il.

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Thomas Chabot trouve des moyens de rester motivé

Pour briser la routine des entraînements hors glace et des séances sur glace à travailler sur ses habiletés, Thomas Chabot a récemment participé à un tournoi pour adultes.


« Le temps commence à être long, on a hâte de rejouer des matches. »
Thomas Chabot

L’arrière des Sénateurs était le seul joueur actif de la LNH à participer à la compétition organisée au bénéfice de la Fondation Bob Bissonnette à Québec. Le club dont il faisait partie s’est incliné en finale dans la classe élite, et n’a surtout pas été dans la course pour le trophée allant à l’équipe ayant consommé le plus de bières!

«Le calibre était moins fort que les autres années apparemment, mais ça a vraiment été le fun quand même, a-t-il dit dans un échange de textos avec Le Droit. Il y avait des gars de la Ligue américaine, des anciens comme Simon Gagné et Maxime Talbot... Le temps commence à être long, on a hâte de rejouer des matches. Mais on s’arrange bien ici, je patine à Québec et à Sainte-Marie, on a des scrimmages (matches simulés). On trouve des moyens de se garder dans le bain.»

Sébastien Bordeleau, l’ancien des Olympiques et du Canadien qui est maintenant entraîneur responsable des habiletés pour les Predators de Nashville, organise des entraînements sur glace pour plusieurs professionnels dans la région de Montréal, Jonathan Huberdeau, de la Floride, en tête, de même que Marie-Philip Poulin du côté féminin.

Sébastien Bordeleau organise des entraînements sur glace pour plusieurs professionnels dans la région de Montréal.

«On essaie de les garder en shape le plus possible, de s’assurer qu’ils ont du fun en allant sur la glace tout en cherchant à améliorer leurs habiletés, leurs lancers. L’été est quand même long, il faut varier ça un peu, on joue du trois contre trois, du cinq contre cinq, on essaie de varier un peu tout en gardant un bon niveau de compétition. Ce qui est dur, c’est de ne pas savoir quand ça va recommencer», a-t-il indiqué au Droit.

Alors que les dirigeants de la LNH avaient parlé d’un début de saison 2020-2021 en décembre, ils ont évoqué récemment la possibilité que ça soit repoussé en janvier, ou même plus tard, craignant une deuxième vague de la pandémie. L’Association des joueurs a pourtant avisé ses membres que les camps des sept clubs n’ayant pas participé aux séries pourraient commencer le 1er novembre, alors que les autres équipes sauteraient sur la glace à la mi-novembre.

«C’est certain que si ça reprend au mois de janvier, mentalement ça va commencer à jouer dans la tête des joueurs. Présentement, les gars ont le mindset qu’ils vont recommencer à patiner avec leurs coéquipiers au début ou à la mi-novembre. Ce n’est pas nécessairement ça qui va arriver, mais on va s’ajuster si les dates de retour sont repoussées», affirme Jean-Philippe Riopel, préparateur physique au gym PerfoRme à Québec.