Alors qu’Erik Karlsson a pris le chemin de San Jose jeudi, l’avenir de certains joueurs de l’organisation des Sénateurs est incertain. C’est notamment le cas de l’attaquant Matt Duchene, qui pourrait obtenir sa pleine autonomie en juillet prochain.

Un après-Karlsson sans capitaine

Le soleil s’est levé quand même au lendemain de la transaction qui a secoué la capitale nationale jeudi, quand le défenseur Erik Karlsson est passé aux Sharks de San Jose contre deux joueurs, deux espoirs et au moins deux choix de repêchage élevés.

En cette première journée sur la glace au camp d’entraînement des Sénateurs d’Ottawa, la vie a repris son cours normal, alors que la compétition pour les nombreux postes disponibles a commencé tranquillement.

Le d.g. Pierre Dorion et le propriétaire Eugene Melnyk ont confirmé cette semaine — et la transaction Karlsson n’a fait qu’ajouter du poids à leurs propos — que l’équipe amorce un processus de reconstruction, mais lors de son premier point de presse, l’entraîneur-chef Guy Boucher refusait d’utiliser ce mot.

« Ce n’est pas un bon mot pour moi. Je suis un entraîneur et chaque année, tu construis quelque chose. C’est là que j’en suis. On va bâtir avec les joueurs que nous avons, avec tous les espoirs qu’ils apportent et j’ai confiance que nous pouvons bâtir quelque chose, bâtir une chimie d’abord. Pour l’instant, on va se concentrer là-dessus », a-t-il déclaré.

L’onde de choc d’un échange d’une telle magnitude se faisait évidemment encore sentir dans le vestiaire de l’équipe, même si les anciens coéquipiers de Karlsson savaient qu’il était inévitable qu’il change d’adresse avant que son contrat n’arrive à échéance, l’été prochain.

« On a perdu un ami, un gars avec qui on passait chaque jour, les quatre dernières années dans mon cas. C’est un choc au système, peu importe qui est échangé. Tu ne t’y attends jamais vraiment, et même quand tu t’y attends, tu ne sais pas comment réagir. Mais en même temps, c’est le groupe que nous avons, nous sommes excités du groupe que nous avons. Si vous avez regardé le camp aujourd’hui, certains des jeunes étaient nos meilleurs joueurs », a commenté l’attaquant Mark Stone.

« C’est difficile de voir un gars comme ça partir. Je n’ai joué qu’une soixantaine de matches avec lui, et il est un joueur spécial. Mais nous sommes excités de voir Chris (Tierney) et Dylan (DeMeo) arriver, et il y a de bons morceaux pour l’avenir aussi. On ne souhaite que ce qu’il y a de mieux pour “Karl” (Karlsson), on va espérer qu’il trouve un domicile là-bas et sinon, après sa dernière année de contrat, il pourra choisir. Nous, on va vers l’avant comme franchise et comme équipe », a renchéri le centre Matt Duchene.

L’avenir de ces deux joueurs avec l’organisation est également incertain, eux qui pourraient obtenir leur autonomie complète le 1er juillet prochain également. Il ne faut donc pas se surprendre que le club n’a pas l’intention de nommer un capitaine cette saison. « Si et quand on en nomme un, ça va être une décision d’organisation, Pierre (Dorion) en tête », a indiqué Boucher.

« Je pense qu’on n’a pas besoin de nommer un capitaine, plusieurs équipes ne font pas ça... Il y a assez de leaders qui vont faire ce qui est nécessaire avec ou sans lettre sur leur chandail », a commenté pour sa part le défenseur Mark Borowiecki, qui a lamenté la perte « du défenseur le plus habile de la ligue, sauf que c’est la business du sport, il a le droit d’explorer toutes les options qui s’offrent à lui et le club a le droit d’échanger un actif quand il le veut ».

Dans la foulée des accusations de cyberindimidation de la fiancée de Mike Hoffman à l’endroit de l’épouse d’Erik Karlsson en mai dernier (Monica Caryk a demandé devant un juge de la Cour suprême de l’Ontario vendredi à ce que Melinda Karlsson dévoile les éléments de preuve qui l’ont poussée à obtenir un ordre de protection contre elle), Pierre Dorion a dit que le vestiaire était « brisé », et Boucher a comme tâche de le réparer.

« Peu importe ce que c’était, l’année dernière, ce que c’est en ce moment (importe), le focus est sur la chimie, l’ensemble, se concentrer sur les détails qui font qu’on développe des relations qui vont nous aider dans nos étapes. C’est ma troisième année et ça fait trois ans que je le dis, le succès ou le manque de succès est toujours dû aux intangibles », a-t-il mentionné.

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Francis Perron a aussi été impliqué dans la transaction envoyant Erik Karlsson aux Sharks.

PAS FACILE POUR FRANCIS PERRON NON PLUS

Francis Perron est dorénavant la réponse à une question quiz : quel joueur a été échangé avec Erik Karlsson aux Sharks de San Jose.

L’attaquant québécois ne s’y attendait évidemment pas, lui qui était retourné à l’hôtel après avoir passé son examen médical et ses tests de conditionnement physique en matinée jeudi.

«C’est particulier, je n’avais jamais vécu un échange, autant chez les juniors que les professionnels. Je n’étais plus à l’aréna, c’est Pierre (Dorion) qui m’a appelé. Je l’ai appris par téléphone et c’était un peu un choc. Ça fait quand même quatre ans, quasiment cinq ans que j’étais dans l’organisation. Tu crées des liens, tu te fais des chums en deux ans avec le club-école, a-t-il confié vendredi au Droit. Ce n’est jamais facile de dire “bye” aux amis que tu t’es fait, mais je pense que côté personnel, ça va me faire du bien d’avoir un nouveau départ dans une autre organisation.»

Le Lavallois de 22 ans, un choix de septième ronde en 2014, était devenu un bon espoir pour les Sénateurs en menant les Huskies de Rouyn-Noranda à une coupe du Président en 2016, saison où il avait amassé 108 points en plus d’être nommé le joueur le plus utile des séries éliminatoires (trophée Guy-Lafleur).

À Binghamton il y a deux ans, il avait été limité à 6 buts et 26 points en 68 parties, avant de ne jouer que 44 parties l’an dernier (4 buts, 11 passes) en raison d’une blessure à un tendon d’une main qui a nécessité trois mois de repos. Pendant son absence, des jeunes comme Alex Formenton, Drake Batherson et le premier choix Brady Tkachuk sont passés devant lui dans la liste d’espoirs du club.

«Cette année, avec tous les changements et le mouvement jeunesse qu’Ottawa voulait faire, je voyais une opportunité de faire ma place et jouer des matches dans la LNH maintenant que je suis complètement remis de cette blessure que j’ai traînée pendant un ou deux ans», indique-t-il.

Les Sharks ont publié une photo de leur d.g. Doug Wilson qui s’est rendu dans la capitale pour souhaiter la bienvenue à Karlsson dans leur organisation, mais Perron ne lui a pas parlé, lui qui est retourné à Laval en attendant d’obtenir son visa de travail pour pouvoir aller en Californie. «J’ai parlé à son assistant, Joe Will, et au coach de la Ligue américaine (Sommer). Je suis content des discussions que j’ai eu avec eux, ils ont hâte que j’arrive pour voir où j’en suis rendu dans mon cheminement», note Perron.

Pour ce qui est d’être à jamais lié à Karlsson dans ce qui est probablement la transaction la plus importante des Sénateurs, il a ajouté ceci : «C’est un gros échange, c’est excitant de faire partie de cet échange-là, mais ça reste un gros changement, pour le mieux, je pense.»