Anthony LeBlanc a été nommé à titre de président des opérations commerciales des Sénateurs à la mi-avril.
Anthony LeBlanc a été nommé à titre de président des opérations commerciales des Sénateurs à la mi-avril.

Sénateurs: LeBlanc veut résoudre l'énigme du marché francophone

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
Le nouvel homme de confiance d’Eugene Melnyk chez les Sénateurs a établi ses priorités en vue des prochains mois. Une d’elles ? Résoudre enfin le mystère du marché francophone qui a toujours échappé à la franchise de la LNH depuis ses débuts, il y a presque 30 ans.

«Ça se trouve presque au sommet de la liste», soutient Anthony LeBlanc dans une courte entrevue accordée au Droit en milieu de semaine.

Ce dernier effectuait seulement son deuxième bain de foule depuis sa nomination à titre de président des opérations commerciales des Sénateurs à la mi-avril. Il avait effectué une tournée de quelques médias anglophones en juin.

Puis mercredi, on l’a croisé au centre de dépistage à la COVID-19 au parc Brewer d’Ottawa où l’équipe de la LNH tenait un point de presse. On annonçait la création d’une nouvelle fondation dirigée par l’ancien joueur Chris Phillips.

«Il faut reconnecter avec la communauté en faisant des choses comme celles-ci. Je crois que le recrutement de Chris sera bien reçu. Ce n’est pas un poids plume. Les gens vont vouloir travailler avec lui», a fait valoir LeBlanc en mêlée de presse.

Ce dernier a parlé des travaux des Sénateurs pour mettre à jour leur image de marque en vue de la prochaine saison. La création d’un nouveau chandail fait partie de ces plans.

«Une des choses que nous regardons aussi en revoyant notre image de marque, c’est justement le marché de Gatineau. Ayant grandi au Québec, ayant vécu à Baie-Comeau jusqu’à l’âge de 10 ans, je sais à quel point le hockey est si important dans cette province, affirme Anthony LeBlanc par la suite dans un entretien avec Le Droit.

Anthony Leblanc

«Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a beaucoup de francophones de ce côté-ci de la rivière. Presque la moitié de la région est francophone. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas eu de connexion. Eugene (Melnyk) non plus. C’est pourquoi il nous pousse beaucoup pour mener une étude de marché approfondie, comprendre pourquoi nous n’avons pas eu de succès, comprendre «the good, the bad and the ugly». Nous voulons corriger le tir.»

L’échange s’est déroulé en anglais. Parce que LeBlanc ne s’exprime pas en français.

«Je ne l’ai jamais parlé, même si mon père était francophone, qu’il possédait son accent très prononcé du Nouveau-Brunswick. Ma mère est anglophone. Nous avons fréquenté la seule école de langue anglaise à Baie-Comeau. C’était une enfance différente puisque nous n’étions pas en mesure de parler la langue de la majorité des gens autour de nous.»

La famille a déménagé ensuite à Thunder Bay. Puis les études et sa carrière l’ont amené un peu partout.

LeBlanc habite la capitale nationale depuis la fin des années 1990. Plus précisément dans le quartier Glebe. Ancien dirigeant chez Research In Motion (BlackBerry), il a été abonné saisonnier aux matches des Sénateurs pendant plus de 20 ans.

Cette connaissance du marché d’Ottawa-Gatineau donne de l’espoir aux amateurs que le nouveau président aura une durée de vie plus longue que ses prédécesseurs dans des rôles similaires. Ajoutez à cela son expérience de la LNH, ayant été président, chef de la direction, copropriétaire et gouverneur suppléant des Coyotes de l’Arizona entre 2013 et 2017.

«Il faudra trouver une façon unique de susciter l’intérêt des partisans de hockey de Gatineau et des francophones, a soutenu LeBlanc. Souvent, les gens vont offrir l’excuse que l’aréna est trop loin. Gatineau, c’est juste de l’autre côté de la rivière. Ce n’est pas loin. Honnêtement, il y a eu trop d’excuses offertes et peu de réponses trouvées.

«Je ne clame pas être le prophète qui va solutionner tout ça, mais nous allons essayer. C’est presque au sommet de notre liste.»

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Le dernier match des Sénateurs d'Ottawa remonte au 11 mars dernier.

ÉVITER QUE LES SÉNATEURS SOMBRENT DANS L'OUBLI

Anthony LeBlanc est un mordu sport. Enfant, il était partisan des Nordiques de Québec et des Expos de Montréal.

Après son aventure à la tête des Coyotes de l’Arizona, l’homme d’affaires s’est impliqué dans un groupe pour doter Halifax d’une franchise de la Ligue canadienne de football. C’était jusqu’au moment où les Sénateurs l’ont contacté au printemps pour le rôle de président des opérations commerciales.

Un nouveau poste dans l’organigramme de l’équipe qui a vu quatre principaux dirigeants quitter leurs fonctions depuis 2017. Est-ce que le cinquième homme sera le bon pour travailler avec Eugene Melnyk ?

Ce qu’on sait ? Beaucoup de travail attend LeBlanc. À commencer par attirer à nouveau les partisans, anglophones et francophones, au centre Canadian Tire. Les Sénateurs occupaient le dernier rang de la LNH lorsque la saison régulière a pris fin abruptement en mars. Ils montraient une moyenne de 12 618 spectateurs par match.

LeBlanc reconnaît qu’il doit augmenter le nombre d’abonnements saisonniers. Un chiffre qui n’a cessé de fondre depuis trois ans.

«La bonne nouvelle, c’est que je suis un ancien détenteur de billets de saison. Quand je retourne en arrière, il y a cinq ou six ans, l’équipe possédait une bonne base d’abonnés. Les gens sont là. Il suffit de reconnecter avec eux.»

Le mot «reconnecter» reviendra souvent dans ses réponses. Malgré tous les efforts qui pourraient être déployés, rien n’assure que les amateurs pourront assister au retour des Sénateurs lors de la prochaine saison. Le scénario de matches à huis clos demeure une possibilité si la COVID-19 fait encore beaucoup de dégâts, que la santé publique ne donne pas le feu vert à des rassemblements plus importants en Ontario.

La LNH cible un début de calendrier 2020-2021 tôt en décembre. «Le commissaire Gary Bettman a encerclé le 1er décembre comme une date potentielle pour un retour, mais comme il l’a mentionné, c’est encerclé au crayon», rappelle LeBlanc.

Du même souffle, il ne craint pas que les amateurs boudent l’équipe. Ou même que les Sénateurs sombreront dans l’oubli malgré leur longue période d’inactivité. Leur dernier match remonte au 11 mars à Los Angeles. Il pourrait s’écouler neuf mois, ou même plus, avant leur prochaine partie.

«C’est une bonne question, dit-il au journaliste du Droit. Je crois que ce sera l’opposé. Les gens seront affamés. Ils voudront voir leur équipe locale revenir au jeu. Il y a aura un niveau d’engouement élevé.»

LeBlanc se base sur des discussions qu’il a eues avec des amateurs dans les dernières semaines. «Des gens me disent qu’ils seront de retour dans l’aréna dès que ce sera permis, qu’ils seront là pour encourager l’équipe. Je crois que la demande sera élevée», relate-t-il.

Le repêchage prévu en octobre donnera une belle visibilité aux Sénateurs, qui possèdent trois choix de première ronde, dont les 3e et 5e au total.