Sur la patinoire, la rivalité Ottawa-Montréal existe.
Sur la patinoire, la rivalité Ottawa-Montréal existe.

Sénateurs-Canadien, une bien pâle rivalité [PHOTOS]

Dans la troisième semaine du mois d’avril, pour gâter ses abonnés en manque de hockey, RDS a diffusé quatre matches rétro impliquant le Canadien de Montréal et les Nordiques de Québec.

Les abonnés ont apprécié.

Ces vieilles parties ont attiré, en moyenne, 106 000 téléspectateurs.

Une pointe a été atteinte, le lundi 20 avril, lorsqu’on a présenté la Bataille du Vendredi saint. Ce soir-là, 173 000 personnes étaient à l’écoute.

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La formule semble aussi fonctionner pour TVA Sports. Au début du mois d’avril, l’autre chaîne sportive spécialisée a présenté les six matches de la série opposant Québec et Montréal, en 1993. Elle récidivera, la semaine prochaine, avec la série de 1982.

Un quart de siècle après la disparition des Bleus, la plus grande rivalité sportive de l’histoire du Québec n’a pas été oubliée.

On n’a surtout rien trouvé d’équivalent, ailleurs.

Les Sénateurs d’Ottawa ont fait leur apparition en 1992. Ils sont vite devenus les principaux rivaux (géographiques) du Tricolore. Depuis, ils ont affronté le Tricolore à 146 occasions, en saison régulière. Les deux équipes ont croisé le fer à deux occasions en séries éliminatoires.

Pourrait-on trouver 173 000 personnes prêtes à sacrifier un lundi soir, ce printemps, pour revivre un épisode endiablé de la « Bataille de la 417 » ?

Ce serait étonnant.

Craig Anderson n’aime pas qu’on pénètre sa bulle. Il a trouvé un moyen de le faire savoir à Brandon Prust.

« La rivalité Ottawa-Montréal, c’est comme un soleil levant, mais le soleil ne se lève jamais », s’amuse Michel Langevin.

L’animateur de radio connaît fort bien la réalité des deux marchés. On l’a d’abord connu comme descripteur des matches des Sénateurs. Il a occupé ce poste durant 13 ans. Il s’est ensuite installé dans le marché montréalais, où il a été à la barre de deux émissions matinales sur des antennes dédiées au sport.

« Cette rivalité-là, c’est quelque chose d’annoncé, qui nous déçoit tout le temps. Pourtant, je ne comprends pas. Nous autres, les journalistes, quand on est proche, on pense que tout est là pour que ce soit bon, pour que ça marche... À part quelques soubresauts, en séries, ça ne lève pas. »

« On dirait que, je ne sais pas pourquoi, mais les Sénateurs n’ont jamais été vraiment capables de piquer les partisans de Montréal. »

Pourtant, sur la patinoire, le duel pourrait difficilement être plus serré.

Le Canadien a le dessus, en ce moment, avec 75 victoires, dont 10 en prolongation. Les Sénateurs l’ont emporté à 66 reprises. Dans « l’ancien temps », les deux équipes ont fait match nul à cinq occasions.

En séries, on s’en souvient, chaque équipe a signé une victoire.

Les rivalités ne se vivent cependant pas sur papier.

Un autre personnage important du monde médiatique, Martin McGuire, se souvient de soirées très animées, durant son adolescence, dans la région de Québec. « Dans mon petit groupe d’amis, il y avait trois partisans du Canadien et quatre partisans des Nordiques. Le Québec, c’est petit. Les familles, un peu partout, étaient à la fois teintées de bleu et de rouge. »

McGuire a vécu les dernières années de la rivalité Montréal-Québec en tant que journaliste, sur le terrain. Aujourd’hui, il décrit tous les matches du Canadien pour les stations de radio du réseau Cogeco.

Il a l’impression que « les rivalités d’aujourd’hui sont presque aussi intenses, mais plus civilisées ».

« Dans mes premiers matches où j’ai pu me faire accréditer, au Colisée, je n’ai pas vu de journalistes se prendre au collet, mais ce n’était pas loin. Il y a eu des prises de bec assez sérieuses. Les gens nous jugeraient beaucoup plus sévèrement si on s’impliquait autant, de nos jours. »


« La rivalité Ottawa-Montréal, c’est comme un soleil levant, mais le soleil ne se lève jamais »
Michel Langevin

Les joueurs

Sur la patinoire, la rivalité Ottawa-Montréal existe.

Ça dépend, en fait, du camp dans lequel on se trouve.

« Quand tu portes le chandail du Canadien et que les Sénateurs arrivent au Centre Bell, c’est un match comme les autres, croit l’ancien défenseur Alexandre Picard. Par contre, quand ça se passe dans le sens inverse... Quand Montréal débarque avec ses partisans à Ottawa avec ses partisans, les joueurs des Sénateurs se sentent piqués au vif. Tout de suite, la motivation monte. Il faut trouver un moyen de faire taire les 10 000 personnes qui sont venues juste pour encourager le CH. »

Picard a joué pour les deux équipes, durant sa carrière.

Même chose pour Guillaume Latendresse.

L’ancien ailier gaucher tire des conclusions similaires.

« Je pense que le problème des Sens, c’est qu’ils n’ont pas encore vraiment réussi à s’implanter dans leur propre milieu », dit-il.

« C’est tough en tabarouette, dans ce temps-là, de créer une rivalité avec un monstre comme le CH », ajoute-t-il.

Latendresse se souvient d’une époque où les joueurs du Canadien n’aimaient pas trop leurs voyages à Kanata. 

Daniel Alfredsson, Dany Heatley et Jason Spezza formaient le meilleur trio de la LNH, entre 2005 et 2010. Sinon, les Sénateurs demeuraient un club aux modestes moyens. Il n’était pas agréable de perdre contre eux.

« En ce moment, le Canadien ne manque pas de rivaux. Il y a Boston et Toronto. Toutes les équipes originales sont des rivales, en fait. Des fois, on a l’impression que le Canadien a une cible dans le dos, chaque soir. Il faudrait peut-être deux ou trois autres grosses années de confrontation avec les Sénateurs, et d’autres affrontements en séries, pour qu’on sente quelque chose se développer. »