La formule du repêchage, telle qu’on la connaît aujourd’hui, existe depuis 1968.
La formule du repêchage, telle qu’on la connaît aujourd’hui, existe depuis 1968.

Repêchage de la LNH: faut-il s’emballer tout de suite pour les Sens?

Les partisans des Sénateurs d’Ottawa ont vécu d’intenses émotions au cours de la dernière semaine. Selon un modèle qui est à l’étude, la Ligue nationale de hockey simplifierait les règles de sa loterie en prévision du prochain repêchage. Si elles sont adoptées, ces modifications donneront à l’équipe deux des quatre premiers choix.

Il est important de rappeler que ce modèle n’est pas encore adopté.

Bill Daly, le bras droit du commissaire Gary Bettman, en fait néanmoins la promotion.

On peut comprendre les fans de s’emballer.

Obtenir deux des quatre — ou cinq — premiers choix, c’est tout un événement.

La formule du repêchage, telle qu’on la connaît aujourd’hui, existe depuis 1968.

Dans les 57 dernières années, ce phénomène s’est produit à seulement sept occasions.

Ça s’est produit lors des encans de 1968, 1969 et 1970. À cette époque, il faut dire que la ligue comptait moins d’équipes. Qui plus est, le Canadien de Montréal jouissait d’un privilège. On lui accordait, dès le départ, le droit de sélectionner deux joueurs aux racines canadiennes françaises.

Depuis, seulement quatre équipes ont pu repêcher deux fois dans le top-5.

Ce fut le cas des Nordiques de Québec en 1988. Les Islanders de New York l’ont fait en 1997. Les Canucks de Vancouver ont réussi à la suite de plusieurs transactions, en 1999. Les Islanders ont obtenu cette chance une fois de plus, lors du premier repêchage du nouveau millénaire.

L’enthousiasme des partisans d’Ottawa se comprend.

Toutefois, ces derniers devraient aussi garder un truc en tête.

Les équipes qui ont obtenu deux choix dans le top-5, dans le passé, n’ont pas toujours frappé des coups de circuit.

Une petite recherche (voir les capsules qui accompagnent ce reportage) nous permet de constater que les dépisteurs de ces formations n’ont pas souvent repêché les meilleurs joueurs qui étaient disponibles.

Aucune de ces formations n’a remporté la coupe Stanley grâce aux joueurs qui ont été repêchés lors de ces encans spéciaux.


« Vraiment, les Sénateurs sont dans une très bonne position. »
Shawn Simpson

Le vieux cliché s’applique, ici. Le repêchage a toujours été, et sera probablement toujours, une science inexacte.

« Je ne tisserais quand même pas trop de liens entre le passé et le présent », intervient Shawn Simpson.

À Ottawa, on le connaît surtout pour son travail dans les médias. Il fait partie de l’équipe d’animateurs de la station de radio TSN 1200, depuis plusieurs années.

Dans une autre vie, Simpson a été dépisteur.

Il travaillait dans la LNH, à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

« En 1999, pour repêcher les deux Sedin, Brian Burke a travaillé comme un chef. Les frères n’ont peut-être pas gagné la coupe, durant leurs années à Vancouver, mais c’est passé drôlement proche ! »

« En 2000, Rick DiPietro était le gardien de Boston University. Mike Milbury, qui était directeur général des Islanders, est un gars de Boston. Il s’est peut-être emporté. Avec leur deuxième choix, ils ont repêché Raffi Torres, qui était un joueur surévalué. Cette année-là, ils ont raté une belle occasion de repêcher Dany Heatley. »

Quand il parle des Sénateurs de 2020, Simpson préfère regarder le portrait d’ensemble.

Les Sénateurs, souligne-t-il, pourraient obtenir huit des 64 plus beaux espoirs de la cuvée.

« Il faut regarder le travail accompli par leur dépisteur chef, Trent Mann, au cours des dernières années. Sa feuille de route est très bonne. Vraiment, les Sénateurs sont dans une très bonne position. »

Trent Mann

Prendre une chance

Gilles Côté travaille aussi dans la LNH, comme dépisteur, depuis de nombreuses années. Il occupe présentement un poste dans l’organisation des Sharks de San Jose.

Au bout du fil, l’homme de hockey d’expérience soulève un élément important.

« Les clubs qui ont plus d’un choix de première ronde se donnent parfois le droit de prendre des chances », souligne-t-il.

Ça pourrait expliquer, en partie, certaines erreurs qui ont été commises, le jour du repêchage, au fil des ans.

Certaines équipes peuvent par exemple utiliser leur deuxième choix élevé pour sélectionner un joueur à la santé fragile, qui a subi quelques blessures dans les dernières années.

« Les équipes qui n’ont pas beaucoup de choix sont plus prudentes. Leur marge d’erreur est moins grande », souligne-t-il.

Encore une fois, les Sénateurs, en 2020, se retrouvent dans une position favorable.

Les observateurs s’entendent. Les jeunes joueurs de talent ne manquent pas, en 2020.

Surtout à l’attaque, là où les besoins de l’organisation semblent plus pressants.

Si Trent Mann tient à prendre une chance, il pourra toujours le faire avec son troisième choix de première ronde. Cette sélection, qui devrait être située aux environs du 20e rang, leur a été offerte par les Islanders, dans la transaction impliquant Jean-Gabriel Pageau.