Kevin Mandolese a signé son contrat d’entrée dans la LNH plus tôt cette semaine avec les Sénateurs d’Ottawa.
Kevin Mandolese a signé son contrat d’entrée dans la LNH plus tôt cette semaine avec les Sénateurs d’Ottawa.

Mandolese passe à la deuxième étape

Au fil de leur histoire, les Sénateurs d’Ottawa n’ont eu que quatre gardiens québécois.

Patrick Lalime est évidemment le plus connu, lui qui détient toujours le record de blanchissages (30) en carrière avec l’équipe. Pascal Leclaire n’a pas fait long feu, victimes de malchances comme subir une commotion cérébrale quand un coéquipier, Mike Fisher, a accidentellement envoyé une rondelle vers lui alors qu’il était sur le banc. Daniel Berthiaume, le « Bandit », fait partie de la petite histoire en tant que premier gardien substitut du club d’expansion. Et il y a Simon Lajeunesse, un ancien choix de deuxième ronde qui n’a participé qu’à un match, en relève.

Kevin Mandolese a franchi une deuxième étape pour possiblement devenir le cinquième de ce groupe sélect plus tôt cette semaine quand il a signé son contrat d’entrée dans la LNH. Le choix de sixième ronde au repêchage de 2018, le 157e au total (la première étape), a obtenu un pacte plus rémunérateur que la moyenne des joueurs repêchés si tard, avec un salaire de 835 000 $ sous le plafond salarial dans la LNH — incluant une prime à la signature de 85 000 $ par an — et 70 000 $ dans les mineures.

C’est la récompense qu’il a obtenue pour s’être imposé comme un des meilleurs gardiens de la Ligue de hockey junior majeur du Québec lors de la dernière saison interrompue par la pandémie du COVID-19. Il a dominé le circuit Courteau avec un taux d’efficacité de ,925 en plus d’être troisième pour la moyenne (2,33). Sa fiche de 26-8-1 lui a valu le quatrième rang pour les victoires, mais il faut considérer qu’il a raté tout le mois de novembre en raison d’une entorse à une cheville.


« La compétition, ça devrait faire sortir le meilleur de nous tous, on va tous se pousser les uns les autres. »
Kevin Mandolese, à propos de la compétition avec les autres gardiens de l'organisation

« Ça a été plus long que j’aurais pensé (d’en arriver à une entente), mais avec tout ce qui se passait en dehors du hockey avec le virus, il fallait s’y attendre un peu. Je suis vraiment content et je me compte chanceux de signer avec une équipe comme Ottawa. C’est proche de la maison et avec tous les jeunes joueurs qui sont là, c’est un beau vote de confiance aussi », a-t-il relaté en entrevue téléphonique avec Le Droit.

Ayant participé à deux camps de développement estivaux et deux camps d’entraînement depuis sa sélection au repêchage de Dallas, Mandolese sait que la compétition sera forte pour s’approprier du titre de « gardien de l’avenir » dans la capitale. Marcus Högberg a pris la pôle cette année comme gardien de l’avenir rapproché, alors que les jeunes Filip Gustavsson (21 ans) et Joey Daccord (23 ans) ont connu d’excellentes saisons à Belleville. Il y a aussi Mads Sogaard, choix de deuxième ronde l’an dernier à Vancouver, qui a bien fait à sa deuxième saison à Medecine Hat (,908 de taux d’efficacité, moyenne de 2,53). Il a 19 ans et est le plus imposant du groupe à 6’ 7’’ (Mandolese fait 6’ 4’’ et 200 livres, lui).

« La compétition, ça devrait faire sortir le meilleur de nous tous, on va tous se pousser les uns les autres. Dans chaque équipe de la LNH, il y a beaucoup de bons gardiens, donc ça serait revenu au même [ailleurs] », dit celui qui entretient de bonnes relations avec ses compétiteurs, taquinant particulièrement Daccord et Sogaard sur Instagram.

Le cerbère de descendance italienne pense qu’il s’est particulièrement amélioré entre les deux oreilles cette année. « C’était vraiment tout mental. Je dirais que ça a commencé en deuxième moitié de la saison précédente. J’ai pris confiance et je croyais que je pouvais être le meilleur gardien de la LHJMQ ou même de la Ligue canadienne. Ça m’a permis d’être plus constant alors que techniquement, je ne me sentais pas différent », note-t-il.

Sa blessure l’aura empêché de pouvoir aspirer à une invitation au camp de sélection d’Équipe Canada junior, et il se remet maintenant de la déception de ne pas avoir pu montrer qu’il aurait pu gagner des gros matches en séries à sa dernière saison avec les Screaming Eagles du Cap-Breton.

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UN GARDIEN CALME, «UN PEU COMME PRICE»

Kevin Mandolese se doute bien que le chemin le menant au Centre Canadian Tire risque de passer par Brampton, où se trouve le club affilié aux Sénateurs dans la Ligue East Coast.

Le cerbère originaire de Blainville blague que ça reste assez près de son domicile de Blainville, tout comme Belleville, où jouent les petits Senators. «Tout est moins loin que le Cap-Breton», lance-t-il en riant.

Si le jeune homme de 20 ans ne se fait pas trop d’attentes, son entraîneur en saison estivale, Marco Marciano, pense que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il vienne hanter son club hivernal, le Rocket de Laval, club-école du Canadien de Montréal dans la Ligue américaine.

Marciano travaille avec Mandolese depuis qu’il a 14 ans, et il a vu une belle progression chez son protégé, culminant avec sa mise sous contrat cette semaine.

«Depuis le jour un que je travaille avec lui, il a acquis de bons outils. Il avait déjà une bonne base quand il arrivé, et c’est un jeune qui écoute et veut s’améliorer chaque jour», souligne l’entraîneur de gardiens.

Mandolese a évolué pour les Screaming Eagles du Cap Breton dans la LHJMQ.

Un exemple est qu’il a amassé de l’argent pour sa «sœur de pension», Ella, âgée d’un an, qui a eu besoin d’une greffe de la moelle osseuse en raison d’une rare maladie des os (ostéoporose). Il avait aussi ajouté son nom sur l’extérieur de ses jambières, en signe d’appui.

Côté hockey, Marciano ne sait pas trop à quel gardien actuellement dans la LNH il pourrait comparer celui qui est surnommé «Mando». «Il a son propre style, assez athlétique. Il anticipe bien le jeu. Surtout, il est très calme, pas stressé. Au point où je me demandais si ce gars-là avait un pouls au début. Pour ça, il me fait penser un peu à Carey Price [du Canadien]. Il aime jouer la rondelle comme lui, mais il n’est pas encore à ce niveau, il va devoir gagner plus d’expérience», note-t-il, soulignant que son entraînement hors-glace avec Jonathan Bernier, des Red Wings de Détroit, lui a été bénéfique l’an passé.

La confrérie des gardiens étant ce qu’elle est, Marciano parle avec Pierre Groulx, l’entraîneur des gardiens des Sénateurs, pour ce qui est de son développement. Quitte à ce qu’il vienne éventuellement battre le Rocket. «Comme coach, tu ne souhaites que le meilleur pour un joueur que tu cherches à aider. Voir le gardien qu’il est devenu, la maturité qu’il a prise, c’est ma plus grosse paie... Il vient d’une bonne famille et il a de bonnes valeurs», affirme-t-il. 

Pour illustrer ses valeurs, le jeune homme affirme qu’il n’a aucun plan particulier pour dépenser sa prime à la signature de son nouveau contrat. Pas question de s’acheter une nouvelle voiture, par exemple. «Je vais juste mettre ça à la banque et continuer ma routine», a-t-il confié.

Et il va continuer son entraînement estival sous la direction de Marco Marciano au Centre d’excellence de Blainville dès que les mesures pour contenir la propagation du coronavirus seront levées. «Je ne changerai pas une recette qui a bien fonctionné jusqu’à maintenant», note Kevin Mandolese, dont un des rêves est de compter un but.

Seul Damian Rhodes a réussi l’exploit chez les Sénateurs, mais il a été crédité de celui-ci après avoir effectué un arrêt, pas en lançant la rondelle à l’autre bout.