Vincent Dunn traîne la réputation du joueur «le plus détesté du junior majeur».

Les deux côtés de Vincent Dunn

Il existe deux Vincent Dunn.
Le premier est un fichu bon joueur de hockey. Il peut jouer avec les meilleurs. Il est capable de marquer des gros buts. Il frappe. Au besoin, il se porte à la défense de ses coéquipiers.
L'autre Dunn obtient l'effet contraire. Il nuit à son équipe. Quand il laisse ses émotions prendre le contrôle sur la patinoire, il écope de mauvaises pénalités. Parfois, il se fait suspendre.
Alors qu'une année déterminante débute pour lui, la direction des Sénateurs d'Ottawa espère que le premier Vincent prendra le dessus.
Ce qui est délicat, c'est qu'on ne veut pas que le deuxième soit complètement étouffé.
«Il faut juste trouver la ligne à ne pas franchir. Ce n'est pas nécessairement évident», concédait le Gatinois de 18 ans, vendredi midi, après avoir complété une autre journée de travail au camp de perfectionnement des Sénateurs.
«Parfois, d'un match à l'autre, la ligne ne se trouve pas au même endroit. Certains arbitres sont plus tolérants que d'autres. Je sais que j'ai pris des deux minutes stupides dans le passé. J'ai droppé les gants au mauvais moment. C'est d'abord une question de maturité», ajoute-t-il très rapidement.
Les arbitres les moins tolérants de la Ligue de hockey junior majeur du Québec ont fini par le prendre en grippe la saison dernière. Il a été suspendu à quatre occasions durant la saison. Pour un joueur qui a récolté un point par match en moyenne, il faut que ce soit un record.
On peut penser que les écarts de conduite de Dunn font partie des raisons qui ont poussé Benoît Groulx à l'échanger à l'Océanic de Rimouski ce printemps. Après une seule saison, le directeur général des Olympiques de Gatineau ne pouvait plus en prendre.
La chance au coureur
Les Sénateurs ne sont pas prêts à lancer la serviette. Au contraire. Ils ont même donné la chance à Dunn de terminer la saison à Binghamton. L'agitateur-en-devenir a pu disputer un match de saison régulière dans la Ligue américaine. Il a été un spectateur attentif durant la première ronde des séries éliminatoires.
«On pensait que Vince saurait profiter de cette opportunité. On ne s'était pas trompés, claironne le directeur général adjoint des Sénateurs, Randy Lee. Il s'est vraiment défoncé durant son séjour là-bas. Il n'a pas eu de mal à maîtriser ses émotions. Tout s'est bien passé.»
Lee travaille avec des jeunes hockeyeurs depuis plus de 20 ans. Les mauvais garçons ne lui font pas peur. Il convient qu'il est plus facile d'essayer de contenir un joueur fougueux que d'essayer de motiver un joueur passif.
«Ce qu'on aime le plus chez Vince, c'est le fait que ses adversaires n'aiment pas l'affronter. C'est une belle qualité», fait-il valoir.
Vendredi, un collègue lui a demandé comment on sentait quand on est le «joueur le plus détesté dans la LHJMQ». C'est une étiquette qui lui colle à la peau depuis l'an dernier.
Dunn n'a pu s'empêcher de sourire.
«Ce n'était pas exactement un de mes objectifs en début de saison. Si c'est vrai, si je suis vraiment le joueur le plus détesté dans la ligue... J'ai le goût de prendre ça comme un compliment», dit-il.