Malgré toutes ces «bonnes périodes», les Sénateurs continuent d’accuser un retard assez important. Ils se trouvaient, mercredi, à une bonne dizaine de points d’une place en séries.

La rage au coeur

TAMPA — La frustration peut facilement devenir la plus grande ennemie de l’athlète. Mark Stone semble particulièrement à risque, ces jours-ci.

Quand il est sur la patinoire, le jeune leader se distingue souvent par sa grande émotivité.

Il célèbre ses buts davantage que les autres, par exemple.

Cette volonté de bien faire n’est pas étrangère au fait qu’il occupe le premier rang du classement des marqueurs de son équipe après 32 parties. Il devance son plus proche poursuivant, Mike Hoffman, par six points.

Stone présente surtout un différentiel de plus sept, ce qui nous laisse croire qu’il ne subit pas la léthargie des dernières semaines de la même façon que les autres.

Mais Stone peut aussi se laisser gagner par la frustration.

Il a, visiblement, beaucoup de mal à digérer la dernière défaite de son équipe.

«Je repense constamment à cette partie. On menait 3-1, tout allait bien pour nous. On jouait vraiment bien. On obligeait les joueurs du Wild à commettre des infractions pour nous ralentir. Puis, nous avons alloué un but. C’était 3-2. Nous avons commencé à nous en faire. Nous avons ouvert le jeu un peu trop. Ils sont revenus dans le match et c’est entièrement notre faute. En troisième période, nous aurions pu reprendre le contrôle de la partie. Nous n’avons pas été à la hauteur.»

Les visages étaient longs, à Tampa.

Celui de Stone l’était particulièrement.

C’est sans doute ce qui a convaincu Boucher de reprendre un discours plus positif.

L’entraîneur a refusé d’identifier des coupables pour la débandade face au Wild.

Il se dit d’accord avec Stone, son meilleur attaquant.

«Quand nous avons pris les devants, 3-1, les choses ont commencé à s’envenimer. Tout d’un coup, c’était comme s’il nous fallait marquer un quatrième but, et il fallait le marquer tout de suite. Quand nos adversaires ont réussi à marquer leur deuxième but, le désir de marquer notre quatrième est devenu encore plus fort. Ce n’est pas une bonne recette. Nous ne pouvons pas connaître du succès en jouant de cette manière», a-t-il rappelé.

Ce qui devait arriver arriva. Le Wild a réussi à niveler la marque assez rapidement.

«La frustration a commencé à nous gagner. Nous avons commencé à défiler au banc des pénalités. Il aurait fallu que notre équipe devienne meilleure (better). Au lieu de ça, elle devenait amère (bitter)», a expliqué Boucher, avec une certaine dose de poésie, dans la langue de Shakespeare.

Boucher veut s’assurer que ses joueurs gardent la tête froide et qu’ils soient habités par des pensées positives, à l’approche de Noël.

«S’il faut retenir quoi que ce soit de ce match contre le Minnesota, il faut retenir le fait que nous avons bien joué pendant presque deux périodes complètes», analyse-t-il.

«Au fond, quand nous regardons ça froidement, nous avons joué trois bonnes périodes, récemment, dans notre match contre les Rangers de New York. Nous avons joué trois bonnes périodes, en plein air, face au Canadien de Montréal. Et maintenant, nous venons de jouer deux grosses périodes contre le Wild. Ça commence à faire beaucoup de bonnes périodes», complète celui qui n’est pas sorti du bois.

Malgré toutes ces «bonnes périodes», les Sénateurs continuent d’accuser un retard assez important. Ils se trouvaient, mercredi, à une bonne dizaine de points d’une place en séries.

Boucher va une fois de plus résister à la tentation de tout chambouler son alignement, surtout à l’attaque. Il continuera de miser sur un premier trio formé par Stone, Bobby Ryan et Matt Duchene, face au Lightning. Dans son discours d’avant-match, l’entraîneur-chef va peut-être même suggérer à ses joueurs de s’inspirer de ceux qui occupent le sommet du classement général.

«L’an dernier, le Lightning a vécu une saison frustrante, un peu à l’image de la saison que nous vivons en ce moment. Gagner dans la LNH, c’est difficile. Mieux vaut le réaliser maintenant.»

Crawford sort de ses gonds

TAMPA — Une vraie crise de colère. Quand le Wild a inscrit son sixième but, mercredi, l’entraîneur-associé des Sénateurs, Marc Crawford, a carrément pété les plombs. Il était convaincu que les officiels laissaient les joueurs adverses foncer allègrement sur le gardien Craig Anderson. « Si j’ai été surpris par la réaction de Marc ? Pas du tout, a commenté Guy Boucher. Ça faisait deux buts qui étaient marqués sur des jeux où il y avait clairement de l’obstruction contre notre gardien. Nos adversaires commettaient des infractions et on ne faisait rien pour les empêcher. Le hockey, vous savez, c’est un sport d’émotions. Il arrive parfois que les émotions prennent le dessus. Ça m’est déjà arrivé. Je suis convaincu que ça lui était déjà arrivé aussi. Chaque entraîneur passe par là, un jour ou l’autre. » Généralement, les entraîneurs adjoints comme Crawford laissent à leurs patrons le soin de s’adresser aux arbitres. Boucher ne lui en veut pas. « La LNH, c’est une question de vie ou de mort. Et personne ne veut mourir », illustre-t-il.

Rendez-vous raté pour Dumont

Gabriel Dumont doit se résoudre à prendre une pause. La blessure qu’il a subie samedi dernier n’est pas trop sérieuse, mais les médecins lui recommandent quand même de ne plus jouer d’ici Noël. « Gabriel, c’est un vrai guerrier, commente Boucher. Si la décision lui appartenait, il serait en uniforme. Il aurait joué mercredi si la décision lui avait appartenu, mais ce n’était pas intelligent. » Dumont s’en voudra quand même de rater ce rendez-vous avec le Lightning, une formation avec laquelle il a disputé 46 parties au cours des deux dernières saisons... Craig Anderson sera d’office face au Lightning. Il présente une fiche en carrière de 8-4-3 et une excellente moyenne de buts alloués de 1,88 face à l’équipe du nord-ouest de la Floride... Le Lightning trône au sommet du classement général, mais on ne parle que de baseball, ces jours-ci, à Tampa. « Evan Longoria vient d’être échangé. Ça va faire drôle, mais ce sera cool de le voir dans un autre uniforme », croit Mark Stone, un vrai mordu de balle.