D.J. Smith est convaincu que son patron Pierre Dorion sera capable d’embaucher quelques joueurs autonomes d’expérience, afin de remplacer ceux qui ont été échangés l’hiver dernier.
D.J. Smith est convaincu que son patron Pierre Dorion sera capable d’embaucher quelques joueurs autonomes d’expérience, afin de remplacer ceux qui ont été échangés l’hiver dernier.

D.J. Smith à la recherche de leaders

Chez lui, dans la région de Windsor, D.J. Smith a eu le temps de compléter une série de petits projets dans les dernières semaines. Il a entre autres regardé la série documentaire The Last Dance, sur Netflix, d’un bout à l’autre.

Il la recommande chaudement à quiconque cherche à comprendre le rôle crucial que peut jouer un leader, au sein d’une équipe sportive.

Michael Jordan, l’icône sportive numéro un des années 1990, sort un peu écorché de cette aventure. Au terme du 10e et dernier épisode, on garde le souvenir d’un homme dur, exigeant, intransigeant, qui n’était pas très apprécié de ses coéquipiers.

Pour Smith, Jordan n’a fait que son travail.

«Il s’est arrangé pour que tous les joueurs de son équipe se comportent de façon responsable», a expliqué l’entraîneur-chef des Sénateurs d’Ottawa, en début de semaine, durant une longue conversation téléphonique avec Le Droit.

«Toutes ses actions, toutes ses déclarations n’avaient qu’un seul but. Il voulait que tous les joueurs soient présents et prêts à jouer, soir après soir.»

«Quand il est arrivé à Chicago, les Bulls formaient une équipe perdante depuis très longtemps. Il aurait pu exiger une transaction. Il ne l’a pas fait. Il voulait être celui qui transformerait l’équipe et il a pris les moyens de réussir. Sur la voie de la réussite, il n’a peut-être pas eu le choix de bousculer certains individus...»

Jordan et les Bulls ont remporté leurs six championnats de la NBA entre 1991 et 1998.

Vingt ans plus tard, le rôle du leader, dans une équipe sportive, n’a pas complètement changé.


« En tant qu’entraîneur, je suis constamment à la recherche de leviers. J’essaie de trouver les bons mots qui peuvent motiver les joueurs. »
D.J. Smith

The Last Dance demeure une série très actuelle, selon Smith. Ses conclusions peuvent s’appliquer au hockey, croit-il.

Des joueurs de sa – très jeune – équipe pourraient en tirer des leçons.

«Dans les équipes où tout se passe bien, de façon générale, le leadership débute dans le vestiaire. En tant qu’entraîneur, je suis constamment à la recherche de leviers. J’essaie de trouver les bons mots qui peuvent motiver les joueurs. Quand un joueur se fait rappeler à l’ordre par un coéquipier, le message passe.»

La conversation a rapidement bifurqué vers son propre vestiaire.

Smith vient de compléter sa première saison à titre d’entraîneur-chef, dans la LNH. Quelques semaines avant l’interruption brusque des activités, son directeur général a dirigé une autre vente de feu. Les leaders Dylan DeMelo et Jean-Gabriel Pageau ont été emportés.

Mark Borowiecki, qui est sur le point d’obtenir son autonomie, pourrait éventuellement quitter à son cours.

On lui a demandé si on trouve présentement, au sein de son équipe, de jeunes leaders en puissance qui pourraient un jour mener les Sénateurs, à la manière de Michael Jordan.

«Bien entendu! Ceux qui aspirent à devenir des leaders doivent se souvenir, toutefois, qu’ils doivent conserver le même rythme, chaque jour. Les vrais leaders ne prennent jamais congé. Nous avons vu des leaders comme Michael Jordan dans le hockey. Je peux vous donner un nom, tout de suite: Zdeno Chara. Il a été dirigé par quelques entraîneurs différents, à Boston. Le résultat a toujours été le même. Il a toujours été difficile d’affronter les Bruins. Ils sont vraiment chanceux de l’avoir.»

«Steve Yzerman jouait sur un seul genou, à la fin de sa carrière. Il continuait, malgré tout, d’avoir un impact majeur sur son sport. Et je crois qu’Alexander Ovechkin, à Washington, a changé sa façon de jouer pour inspirer ses coéquipiers.»

«Ce sont des individus spéciaux», dit-il.

Chabot et Tkachuk
On a répété notre question, en lui nommant quelques joueurs. Thomas Chabot et Brady Tkachuk, par exemple, ont-ils les qualités requises pour devenir les meneurs d’hommes dont les Sénateurs ont tant besoin?

Brady Tkachuk et Thomas Chabot à l'entraînement

«Ces deux-là, en particulier, possèdent de belles qualités de leadership, a-t-il répondu. Les deux seraient capables de jouer le rôle de capitaine, dans une équipe de la LNH. Il faudra éventuellement en discuter avec la direction. En attendant, je peux vous dire qu’ils ont tous les deux accepté plus de responsabilités vers la fin de la saison. Ils sont tous deux animés par le même désir de vaincre. Nous sommes chanceux de les avoir.»

Smith n’était pas prêt à nous donner un scoop, ici. Personne n’a porté le «C» à Ottawa depuis le départ d’Erik Karlsson, en septembre 2018. Ils ont passé les deux dernières saisons dans la cave du classement sans pouvoir identifier leur nouveau chef de file.

«Ça s’en vient», assure Smith.

«Est-ce qu’on aura un capitaine la saison prochaine? Faudra-t-il attendre une année de plus? Ça, je l’ignore.»

Les deux principaux candidats sont jeunes. Ils doivent continuer à se développer.

Les statistiques nous laissent croire que la dernière saison n’a pas été facile.

La production offensive de Tkachuk a été stable, tandis que Chabot a récolté 16 points de moins qu’en 2018-19.

«Le jeu défensif de Chabot s’est beaucoup amélioré. Ce n’est pas rien. Ça va lui permettre d’affronter les meilleurs joueurs adverses durant le reste de sa carrière», plaide Smith.

«Quand on regarde les chiffres de Brady, il ne faut pas oublier quelque chose. Durant sa première saison, il avait la chance de jouer dans le même trio que Mark Stone. L’hiver dernier, puisque Stone n’était plus là, il a été obligé de se promener d’un trio à l’autre. Dans ces trios, il a souvent eu le mandat d’accompagner d’autres jeunes joueurs. À travers tout ça, il a lui aussi trouvé le moyen de s’améliorer défensivement. Il est désormais capable de se débrouiller dans toutes les phases des unités spéciales.»

Les autres
Dans une entrevue accordée à une station de radio torontoise, récemment, Eugene Melnyk a déclaré que «cinq à six joueurs» pourraient passer de Belleville à Ottawa, d’ici le début de la saison prochaine.

Au moment de livrer son bilan de fin de saison aux représentants des médias d’Ottawa, le directeur général Pierre Dorion s’est montré un brin plus conservateur. Il a parlé de «trois ou quatre» joueurs qui seront promus.

Smith se dit emballé. Évidemment.

«Vous avez vu, comme moi, la composition des équipes d’étoiles de la Ligue américaine», lance-t-il.

Josh Norris, malgré ses 20 ans, s’est retrouvé au centre de la première équipe d’étoiles.

Josh Norris

Son coéquipier Drake Batherson a trouvé sa place à l’aile droite, au sein de la deuxième équipe d’étoiles.

Norris et Alex Formenton ont été sélectionnés au sein de l’équipe d’étoiles des recrues.

Smith a eu la chance de côtoyer la relève pendant une bonne partie de la dernière saison. Un nombre assez impressionnant de 18 joueurs ont fait la navette entre Ottawa et Belleville, en 2018-19.

«Drake Batherson, on peut dire qu’il a pas mal compris comment connaître du succès dans la Ligue américaine. Quand nous l’avons rappelé, il a été très efficace lors des supériorités numériques», affirme-t-il.

«Dans la Ligue américaine, Formenton est une étoile. Dans la Ligue américaine, Logan Brown a connu une très bonne saison, aussi.»

Tous ces attaquants ont connu de belles saisons dans les ligues mineures. On pourrait facilement ajouter Vitaly Abramov au groupe. Les vedettes des ligues mineures ne sont pas toujours capables de briller dans les majeures.

Pour un entraîneur, diriger quatre, cinq ou six recrues n’est pas une mince tâche.

Ça fait beaucoup de gestion, beaucoup d’enseignement, beaucoup d’encadrement.

«De façon générale, les équipes de la LNH alignent une ou deux recrues. Quand je regarde ça, je me dis que ça fait beaucoup de joueurs à insérer dans un alignement, d’un seul coup», concède-t-il.

Pour cette raison, Smith n’est pas prêt à s’engager, dans un sens ou dans l’autre.

«Nous n’allons pas offrir de postes à quiconque. Les joueurs qui veulent rester avec nous devront le mériter. Nous demeurons fermement engagés envers notre processus de reconstruction. Quand l’action va reprendre, des joueurs vont continuer à faire la navette entre Ottawa et Belleville. Certains vont rester avec nous, mais je ne sais pas lesquels.»

Smith est convaincu, par ailleurs, que son patron Pierre Dorion sera capable d’embaucher quelques joueurs autonomes d’expérience, afin de remplacer ceux qui ont été échangés l’hiver dernier.

Il est aussi convaincu que la LNH pourra reprendre ses activités, dans un contexte à peu près normal, dans les prochains mois.

«Nous allons revenir à la normale. Les partisans pourront revenir, aussi. Reste à savoir quand. Je n’en sais pas plus que vous, mais le monde a déjà fait face à d’autres pandémies. Il a toujours été capable de rebondir.»

+

D.J. Smith vient de compléter sa première saison à titre d’entraîneur-chef, dans la LNH.

ENTRAÎNEUR, ENTREPRENEUR, PAPA

Devenir entraîneur-chef dans la Ligue nationale de hockey, ce n’était pas suffisant. D.J. Smith a profité des derniers mois pour se lancer en affaires.

Contrairement à ses pairs, qui ont trouvé le printemps long, le pilote des Sénateurs n’a pas vu le temps passer.

Quand il est rentré chez lui, vers la fin du mois de mars, il a vu passer une belle opportunité. Le propriétaire d’un centre de CrossFit de sa région était à la recherche de partenaires.

Il s’est lancé.

«J’essaie de m’impliquer à tous les niveaux. Ça me tient occupé», explique-t-il.

Nous n’en avons pas vraiment parlé, jusqu’ici, mais le pilote des Sénateurs a une passion pour cette jeune discipline sportive dans laquelle les participants qui réunit des routines empruntées à l’haltérophilie ainsi qu’à la gymnastique.

À Ottawa, comme sur la route, il s’entraîne de façon presque quotidienne, en utilisant les équipements de CrossFit des Sénateurs.

«J’ai toujours été impliqué dans le hockey. Mon épouse a découvert ce sport quand je travaillais à titre d’entraîneur-adjoint à Toronto. Elle est passionnée, elle aussi. Ça fait partie de sa vie, chaque jour. C’est elle qui m’a initié.»

«Ce qui me plaît, dans le CrossFit? Disons que, pendant de nombreuses années, j’ai cru que pour être en grande forme, il fallait courir de longues distances. Ce sport offre de nouvelles alternatives. Et il y a un volet compétitif qui me plaît. Même si je commence à vieillir, je ressens ce besoin de continuer à m’améliorer.»

L’entraînement l’aide aussi à affronter le stress associé à son emploi. «Dans une saison de la LNH, il y a 82 parties et on se bat pour gagner chaque point. Il faut trouver le temps de faire autre chose, chaque jour, pour se changer les idées.»

En restant en forme, Smith peut aussi suivre son fils Colton, un ailier de 16 ans qui vient d’être repêché dans la Ligue de hockey de l’Ontario. «Je pense qu’il est prêt à relever ce défi, dit le père. Présentement, quand on s’entraîne, je suis capable de le battre dans les exercices avec les poids libres. Il a le dessus dans la course à pied.»