Guy Boucher n’a pas oublié Nico Hischier, qui a déjà joué pour lui en Suisse : « J’ai été tellement impressionné par ce jeune-là, après trois matches, il n’avait pas fait une seule erreur contre des hommes et il avait 16 ans. »

Des Devils plus excitants avec Hischier

Ce ne sont pas les mêmes vieux Devils du New Jersey ennuyants qui se sont amenés au Centre Canadian Tire jeudi soir. L’équipe qui a popularisé le système de la trappe en zone neutre à la fin des années 1990 et au début des années 2000, quand elle a gagné ses trois coupes Stanley, a été transformée par une injection de jeunesse, à commencer par la sélection de l’attaquant suisse Nico Hischier au tout premier rang du dernier repêchage.

Avant d’affronter les Sénateurs, les Devils présentaient la troisième meilleure offensive du circuit Bettman, avec 4,17 buts comptés par partie, et ils étaient bons premiers en avantage numérique par surcroît (taux d’efficacité de 30,8 %). Et ils avaient gagné cinq de leurs six premiers matches.

Hischier avait fait sentir sa présence avec quatre mentions d’assistance à sa fiche, et il ne s’en faisait pas trop pour son premier but en carrière, allait venir bien assez vite en soirée.

« On gagne, et j’ai plus hâte de gagner d’autres matches que de compter mon premier but. J’essaie d’aider l’équipe chaque soir et si c’est pour arriver, ça va arriver. Si ça aide cette équipe à gagner, c’est bon. Sinon, je peux toujours trouver un autre moyen de l’aider », a raconté le jeune homme de 18 ans, qui a compté deux buts lors des cinq premières minutes de jeu.

Le centre qui a passé la dernière saison avec les Mooseheads de Halifax allait avoir Taylor Hall comme ailier gauche pour amorcer la rencontre contre Ottawa, ce qui lui a donné une sensation « assez cool », selon ses dires, vu qu’il l’avait vu jouer en assistant à son premier match de la LNH, un duel entre son ancien club, les Oilers d’Edmonton, et les Sénateurs au CCT. C’était le 11 février 2012 et les Oilers l’avaient emporté 4-3 en prolongation. « C’est un bon souvenir de cet endroit, mon premier match de la LNH en personne. Mon équipe était au Canada pour aller participer au tournoi pee-wee de Québec », s’est-il souvenu après l’entraînement matinal des Devils.

Quelques années plus tard, le hasard a voulu qu’il soit dirigé brièvement par un Québécois qui est maintenant bien établi dans la capitale nationale, l’entraîneur des Sénateurs Guy Boucher. Lorsqu’il avait 16 ans, il jouait autant pour l’équipe junior que senior du Berne SC, et avant que Boucher ne soit congédié par cette formation à la mi-saison, il s’était entraîné sous ses ordres pendant deux mois et il a disputé trois parties de la Ligue élite A de la Suisse.

« Je l’avais vu jouer dans les rangs juniors une année complète même avant ça, puis je l’ai eu dans mon équipe pour ses premiers matches professionnels. J’ai été tellement impressionné par ce jeune-là, après trois matches, il n’avait pas fait une seule erreur contre des hommes et il avait 16 ans. C’est quelqu’un de très intelligent. Tu peux l’oublier sur la glace parce qu’il n’est pas quelqu’un qui va patiner plus vite que les autres, qui est nécessairement plus fort que les autres, mais il va contrôler le match à sa façon parce qu’il est extrêmement intelligent. À la fin d’un match, tu regardes et il a trois points et il est plus-2 », a raconté Boucher à son sujet, notant que d’ajouter un joueur de sa trempe en plus de Marcus Johansson sur les deux premiers trios des Devils est « transformateur » pour une équipe.

Hischier a dit quand il s’est fait rapporter les propos de son ancien entraîneur que s’il n’a pas fait d’erreurs, « c’est parce qu’il m’avait conseillé de garder les choses simples ». L’ancien entraîneur des Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ ne l’a d’ailleurs pas incité à traverser l’Atlantique pour son année de repêchage. « Non, ça c’était mon choix, je pensais que c’était le meilleur moyen d’accéder rapidement à la LNH, ce qui était mon objectif... Il (Boucher) m’a déjà montré comment ça se passerait en Amérique du Nord cependant, il est un bon entraîneur », a indiqué le Suisse avec son fort accent allemand.

Un entraîneur satisfait

Alors que Hischier estime que son plus gros ajustement doit se faire sur les mises au jeu, « parce que tous les autres centres sont plus gros et forts », son entraîneur avec les Devils, John Hynes, est fort satisfait de son adaptation. « Il est peut-être un peu anxieux de compter son premier but. Mais en regardant son jeu, il fait beaucoup de choses pour nous aider à gagner. Il a amassé plusieurs passes, il est utilisé dans plusieurs situations, il ne triche pas. C’est pourquoi on l’a sélectionné où on l’a sélectionné », a-t-il dit.

Avec Hischier, les Devils ont huit joueurs de moins de 23 ans dans leur alignement, incluant les impressionnantes recrues Will Butcher (un défenseur avec neuf passes à sa fiche avant le match) et Jesper Bratt (un attaquant suédois avec trois buts et trois passes).

Pas de protection supplémentaire pour Karlsson

Alors qu’il revient au jeu après avoir eu besoin d’une opération à un pied blessé en fin de saison dernière alors qu’il a bloqué un tir lors d’un match à Philadelphie (un de ses 201 tirs bloqués, deuxième dans la LNH), le défenseur étoile Erik Karlsson ne porte pas de protection supplémentaire à ses patins, comme son coéquipier Dion Phaneuf notamment qui utilise une pièce d’équipement en plastique moulé, appelée les shot blockers. « Ce n’est pas mon style, je ne les ai jamais portés et je ne les porterai jamais. Je ne pourrais pas faire ce que je fais d’habitude en portant ces shot blockers », a-t-il raconté jeudi matin. La seule adaptation apportée par Karlsson à son patin est qu’un morceau en kevlar a été collé sur la partie extérieure de son patin gauche. « J’ai appris il y a très longtemps, quand j’étais entraîneur recrue, que tu peux contrôler bien des affaires, mais ça, tu ne touches pas à ça. Les joueurs doivent être confortables avec leur équipement. Tu peux leur suggérer des choses, mais juste une fois et après, tiens-toi hors de leur chemin. Si Erik Karlsson juge que c’est comme ça qu’il veut jouer, c’est comme (Zack) Smith qui n’a pas de visière ou les gars qui ne mettent pas de casque pour la période d’échauffement », a dit Guy Boucher à ce sujet.

Les États-Unis bien représentés devant le filet

Lorsque les Sénateurs et les Devils s’affrontent depuis la saison dernière, les quatre gardiens en uniforme sont tous Américains alors que Craig Anderson et Mike Condon, de même que Cory Schneider et Keith Kincaid, forment des duos de cerbères originaires du pays de l’oncle Sam. « Je pense que Keith et moi sommes le seul duo issu des collèges américains. C’est particulier, nous sommes maintenant 13 à travers la LNH. Craig est de la plus vieille génération de gardiens de notre pays, et je suis un peu dans le milieu », a blagué Schneider en matinée. Ce dernier connaît bien Condon, un ancien de l’université Princeton, alors qu’ils patinent ensemble l’été dans la région de Boston, d’où ils sont tous deux originaires. « C’est bon de voir où il est rendu, il a travaillé fort dans sa carrière, son cheminement n’a pas été facile », a-t-il dit.