L’ancien défenseur des Sénateurs d’Ottawa, Chris Phillips, verra son numéro 4 être retiré.

Conversation avec Chris Phillips

Une drôle d’idée a traversé l’esprit de Chris Phillips, récemment.

L’ancien défenseur des Sénateurs d’Ottawa s’apprête à retourner au Centre Canadian Tire pour vivre une soirée mémorable. Le numéro 4, qu’il a porté durant presque toute sa carrière, sera retiré de la circulation à tout jamais.

Phillips pensait à sa dernière soirée passée sous les feux de la rampe. Ça fait exactement cinq ans.

Le 5 février 2015, il a joué son 1179e - et dernier - match dans la Ligue nationale de hockey.

C’était un match doublement spécial, parce qu’il lui permettait d’inscrire son nom dans le livre des records de l’équipe. Ce soir là, Phillips a doublé son coéquipier Daniel Alfredsson. Il est devenu le joueur qui a porté le maillot rouge et noir des Sénateurs le plus souvent.

Phillips réfléchissait à tout cela quand la «drôle d’idée» lui est venue.

«Si je n’avais pas joué ce dernier match, est-ce qu’on retirerait mon chandail, aujourd’hui?»

On ne connaîtra jamais la réponse, a lancé joyeusement Phillips, cette semaine, dans un café de Kanata.

«Quand je pense à tout le reste de ma carrière, je me dis que je n’ai jamais été une des grandes vedettes de l’équipe. J’étais juste un bon joueur de soutien. J’avais un rôle important à jouer, mais ce n’était pas un rôle particulièrement sexy. Je n’ai jamais été un des personnages principaux, dans l’histoire.»

Dans la conversation qui a suivi, il a beaucoup été question du record. On a surtout parlé des efforts qui ont été nécessaires pour se rendre jusque-là.

Phillips n’avait jamais vraiment parlé des problèmes de santé qui l’ont ralenti, dans les dernières années de sa carrière.

On se doutait bien qu’il n’était pas au sommet de sa forme, durant sa dernière saison. Il n’était pas capable de participer à tous les matches. Il lui arrivait même, assez fréquemment, de rater des séances d’entraînement.

Le 5 février 2015, Chris Phillips a joué son 1179e et dernier match dans la Ligue nationale de hockey.

«Cette dernière année a été pénible», reconnaît-il, maintenant.

«Je devais souvent me présenter à l’aréna deux heures plus tôt que les autres, pour subir des traitements et pour bien m’échauffer. Tout ça, pour être capable de participer à une séance d’entraînement d’une quarantaine de minutes. Une heure après, quand tout le monde était reparti, je devais subir d’autres traitements et je devais suivre une routine bien précise d’étirements, pour être capable de recommencer, le lendemain.»

«C’était éprouvant.»

Phillips était blessé assez sérieusement au dos, mais il n’en était pas conscient.

«J’avais des symptômes bizarres, qui n’avaient pas grand-chose à voir avec mon dos. Quand je patinais, j’avais des raideurs dans les muscles fessiers. J’avais des picotements dans une jambe. Par moments, je devenais complètement engourdi. Je ne sentais plus mon pied. J’essayais de me débarrasser de ces petits problèmes. Je ne savais même pas que tout partait d’un petit nerf qui était coincé dans mon dos.»

Phillips a quand même réussi à survivre assez longtemps pour se rendre jusqu’au match numéro 1179. Son entraîneur-chef de l’époque, Dave Cameron, savait à quel point ce record lui tenait à coeur. Il s’est donc arrangé pour que le record soit battu lors d’un match présenté à Kanata.

Phillips a disputé trois matches en huit jours pour se rendre jusque-là. C’était une grosse commande.

En quittant le building, au terme d’une soirée où il n’a même pas passé 15 minutes sur la glace, il a fait savoir aux thérapeutes qu’il aurait sans doute besoin de quelques jours de repos.

«Je n’ai vraiment pas fait grand-chose dans les jours qui ont suivi. C’était étrange. J’avais l’impression que mon état continuait quand même de s’empirer. J’ai passé des examens d’imagerie par résonance magnétique. C’est à ce moment-là qu’on a découvert le nerf qui était coincé.»

Phillips n’a pas eu le choix que de subir une opération. Il a tiré un trait sur la saison 2014-15. Il n’a pas eu la chance de participer à l’incroyable poussée vers les séries, avec le Hamburglar Andrew Hammond.

Retour raté

On ignorait aussi que Phillips a vraiment essayé d’effectuer un retour au jeu, au début de la saison suivante.

L’opération s’était bien déroulée. Il était sous l’impression que ses problèmes étaient réglés. Il a entrepris un programme de remise en forme, à l’été.

«Durant un exercice d’échauffement, j’ai fait un faux mouvement. Dans les trois semaines qui ont suivi, j’ai ressenti des spasmes d’une grande intensité. J’étais incapable de dormir. C’était vraiment, vraiment douloureux.»

Phillips n’a pas eu le choix de se rendre à l’évidence. Le temps était venu, pour lui, d’arrêter.

«La dernière année de ma carrière a été très difficile, mentalement comme physiquement. J’aurais voulu jouer plus longtemps.»

Occupé, heureux

Cinq ans plus tard, Phillips se porte relativement bien. Il a vendu les restaurants et la microbrasserie qui portaient son nom. Son horaire est quand même chargé. Il a du mal à se libérer pendant une petite demie heure pour discuter avec lui.

Il consacre ses journées à construire une maison où il compte s’installer avec sa femme, Erin, et ses trois enfants.

Les soirs et les week-ends, il accompagne Ben, Zoe et Niomi dans les arénas de hockey mineur. Les trois rejetons jouent de façon compétitive.

Il travaille toujours à temps partiel avec les Sénateurs, à titre de représentant dans la communauté.

Il espère assister au match, dans 15, 20 ou 30 ans, durant lequel son record de longévité sera battu.