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Christian Wolanin a obtenu beaucoup d’aide de son père, un défenseur lui aussi, pour atteindre la LNH.
Christian Wolanin a obtenu beaucoup d’aide de son père, un défenseur lui aussi, pour atteindre la LNH.

Christian Wolanin est fier de ses racines québécoises

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
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Assis dans sa voiture, Christian Wolanin suait à grosses gouttes jeudi en début d’après-midi.

Ça n’avait rien à voir avec le fait qu’il avait été le dernier joueur des Sénateurs d’Ottawa à quitter la patinoire après leur entraînement, restant sur la glace bien après que tous ses coéquipiers soient rentrés au vestiaire. C’est plutôt qu’il était nerveux à l’idée d’accorder sa toute première entrevue en français depuis qu’il a accédé à la Ligue nationale de hockey, à sa sortie des rangs universitaires à l’automne 2018.

Né à Québec il y a 26 ans (son anniversaire était mercredi), le fils de l’ancien Nordique Craig Wolanin acceptait par les années passées de donner quelques citations dans la langue de Molière au représentant du Droit à la fin d’une mêlée de presse, mais il se disait toujours trop gêné d’accorder des entrevues aux collègues des médias électroniques francophones, comme RDS, TVA Sports ou Unique FM.

« J’ai perdu un peu mon français quand j’ai quitté la maison. Mais je comprends pas mal tout et j’essaie de le garder parce que je sais que c’est important pour ma mère et mes grands-parents que je parle leur langue. C’est cool pour moi de pouvoir parler avec toi et avec mes coéquipiers francophones, parce que c’est quelque chose que je veux enseigner à mes enfants un jour quand je serai père », a-t-il confié d’entrée de jeu.

Partenaire récemment d’Erik Gudbranson et coéquipier de Thomas Chabot, il est un peu jaloux du premier parce qu’il est parfaitement bilingue, étant allé à l’école secondaire en français à Orléans. En grandissant au Michigan, il n’a eu que quelques cours au secondaire. C’est à la maison que sa mère, Chantal Bussières, s’est assurée que lui et ses sœurs Camille et Caroline soient en mesure de communiquer avec ses parents à Québec, Pierre (et sa conjointe actuelle Charlotte) et Lyse. Lors de ses cinq années passées à Québec, où il a rencontré sa femme, Craig a lui aussi appris à se débrouiller en français.

« Je suis un peu nerveux quand je parle à quelqu’un qui n’est pas dans ma famille. Avec mes grands-parents, c’est facile, alors qu’avec les autres, I overthink everything », explique Wolanin, qui allait souvent en vacances dans la Vieille Capitale l’été avec sa famille, en des temps pré-pandémie évidemment.

Lorsqu’il était plus jeune, sa mère préférait le disputer en français s’il faisait un mauvais coup. « Si elle me criait après en anglais, ça sortait tout croche et on partait à rire, donc je n’étais plus vraiment dans le trouble », lance-t-il.

Wolanin a obtenu beaucoup d’aide de son père, un défenseur lui aussi, pour atteindre la LNH. L’ancien choix de première ronde des Devils du New Jersey en 1985 s’était gagné bien des admirateurs quand il est débarqué à Québec au printemps 1990 – en retour de rien de moins que Peter Stastny – et qu’il a fait l’effort d’apprendre le français.

« Il est un peu comme moi maintenant, il a fait l’effort de faire partie de la culture du Québec. Il fallait qu’il commence quelque part et parfois, il faisait des erreurs (en français) et les gens trouvaient ça drôle. Ma mère raconte qu’il prenait des mots anglais et ajoutait un accent pour que ça sonne français. J’aimerais ça faire la même chose, peut-être devenir plus fluide éventuellement », mentionne-t-il, passant à l’anglais cette fois.

Quand on lui fait remarquer qu’il est plus facile d’apprendre une langue quand on est en immersion complète dans une communauté, il lance en riant : « Il faudrait que les Nordiques reviennent et je serais le premier à signer un contrat pour jouer avec eux ! »

Christian Wolanin avec le manteau des Nordiques de son père.

« Ce serait incroyable de jouer au Centre Vidéotron. C’est une ville qui mérite un club, c’est certain. La passion pour le hockey qu’il y a à Montréal, ce serait pareil à Québec. J’espère que ce n’est qu’une question de temps avant qu’on voit une équipe à Québec. Je porte encore souvent un manteau des Nordiques de mon père, une pièce de collection qui n’était donnée qu’aux joueurs à l’époque. Je suis fier de mes racines de Québec, d’être né là-bas. Ma mère devrait être contente que je fasse cette entrevue en français, j’espère que ce n’est qu’un début », ajoute-t-il.

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UNE MAMAN BIEN FIÈRE DE VOIR SON FILS PERSÉVÉRER

Christian Wolanin a été pris en photo dans la coupe Stanley bien avant de savoir que c’était supposé porter malchance pour un hockeyeur de la toucher sans l’avoir gagnée. Il n’avait qu’un an et demi à l’été 1996 lorsque son père Craig a eu sa journée avec le gros trophée emblématique de la suprématie dans la LNH, après la conquête de l’Avalanche des Patrick Roy, Joe Sakic, Peter Forsberg et compagnie.

« Ça ne compte pas, ça, assure sa mère Chantal Bussières. Ce qui est drôle, c’est qu’il ne touche pas à la bague de championnat de Craig. Il dit qu’il va avoir la sienne un jour. Il m’a dit ça quand il avait 15 ans et ça m’avait marqué. »

« En effet, confirme le défenseur des Sénateurs. J’ai juste comparé la grosseur de la sienne à celle que j’ai gagnée à UND (Université du North Dakota). »

Christian Wolanin à un an et demi, assis dans la coupe Stanley remportée par son père Craig avec l’Avalanche du Colorado en 1996

Maman Wolanin est évidemment bien fière d’avoir vu son rejeton suivre les traces de son paternel pour atteindre la Ligue nationale. « Nous n’étions pas des parents qui forçaient. S’il avait dit un jour qu’il ne voulait pas aller pratiquer, on aurait dit que c’était ça qui est ça. Mais ce n’est jamais arrivé. Il ne voulait pas se lever pour aller à l’école, mais pour aller au hockey, il se serait levé à 3 h du matin », lance-t-elle.

Elle est aussi bien fière de le voir garder son français et persévérer à travers les obstacles, alors que la dernière saison et demie n’a pas été évidente pour lui, avec une opération à l’épaule qui lui a fait rater la majorité de la saison 2019-2020, étant revenu au jeu juste avant que la pandémie de la COVID-19 n’interrompe la campagne. Et cette saison, il a été laissé de côté pendant 10 matches de suite par son entraîneur, avant de reprendre sa place dans l’alignement lors des quatre dernières rencontres.

Wolanin a blagué récemment que sa mère, nouvellement inscrite sur le réseau social Twitter, devrait cesser de surveiller les critiques de certains amateurs. Mais c’est plus fort qu’elle.

« Il n’a pas été chanceux (avec sa blessure), les gens ne réalisent pas à quel point ça a été dur pour lui de revenir, puis il y a eu la pandémie. Les gens ont le droit de ne pas l’aimer, mais ils devraient d’abord mettre leurs noms sur leurs commentaires. Il le sait quand il a fait une erreur. Ces gars-là sont des êtres humains, ils ont des mères, des pères, des sœurs, des grands-mères. Soyez gentils. Il y a des commentaires dont on n’a pas besoin », affirme-t-elle avec raison.